Interview

Rencontre avec Fabrice du Welz pour Inexorable

Pour la sortie d’Inexorable le 6 avril prochain, nous avons eu l’occasion de rencontrer le réalisateur belge Fabrice du Welz. Pour nous, il est revenu sur son approche au scénario, ses influences et son style de réalisation.

Les titres de vos films représentent généralement l’essence de ces derniers, on pense notamment à Calvaire ou Adoration. Pourquoi avoir ici choisi Inexorable ?

Parce que l’histoire est inexorable, l’histoire est fatale. C’est un thriller, un film noir, une œuvre qui ne fait que des victimes. L’idée était aussi d’avoir une accroche, un titre impressionniste qui soit quelque chose que l’on puisse retenir et qui ait une dimension presque politique.

Quelles ont été vos principales influences pour le film ?

J’ai tendance à citer Massacre à la tronçonneuse parce que c’était vraiment le film de l’éveil pour moi. Aujourd’hui, il est beaucoup plus accepté mais quand j’avais 20 ans et que je disais que c’était mon film préféré, on me regardait bizarrement ! Pour Inexorable, je me suis beaucoup inspiré des thrillers érotiques des années 90 aux États-Unis, des films de fantômes japonais, de Hitchcock, tout s’est un peu mêlé. 

Benoît Poelvoorde est en tête d’affiche, c’est un acteur que le grand public est plus habitué à voir dans des rôles comiques, pourquoi lui avoir donc confié un personnage aussi sombre ?

Benoît est capable de faire beaucoup de choses, c’est un grand acteur. C’est sûr qu’on le connaît beaucoup pour ses talents comiques mais il a une part de ténèbres et de mystère qui est incroyable et qui m’attire personnellement beaucoup. Je le connaissais déjà avant le tournage, il avait un petit rôle dans Adoration mais je crois que dans ce film, il s’est beaucoup laissé aller. Il me connaît, il savait que ce tournage allait être intense mais il aime ça et il s’était bien préparé. Je ne donne pas vraiment de conseils à mes acteurs mais je travaille avec eux pour les acheminer vers les passages les plus sensibles. Je veux qu’ils soient le plus juste et le plus spontané possible.

Quand on joue avec un acteur comme Poelvoorde, on reste collé au texte ou on se permet des improvisations ?

Je reste proche du texte mais surtout de l’intention. La plupart du temps, je m’en fiche un peu du texte mais j’aime que l’acteur reste dans cet état d’esprit qui est préalablement construit dans le cadre de ce qui est pensé du personnage. Généralement, le cinématographe et le décorateur font leur travail et moi, je pousse l’acteur à aller plus loin que le texte en essayant d’épouser au maximum l’intention.

Vous choisissez de centrer votre histoire sur Marcel, un écrivain à succès. Est-ce que vous faites le parallèle entre votre personnage principal et vous-même en tant qu’auteur et en tant que créateur ?

Forcément, je fais des parallèles avec tous les personnages, que ce soit Marcel, Gloria, Jeanne ou même Lucie. C’est inévitable mais c’est sûr que le personnage de Marcel me correspond sur plusieurs points. Le plaisir que j’ai à travailler avec Benoît se mêle avec quelque chose de très sensible qui me permet de me projeter beaucoup. Cependant, je n’ai pas de mensonge originel comme celui de Marcel mais c’est sûr que ce personnage m’est cher dans tous ses travers, comme peuvent l’être les autres également. J’irrigue tous les personnages d’une touche personnelle.

Le nom Gloria revient à chacun de vos films depuis vos débuts. Pourquoi cette obsession ?

C’est une bonne question et j’avoue que je n’en sais rien. C’est simplement, depuis Calvaire, un nom que j’utilise, qui revient et qui devient aujourd’hui presque une coquetterie. Une coquetterie qui n’est pas vraiment si coquette dans le fond puisque toutes les Gloria sont reliées par une thématique particulière qui reste la même à des âges différents. C’est une manière de m’amuser avec le public, en tout cas, ceux qui connaissent mes films. C’est comme le prénom “Paul” qui revient beaucoup aussi.

Le film a intégralement été tourné en 16 mm. Pourquoi garder la pellicule encore aujourd’hui lorsque le numérique est devenu la norme pour de nombreux cinéastes ?

On vit aussi dans une époque où de plus en plus de cinéastes reviennent à l’argentique, que ce soit le 16 ou le 35 qui possède plus de grain. Le digital commence à décevoir et pousse les gens à revenir à la pellicule. Alors, certains sont certainement plus à l’aise avec le digital, il existe des caméras incroyables de nos jours. Personnellement, j’ai ce fétichisme de la pellicule, je l’utilise depuis mes débuts. C’est cette métamorphose de la pellicule et de l’objet cinéma en lui-même qui m’attire. Le digital m’ennuie. Faire un film est une source de grand bonheur et je me bats toujours pour tourner en argentique.

Est-ce que l’argentique vous aide à mieux habiller vos images et à mieux ressentir ce qu’il se passe à l’écran ?

L’argentique permet une meilleure stabilité des couleurs primaires et offre des lumières plus vives même si, malheureusement, ce rendu ne se voit qu’au cinéma. Sur la télévision, les films disponibles sur des plateformes de streaming qui ont été tournés en argentique n’ont absolument pas le même rendu qu’au cinéma à cause de la compression. Seul le grand écran permet de rendre justice à la pellicule et personnellement, cela me convient plus, principalement pour des raisons esthétiques.

Votre premier court-métrage est sorti il y a 23 ans. Pensez-vous que vous auriez pu réaliser un film comme Inexorable à vos débuts ?

Je ne peux pas refaire l’histoire mais c’est sûr que le film aurait été très différent si je l’avais réalisé à mes débuts. Ma volonté avec Inexorable était d’aller encore plus vers le public, de faire un thriller plus droit, avec une tension plus soutenue. Je voulais circonscrire mon ambition et faire quelque chose qui fonctionne dans l’unité de temps, de lieu et d’action que proposait le scénario. Le travail de mise en scène et de montage vise à articuler la tension au maximum. Ma grande obsession sur le film était justement ce travail de la tension qui était déjà présente dans l’histoire dès la présentation des personnages. Tout, du montage, à la musique, aux rebondissements du scénario, vise à entretenir cette tension qui s’installe chez le spectateur dès les premières minutes.

Depuis quelques années, nous assistons à un regain de popularité des films de genre dans le cinéma francophone. Comment vous positionnez-vous face à cette évolution ?

Je pense que c’est formidable ! L’appellation du cinéma “de genre” a cependant tendance parfois à m’agacer. Ça ne veut pas dire grand-chose, le cinéma est par essence genré, c’est l’art du cirque. Le problème vient du cinéma francophone qui veut depuis des décennies séparer film de genre et film d’auteur, ce qui est absurde. Les Américains ne l’ont jamais fait par exemple. En revanche, on peut parler de genre horrifique, de genre fantastique. Le cinéma est comme la littérature, extrêmement varié mais en France, on a tendance à laisser de côté l’horreur depuis la Nouvelle Vague. Le cinéma horrifique a toujours été mon premier amour alors le voir devenir plus populaire, cela ne peut que me faire plaisir.

Merci à Fabrice du Welz pour ses réponses.

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