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Babysitter : Dépression post misogynie

Quasiment trois ans après La femme de mon frère, l’une de nos artistes québécoises préférées, Monia Chokri revient avec un second film plus incisif et plus maîtrisé avec Babysitter ou comment démonter le patriarcat et la misogynie bien comme il faut.

Après avoir fait une blague sexiste qui a rapidement fait le tour des médias à son insu, Cédric se voit écarté temporairement de l’entreprise Ingénérie Québec. De son côté, sa femme Nadine s’occupe patiemment de leur nouveau-né en s’enlisant dans un quotidien qui ne la fait pas rêver tout en essayant de ne pas succomber à la dépression post-partum. C’est l’arrivée inopinée de leur babysitter Amy qui permet de redistribuer les cartes, les mettre face à leurs contradictions mais aussi leurs désirs les plus profonds.

Monia Chokri détourne avec plaisir la figure quasi emblématique de la babysitter pour lui donner une aura un peu spéciale en se jouant des codes des films d’horreur avec ses drôles d’incantations qui permettent de calmer le bébé immédiatement ou sa manière d’hypnotiser n’importe qui sur son passage. Sans être un élément perturbateur mais quasiment complémentaire de ce couple, Amy permet à Cédric et Nadine d’élargir leurs réflexions. Nadine ne s’épanouit pas en tant que mère et décide qu’il est temps pour elle de reprendre son travail. Mais elle se rend compte qu’elle ne s’épanouit pas non plus de cette manière, entendant au loin les remarques de ses jeunes collègues se moquant d’elle. Elle décide de se prendre une chambre dans un love hotel, affalée dans une baignoire kitsch en forme de coeur, essayant tant bien que mal de se faire du bien. Mais où est-ce que ça coince ? Le problème résiderait-il dans sa relation avec son mari qui est d’une platitude affolante ?

Il faut dire que Cédric ne fait pas énormément d’efforts pour essayer d’aider et de comprendre sa femme. C’est même lui qui engage Amy pour s’occuper de leur fille tant il n’est pas doué avec elle. Voulant se refaire une image, il se lance à corps perdu dans l’écriture de Sexist Story, ou tout un pamphlet pour déconstruire la misogynie. Pendant qu’il bataille pour faire entendre ses idées et faire comprendre qu’il n’est pas misogyne, les regards lourds ne cessent jamais. Pire, Cédric et son frère s’enfoncent dans une misogynie encore plus puante, où seule l’intervention de la baby-sitter permet de remettre les idées au clair, et pour Nadine de reprendre le dessus, se dévoiler en tant que femme.

En adaptant la pièce de théâtre de Catherine Léger, Monia Chokri réussit à faire un film éminemment actuel dans ses thématiques et dans la manière dont le patriarcat et la misogynie continuent de régir notre société malgré les changements qui s’opèrent – bien trop lentement. L’hypocrisie est omniprésente mais rapidement mise à mal avec des touches d’humour toujours bienvenues, notamment lorsque Nadine ou Amy interviennent entre deux discussions de bonhommes pour les remettre à leur place et leur rappeler la stupidité de leurs propos ou de leurs actions.

Mais là où excelle la réalisatrice c’est bien dans l’ambiance qu’elle arrive à instaurer tout du long. D’abord oppressante avec ce trop plein de testostérones et d’hommes commentant seins et hanches de ces dames en passant par un film presque sur-esthétisé et qui contraste avec le propos. Ce cadre si plat et rigide est le reflet du couple formé par Nadine et Cédric qui se sont enlisé·es dans la vie de couple morne avant d’être totalement bousculé·es par l’arrivée d’Amy. Cette jeune fille au visage trop angélique et qui nous plonge petit à petit dans une ambiance plus pesante, tendant vers l’onirique dans sa dernière partie. Ses prises de vues en 35mm apportent évidemment un grain particulier, nostalgique et rétro appuyé par ses décors et ses couleurs souvent kitschs à souhait. Une petite bombe colorée pleine de folie menée d’une main de maître par Monia Chokri et Nadia Tereszkiewicz qui forment un tandem complémentaire dans une danse sensuelle sur fond de sororité qui fait du bien.

Monia Chokri monte d’un cran avec ce second film. Plus incisif, plus maîtrisé, Babysitter est une comédie mordante qui vient démonter le patriarcat et la misogynie avec élégance, humour et esthétique. Tout ce dont nous avons besoin en ce moment.

Babysitter de Monia Chokri. Écrit par Catherine Léger. Avec Monia Chokri, Patrick Hivon, Nadia Tereszkiewicz… 1h28
Sortie le 27 avril 2022

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