C'est au cinéma Critiques

Ambulance : premier geste de secours

De retour sur grand écran après cinq ans d’absence, et un passage mitigé chez Netflix (6 Underground, 2019), Michael Bay revient en force avec ce qu’il sait faire de mieux ( la seule chose qu’il sait faire ?) : un film d’action survitaminé et dopé à la testostérone. Dans Ambulance, Jake Gyllenhaal et Yahya Abdul-Mateen II interprètent Danny et Will Sharp, deux frères opérant un énorme braquage de banque leur rapportant 32 millions d’euros. Cependant, afin de s’échapper, ils n’ont d’autre choix que de voler une ambulance au sein de laquelle se trouve une ambulancière et l’un des policiers blessés pendant le braquage.

À partir de ce postulat, Michael Bay met en place deux heures de course-poursuite entre les deux protagonistes et les forces de l’ordre. Deux heures au sein desquelles les moments de respiration se compte sur les doigts de la main et où on n’aurait jamais assez d’un calepin pour comptabiliser le nombre de tirs, de destructions et d’explosions. Le réalisateur américain renoue ici avec un pur film de course-poursuite pouvant se rapprocher des productions du milieu des années 1990 à l’image d’un Speed (1994), d’Une journée en enfer (1995) ou d’un Le fugitif (1993). De cet âge d’or du cinéma d’action américain, Michael Bay emprunte un sens du rythme effréné mais surtout une construction narrative pouvant aujourd’hui paraitre simpliste, mais servant le film, afin de lui permettre de rentrer le plus rapidement possible dans le coeur du récit. Il emprunte tout autant à un autre domaine, beaucoup plus jeune : le jeu vidéo. Cette identification à ce qui, au fil des années, s’impose comme un art à part entière, est déjà visible, mais bien moins exploitée, dans 6 Underground dont les personnages et l’ambiance ne sont pas sans rappeler la saga Saints Row (2006-2015). Dans Ambulance, Michael Bay convoque, de manière beaucoup plus convaincante, une autre saga populaire de l’histoire du jeu-vidéo : GTA (Grand Theft Auto). À la manière d’un braquage qui aurait mal tourné à Liberty City, l’indice de recherche augmente et les quelques voitures de police qui pourchassent les deux frères laissent place à des blindés et des hélicoptères. Une fois les cinq étoiles atteintes, plus moyen de faire machine arrière ou de se rendre, seules deux solutions s’offrent aux joueurs comme aux protagonistes : l’élimination de toutes les forces de l’ordre présentes ou la mort.

N’ayant, depuis plus de 25 ans, jamais lâché son détonateur, Michael Bay maîtrise ici plus que jamais l’art de la mise en scène de la sur-action. Parler de subtilité lorsque l’on traite du travail du cinéaste revient à tirer sur l’ambulance mais, à la manière d’une marque déposée, on sait à quoi s’attendre d’un film estampillé « Michael Bay ». Le cahier des charges est-il ainsi respecté ? Bien plus que ça ! Ambulance n’est pas un produit de son époque. Cela se voit premièrement par les références précédemment citées qu’il convoque, mais également par le simple fait qu’il vit indépendamment de toutes règles établies par les blockbusters des quinze dernières années. Brutal dans son traitement, direct dans sa narration, abrupt dans sa forme, Ambulance semble sortir tout droit du passé tout en ayant bénéficié des avancées technologiques actuelles. Michael Bay se permet ainsi de nombreux plans aux drones sublimant tout autant la ville de Los Angeles que les nombreux dégâts qu’elle subit pendant le film. 

L’action seule ne permet cependant pas de créer une oeuvre cinématographique, et c’est ici que le film trouve son défaut majeur. Car dans cet ambulance en fuite, il y a des personnages. Un duo de frangins, un trio si on y rajoute l’ambulancière impuissante, et même un quatuor si on se permet de rajouter le policier gémissant. On pourrait mettre n’importe qui dans cet ambulance sans pour autant changer la trame principale du récit : les forces de l’ordre poursuivent une ambulance volée. Les acteurs font ce qu’ils peuvent pour essayer de donner du caractère à leur personnage, mais l’absence d’écriture, ou plutôt la trop grande simplicité et le manque de profondeur dans la personnification des rôles, condamne le film à ne pas exister à travers eux. Ils deviennent donc un biais, un moyen de faire ressentir les émotions souhaitées, mais ne sont jamais un point d’accroche. 

Michael Bay parvient à s’affranchir de toute dépendance à ses personnages et livre avec Ambulance le spectacle tout feu tout flamme attendu. Le réalisateur américain fait du neuf avec du vieux et délivre ici ce qui, au vu du calendrier, a de fortes chances de rester l’un des meilleurs blockbusters américain de 2022. 

Ambulance de Michael Bay, écrit par Chris Fedak et Laurits Munch-Petersen. Avec Jake Gyllenhaal , Yahya Abdul-Mateen II , Eiza Gonzalez… 2h16

Sortie le 23 Mars 2022

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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