C'est au cinéma Critiques

Nightmare Alley : Spirale infernale

Quatre ans après sa formidable plongée dans le fantastique avec La Forme de l’eau, Guillermo del Toro revient en ce début d’année avec Nightmare Alley. À mi-chemin entre film noir et drame psychologique, le film réunit un bel ensemble d’acteur·ices avec en tête Bradley Cooper, Cate Blanchett et Rooney Mara. Le métrage reprend les thèmes et les tropes de prédilection de son réalisateur (des personnages marginaux et cherchant à tout prix une voix dans un monde qui ne leur en donne pas) de manière beaucoup plus sombre et terre-à-terre, un mélange inédit qui se révèle gagnant.

Le film adapte le roman Le Charlatan de William Lindsay Gresham, déjà porté à l’écran en 1947 par Edmund Goulding. L’histoire suit Stanton Carlisle (Bradley Cooper), un mentaliste des années 40, de ses années d’apprentissage dans un cirque, à son ascension et sa chute quelques années plus tard.

Stan possède tous les vices possibles : il est cupide, menteur, manipulateur, orgueilleux et même violent. Ce qui le rend si spécial, c’est son ambition démesurée à sortir de la condition de marginal qui lui colle à la peau et atteindre tout ce qu’il croit mériter : la gloire et l’argent. Son évolution est assez classique mais terriblement prenante et à travers cela, del Toro explore le pouvoir du mensonge et l’illusion du pouvoir : tou·tes deux sont éphémères et font plus de dégâts qu’iels ne font de bien. Le scénario forme une boucle fermée autour du personnage de Bradley Cooper. L’orgueil de Stan le pousse à tout faire et à tout défier, ce qui finit inévitablement par lui retomber dessus et del Toro, d’ordinaire empli d’un espoir presque enfantin (on pense à la fin du Labyrinthe de Pan), se montre plus fataliste : l’ascension est aussi éphémère que pathétique et pour Stan, il n’existe pas d’issue glorieuse. Il faut le voir chuter pour s’en rendre compte et, malgré toute sa complexité, Stan n’est pas si différent du geek aux traits si monstrueux que les gens payent pour voir sauf que sa cage et sa folie à lui sont invisibles.

Nightmare Alley: Rooney Mara, Bradley Cooper

Comme toujours chez Del Toro, la mise en scène ne se loupe pas, à grands coups de symbolismes et de jeux sur les couleurs. Par exemple, Stan est quasiment toujours habillé en vert, couleur de la manipulation, tandis que sa femme Molly est plutôt tourné vers le rouge, symbole de l’amour qu’elle porte pour son mari. Les principaux traits de mise en scène se cachent dans les détails comme pour le personnage de Lilith : au début du film, del Toro nous montre implicitement le double jeu qu’elle mène contre Stan en camouflant légèrement le côté de son visage, ce qui fait qu’on ne voit jamais tout à fait l’entièreté de sa tête jusqu’à ce que son plan initial soit révélé. Ces petits détails ajoutent à la complexité des personnages qui semblent toujours mentir sur et surtout à eux-mêmes. Ce trouble est parfaitement représenté à l’écran par les acteur·ices. Tou·tes sont marquant·es à leur manière, particulièrement Cate Blanchett qui se révèle somptueusement manipulatrice et fascinante dans le rôle de Lilith.

Les décors sont également très travaillés et retranscrivent à merveille l’ambiance du livre. Le tout, très immersif, est sublimé par un travail appuyé sur la lumière et les ombres, particulièrement autour des acteur·ices dans un souci de mise en scène. Le personnage de Bradley Cooper y est particulièrement sujet : tout au long du film, il reste dans une obscurité plus ou moins subtile, mis à part les moments où il est sur scène pour un de ses spectacles, ce qui révèle directement à l’audience la part sombre en lui.

Nightmare Alley: Cate Blanchett, Bradley Cooper


Film noir dans sa manière de traiter son histoire, Nightmare Alley tient facilement du drame psychologique à travers les déboires de son personnage principal. En naviguant entre les vices et les illusions de chacun·es, le film dénonce l’omniprésence du mensonge mais encore plus, la manière dont les spectateur·ices de cette tromperie lui permettent de continuer à exister. À travers le parcours universel d’un homme cherchant vainement à fuir un destin inexorable, Guillermo del Toro réalise un film plus sombre qu’à l’accoutumée et réinvente l’histoire de Stanton Carlisle avec brio tout en y ajoutant sa patte personnelle et même si le métrage possède quelques défauts totalement mineurs, cela ne l’empêche pas de frapper juste. L’année commence décidément très fort.

Nightmare Alley écrit et réalisé par Guillermo del Toro et Kim Morgan. Avec Bradley Cooper, Cate Blanchett, Rooney Mara. 2h31

Sorti le 19 janvier 2022

0 comments on “Nightmare Alley : Spirale infernale

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :