Critiques Festivals FIFP 2022

[FIFP 2022] Les Insulaires : Album des décombres

Cette première journée de compétition débute avec la sélection documentaire. Présenté en avant-première, Les Insulaires dépeint le portrait de plusieurs familles sur le point de partir de leur cité depuis que cette dernière est visée par un plan de destruction. Exit l’aspect purement politique du problème pour partir au plus près de celleux que cet exil touche directement.

Le quartier des Îles qui se trouve à Bonneville (à 15km de Genève) en Haute-Savoie va être détruit (à l’époque où le documentaire est tourné). Un large plan d’urbanisation et de modernisation pousse des centaines de famille à devoir faire leurs cartons pour être relogées dans les nouvelles constructions ou dans d’autres logements sociaux. Que se passe-t-il au moment de tout emballer ? De dire adieu à un lieu où on a élevé ses enfants, où on a grandi, où on a réussi à créer un microcosme fait d’habitudes et d’ami·es proches ? Maxime Faure et Adam W. Pugliese ont vécu pendant plusieurs mois dans cette cité pour s’imprégner du lieu et tisser des liens avec ses habitant·es, permettant à ces dernier·es de se dévoiler avec énormément de liberté face à la caméra.

Tour à tour, les habitant·es viennent raconter leurs peurs, leur incompréhension mais aussi leur colère. Face à un système qui privilégie l’architecture, le visuel à l’humain, Bonneville se trouve à un endroit charnière. Là où en 1970, le terrain ne valait rien, il est aujourd’hui très convoité. Situé près d’une rivière et d’une forêt, le cadre de vie est exceptionnel mais surtout, il se trouve près de l’avenue de Genève qui est un axe routier primordial et fréquemment utilisé. Comme l’expliquait une adolescente habitante du quartier qui est loin d’être dupe, s’iels détruisent ce quartier pour reconstruire des immeubles qui ne font pas plus de quatre étages c’est pour gommer visuellement l’aspect « cité » qui peut rebuter. Dès lors les habitant·es des Îles ne sont plus que les victimes d’un plan d’urbanisation qui, à aucun moment ne prend en compte l’humain·e. Un système mutique avec lequel il est difficile d’échanger notamment lorsque certain·es habitant·es viennent pour trouver une solution de relogement auprès des services concernés. Ces scènes ne montrent d’ailleurs jamais ces gens-là, préférant se concentrer sur les victimes parquées ironiquement derrière cette vitre de plexiglas (COVID oblige).

Se dépouillant d’une voix off qui aurait alourdi le propos, le documentaire de Maxime Faure et Adam W. Pugliese s’attèle avant tout à offrir à ces habitant·es une trace, un testament du passé. Son format presque carré et ses teintes vieillies donne l’aspect nostalgique d’un album photo. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les réalisateurs ont souhaité montrer le film avant tout aux habitant·es (qui sont pour la plupart relogé·es) comme une marque de respect envers des personnes qui se sont senties forcées. Et même si tout est politique (encore plus dans ce cas ici), il est touchant de voir un documentaire comme Les Insulaires, une bouffée d’air frais pleine d’humanité et même d’humour.

Les Insulaires de et par Maxime Faure et Adam W. Pugliese. 59 minutes.

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