Critiques On rembobine

Les désaxés : vide désertique

De nos jours, on s’accorde généralement à le dire : il est difficile de renier le talent de Marilyn Monroe. De Certains l’aiment chaud à Comment épouser un millionnaire, l’actrice émerveille au rayon comique, si bien qu’on en viendrait presque à oublier ses quelques rôles dramatiques. Henry Hathaway fit d’elle une femme infidèle dans Niagara, Otto Preminger la dépeint en chanteuse de bar dans River No Return mais c’est bien Les désaxés que l’on retiendra le plus. Le film de John Huston met en scène Monroe pour un de ses derniers rôles en compagnie de Montgomery Clift et Clark Gable dans une errance sans fin à travers les vestiges du Far West américain.

Marilyn incarne Roselyn, une jeune femme fraîchement divorcée qui rencontre Gay (Clarke Gable), un cow-boy qui gagne sa vie en attrapant des chevaux sauvages pour les revendre. Le spleen inhérent du long-métrage envahit l’audience dès les premières minutes grâce à l’ambiance anxiogène et mélancolique, à l’image des personnages. Tous partagent la quête de l’impossible, de ce qu’ils n’ont jamais eu et n’auront probablement jamais : l’amour parfait. C’est cela qui attire tant Gay et ses amis chez Roselyn. Tous voient en elle leur idéal féminin, douce, belle et prête à être sauvée par leurs soins. Dès que l’illusion s’estompe, ils se détournent d’elle de manière tacite mais collective. Le scénario porte la patte d’Arthur Miller qui signe un de ses écrits les plus sincères et introspectifs sur sa vie mais surtout sa relation avec sa femme Marilyn Monroe dont le personnage de Roselyn devient le reflet.

The Misfits, c’est la fin de l’idéal et de l’illusion. Le Far West des cowboys forts laisse place à l’errance de celleux qui n’ont pas le courage de quitter un environnement qui les emprisonne. Le désert devient presque un personnage à part entière, à la fois foyer et prison, où chacun·e erre sans jamais trouver son idéal et se sert des autres pour tenter de combler le vide qui l’habite. Le film est constamment à mi-chemin entre la nature sauvage et la vie urbaine, une sorte d’entre-deux où chacun·e se retrouve face à luiel-même et à ses tourments. Rempli de tristesse et de regrets, le long-métrage n’est western que de façade et s’ancre totalement dans la perdition de ses personnages.

La réalisation, loin de rester témoin vague de cette errance, s’y abandonne entièrement. Les plans sont serrés et ne laissent aucun espace aux personnages, tout comme le cadre dans lequel ils s’étouffent. Les plans larges ne sont qu’occasionnels et servent à souligner la solitude des protagonistes à l’écran et à les noyer dans leur environnement. Le réalisateur choisit de nourrir l’ambiance anxiogène du film mais se révèle étonnamment tendre envers celleux qu’il filme, leur accordant la pitié que personne ne semble avoir pour elleux. Le noir et blanc fige l’histoire dans le temps à l’image du désert où rien n’évolue, et les acteur·ices viennent magnifier cette instabilité constante : Clark Gable et Montgomery Clift, loin de se contenter d’un portrait superficiel de leurs personnages, parviennent à leur insuffler une humanité terriblement attachante qui rend naturelle la compassion chez le spectateur·ice. La surprise du film reste la performance de Marilyn Monroe qui révèle un incroyable talent pour la dramaturgie et incarne avec nuance et brio Roselyn sous toutes ses facettes.

Les désaxés signe le déclin d’un âge d’or. Malgré une production chaotique (addictions de Monroe, alcoolisme de Clift et problèmes de santé de Gable), le film parvient à capturer avec beaucoup de justesse la perdition de ses personnages. Les performances d’acteur·ices, la direction artistique et la réalisation viennent magnifier un scénario riche pour un résultat anxiogène et douloureusement honnête.

Les Désaxés de John Huston. Écrit par Arthur Miller. Avec Marilyn Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift. 2h05

Sorti le 19 avril 1961

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