C'est au cinéma Critiques

Aristocrats : L’amante de mon mari est mon amie

Que se passe-t-il lorsque votre mari fréquente un peu trop souvent une jeune et jolie hôtesse, issue d’une classe sociale différente de la vôtre, venue à Tokyo pour ses études ? On peut décider de l’ignorer pour garder les apparences, ou décider de la rencontrer pour découvrir plus de points communs qu’on ne pouvait l’imaginer.

Yukiko Sode a toujours souhaité s’attarder sur les diversités des classes sociales japonaises, et surtout dénoncer l’entre-soi qui s’apparenterait presque à un système de castes sur l’île nippone. Premièrement dans l’envie de parler de l’arrivée des Jeux Olympiques, leur report d’un an lui a suscité l’envie de réfléchir différemment à cette architecture urbaine, reflet de la société japonaise où tout est compartimenté. Rien de nouveau sous le soleil sauf quand Hanako, le personnage principal, décide de mettre un pied dans cette classe moyenne vers laquelle elle n’aurait jamais témoigné le moindre intérêt si son mari n’avait pas décidé de fréquenter cette autre femme. Malgré son rang social élevé (en témoigne ce dîner de Nouvel An dans un restaurant chic où la grand-mère de la famille règne en maîtresse), Hanako ne trouve pas sa place. Quand elle se marie, c’est loin d’être de son plein gré, cherchant surtout à satisfaire sa famille très à cheval sur la descendance qu’elle est censée offrir. L’adultère de son mari la pousse à découvrir la maîtresse, d’apprendre à la connaître, de savoir qui elle est. Et de cette rencontre, naît une envie folle de liberté, loin des carcans imposés.

Que se passe-t-il quand on décide de bouger les lignes ? D’aller ailleurs ? Hanako et Miki sont aux antipodes de la ville de Tokyo, une ville où tout semble possible et où les inégalités, sociales comme architecturales, sont palpables. Les quartiers ne se mélangent pas, les gens non plus. Notre héroïne prend le risque d’aller vers l’inconnu pour y découvrir de nouvelles perspectives venant remettre en cause sa vie et ses envies. Cette amitié pourtant improbable sur papier permet à l’une et l’autre de se dévoiler et de se rendre compte de leur condition, comprendre qu’elles sont les seules à pouvoir renverser les cartes pour devenir maîtresses de leur propre jeu. La réalisatrice trouve là un terrain merveilleux pour jouer avec sa caméra, faire ressentir la solitude d’Hanako et mettre en scène les différentes classes sociales à travers un plan ou un point de vue. La ville de Tokyo est même un personnage à part entière tant elle prend parfois tout l’écran pour imposer sa grandeur, ses buildings à perte de vue qui donnent le vertige et nous rappeler que malgré tout, les riches ont toujours le luxe de manger au-dessus des autres.

Le troisième long-métrage de Yukiko Sode est une jolie promesse. Un film d’indépendance et de sororité qui résonne fort. Peu importe le pays, il y aura toujours une Hasako qui ne se sentira pas à sa place. Et ça, même tout l’argent du monde n’y pourra rien.

Aristocrats de Yukiko Sode. Écrit par Mariko Yamauchi. Avec Mugi Kadowaki , Kiko Mizuhara… 2h05
Sortie le 30 mars 2022

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