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La Route : Je n’ai pas vu le doute en toi s’immiscer

Qui dit nouvelle année dit nouvelles résolutions et une envie de repartir du bon pied, ce qui signifie aussi essayer de sortir de ce contexte anxiogène qui nous étouffe depuis maintenant deux ans (joyeux anniversaire !). Alors quoi de mieux qu’un film sur la fin du monde pour attaquer ce mois de janvier ? Heureusement pour vous, La Route… tient plutôt bien la route.

Voilà plus de dix ans que le monde a sombré dans le chaos le plus total. Tout a disparu, la végétation, les ressources alimentaires et tous les espoirs des quelques survivant·es caché·es ça et là. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé, juste que tout a été détruit et que c’est désormais une question de survie. Dans ce monde post-apocalyptique, un père et son fils errent avec leur caddie rempli de quelques objets qu’ils ont réussi à garder avec eux.

Le film de John Hillcoat est assez déroutant dans sa façon de dépeindre le genre apocalyptique. Pas d’effusions de sang ou de grandes scènes catastrophiques annonçant la fin du monde mais un monde quasiment silencieux. Même si la barbarie est belle est bien présente, il y a quelque chose qui relève désormais plus du survival intimiste que du spectaculaire. C’est ainsi qu’on voyage avec un père et son fils – ils ne sont jamais nommés, comme s’ils n’étaient personne, deux âmes errantes dans ce monde -, l’un est un pessimiste dont la survie n’existe que pour son fils tandis que ce dernier, de par son jeune âge, arrive encore à saisir la bonté des gens et cherche à croire à un avenir meilleur.

Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee

Le duo formé par Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee est phénoménal et porte le film à un tout autre niveau car c’est plus qu’une relation, c’est une question de vie ou de mort lorsqu’autour d’eux il n’y a plus rien. Deux interprétations tout en sensibilité qui réussissent à éviter la perche tendue du pathos à tout va. C’est cette relation qui permet également au/à la spectateur·ice de trouver un point de repère et de calme pour alterner avec les scènes beaucoup plus tendues où le duo fait face à l’atrocité.

On pourrait voir La Route comme un recommencement. L’Homme est retourné à l’état presque animal, où tout est à refaire. Les instincts primaires reprennent le dessus, l’Homme est devenue une bête qui doit chasser pour trouver de la nourriture, défendre ses biens et son territoire. La figure de Viggo Mortensen s’inscrit dans l’idée que le monde court à sa perte et que ce vers quoi ils marchent n’est qu’une illusion tandis que son fils est véritablement le point de lumière de ce film. Si tout semble perdu d’avance, ce petit bonhomme reste l’avenir. Un avenir précaire mais bel et bien là, d’une vie qui continue de manière différente.

L’atmosphère participe à l’efficacité du film, notamment grâce au travail de Chris Kennedy aux décors, qui retranscrit un paysage cataclysmique saisissant tant la mort semble rôder à chaque recoin. La photographie terne vient alourdir encore plus cette ambiance totalement sublimée par la partition de Nick Cave et Warren Ellis. Cet écrin délicat maîtrisé de bout en bout permet de porter le scénario et d’offrir un spectacle aussi terrifiant que bluffant.

La route est un film puissant, marquant autant le cœur que la rétine. John Hillcoat adapte le matériau de base avec énormément de talent qui va à l’encontre des dizaines de films post-apocalyptiques qui nous assomment avec toujours les mêmes codes.

La route de John Hillcoat. Écrit par Joe Penhall et Cormac McCarthy. Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce… 1h59
Sortie le 2 décembre 2009

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