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Murder Party : Petits meurtres entre ennemi·es

Avertissement : que celleux tronqué·es par la volonté commerciale hautement putassière de copier l’affiche d’À couteaux tirés révisent leur jugement ! Si Murder party s’inclut dans les codes du whodunit, il n’a en commun avec le métrage de Rian Johnson que le genre, et s’illustre par une identité bien à lui. Il devient de bon ton de lui laisser sa chance, même si une fois la chose faite, l’impression d’avoir vu une proposition charmante mais oubliable persiste.

Lorsque Jeanne Chardon-Spitzer (Alice Pol) est convoquée à la campagne pour sa qualité d’architecte, afin de faire une proposition concernant la rénovation d’un manoir appartement à une famille s’étant illustrée dans les jeux de plateaux, elle est loin de s’imaginer qu’elle s’engouffre dans un piège, un jeu dont elle va être l’héroïne, et qui implique une notion vitale. Une certaine aubaine pour son train de vie morose, noyé sous les anti-dépresseurs, et dont sa mère (Zabou Breitman) tente désespérément de la sortir. Tout dans la famille Daguerre représente le contraire de son existence sage et ordonnée. Mais il semblerait qu’à la mort du patriarche, César (Eddy Mitchell), la famille elle-même soit plongée dans la terreur. Pourtant habitué·es à leurs traditionnelles murder parties, les membres semblent décontenancé·es par ce qui n’a clairement plus l’air d’être un jeu. Ludique, le sort qui leur est imposé l’est pourtant, avec des règles simples : l’un·e d’elleux est le/la meurtrier·e, et il faut s’adonner à des mini-épreuves pour le/la confondre. Si une épreuve est refusée, on meurt soi-même.

Le manoir se transforme en immense escape game, chaque épreuve se passant dans une salle différente, dénotant de l’avancée et des indices à trouver pour découvrir l’assassin·e. L’occasion pour les membres de la famille Daguerre de dévoiler leur personnalité, mais également leurs différends, donnant comme dans toute tradition du whodunit un alibi suffisant à chacun·e pour avoir commis le meurtre. Si Miou-Miou et Gustave Kervern régalent par leur aspect cynique, appuyé par l’acidité de leurs dialogues, on ne peut pas relever la même implication/qualité d’écriture pour le reste du casting, où Sarah Stern et Pascale Arbillot pataugent. Pire, s’il est rapidement établi que tous les personnages jouent un double-jeu, la fausseté du jeu des acteur·ices trouvant une certaine explication, Alice Pol, dont l’incarnation est la seule victime de l’arnaque, semble encore plus fausse que ses comparses. À l’image de ce casting qui ne fonctionne qu’à moitié, l’intrigue est sujette à de nombreux soucis de rythme, et un manque d’enjeux qui rendent le tout très banal.

Le twist se sentant venir dès le début du récit, les références visuelles à des titres comme 8 femmes – notamment grâce aux couleurs, même si ce choix est logique lors de toute partie de Cluedo, mais l’envie de citer le film de François Ozon, que l’on vous conseille vivement, était trop forte – faisant foi, on ne s’attache à aucun point d’intrigue, aucun rebondissement, car on le sait désamorcé dès lors que le dit twist fera enfin surface. Si l’on se plaît à découvrir les différentes énigmes, leur inventivité n’est pas des plus vivaces. Ainsi, passé le tir à l’arc qui n’offre que peu de tension, place au jeu de questions reposant sur les éléments retrouvés à mesure de l’intrigue. Le manque d’empathie pour les personnages et de tension accompagne l’impression de longueur que confère Murder party, malgré une envie de se prendre au jeu au premier abord. Un dernier acte plutôt généreux, qui offre des clins d’œil à des trames horrifiques telles que Cube ou La cabane dans les bois, parvient à conclure le film avec un soupçon de substance mais, globalement, c’est l’ennui qui domine. Jeanne devient juge puis bourreau, peut désamorcer plus que le jeu qui lui est proposé, mais nous a déjà perdu·es en cours de route.

On sent la volonté derrière ce Murder party. Proche de l’absurde léger d’un Nicloux – on pense fortement à Holiday –, le film n’est clairement pas déplaisant à suivre, et pourra même emporter celleux voulant être pris dans un grand Jenga à ressort, et qui acceptent de se laisser surprendre. Celleux qui, par contre, seraient venu·es pour le frisson, et la promesse apporté lorsque les premières pièces du puzzle se mettent en place n’en sortiront que plus déçu·es. Rien de honteux, mais rien de mémorable, dans ce jeu de rôle sur mesure.

Murder Party, de Nicolas Pleskof. Écrit par Elsa Marpeau et Nicolas Pleskof. Avec Pablo Pauly, Alice Pol, Lucien Jean-Baptiste… 1h43.
Sorti le 9 mars 2022

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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