Critiques Festivals IFFR 2022

Eami : Déraciné·es

L’écologie, sujet au bord de toutes les lèvres. Avec Eami, la réalisatrice Paz Encina se penche sur le problème du Gran Chaco, une forêt située au Paraguay victime de la déforestation obligeant des peuples à se délocaliser pour survivre.

Les Ayoreo Totobiegosode sont un peuple vivant de manière nomade dans les régions centrales d’Amérique du Sud. Plusieurs tribus vivent encore à ce jour dans la forêt du Gran Chaco mais depuis près de 20 ans, cet écosystème qui abrite de nombreuses espèces endémiques est en train de disparaître à cause des géants de l’agroalimentaires qui veulent utiliser ces terres pour cultiver du soja, obligeant ainsi des populations entières à partir. Même si en 2018 les Ayoreo Totobiegosode ont gagné une bataille juridique de plusieurs années leur permettant de conserver 18 000 hectares de forêt, la déforestation continue et menace leur habitat. C’est de ce constat que commence Eami qui est le prénom d’une petite fille de cinq ans qui rapporte ces évènements à travers le regard de l’Asojá, une déesse oiseau qui a pour mission de réunir les mémoires du passé, du présent et du futur. Eami doit quitter l’endroit où elle vit et commence à se poser des questions quant à sa vie, sa mort mais aussi sa survie alors qu’elle plonge dans une sorte d’épopée onirique.

Eami est un film totalement viscéral, ancré dans ce qu’il y a de plus profond et de plus fort. La Terre, celle qui nous nourrit, celle qui nous héberge et qui protège encore tous ces peuples d’une civilisation régie par l’industrialisation, bafouant les ressources de notre planète jusqu’à l’usure. Et les premières victimes dans tous ça ? Des peuples nomades qui, en plus de perdre leur terre, disparaissent avec leurs traditions et leur histoire. C’est ainsi que Paz Encina a décidé de leur offrir une page blanche pour pouvoir s’exprimer. Eami part pour un voyage spirituel pour remonter dans ses souvenirs et ceux de sa famille. Tout a une voix et quelque chose à raconter : ses grands-parents, la faune, la flore ou encore ce petit lézard qui devient son compagnon de voyage. Eami nous dévoile ses doutes, ses peurs. Elle doit quitter la forêt mais pour aller où ? Devenir quoi ? Tout abandonner mais à quel prix ? Celui de ne pas mourir ? Mais en conservant quoi ? Des questionnements qui s’entrechoquent tout du long pour que nous puissions aussi nous poser les bonnes questions.

La richesse visuelle que nous offre le long-métrage est une magnifique déclaration d’amour à notre planète et l’environnement qu’elle nous offre. De grandes plaines, des déserts, des forêts denses, quelque chose de viscéral se dégage de toutes ces images qui forment un livre impressionnant, celui de ce qui nous reste et que nous devons protéger à tout prix. Le directeur de la photographie Guillermo Saposnik joue des contrastes avec des couleurs assez froides, signe d’un monde qui disparaît tout en l’opposant au visage d’Eami à travers des couleurs plus chaudes, des gros plans mettant en valeur son visage comme pour signifier l’espoir, celui d’une nouvelle génération plus consciente des enjeux qui se jouent autour d’elle.

Testament autant rempli d’espoir que d’amertume, Eami est une œuvre nécessaire. Déchirante lorsqu’elle est témoin de la disparition de notre nature, solaire à travers notre petite narratrice et qui nous rappelle à quel point le monde est tangible et que s’il coule, nous coulerons avec lui.

Eami de Paz Encina. Avec Anel Picanerai, Curia Chiquejno Etacoro, Ducubaide Chiquenoi… 1h24

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