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Southern Belle : Même J.R n’aurait pas osé

Il y a quelques temps, on vous a fait part des très nombreuses qualités de Ghost Song. Dans son premier long métrage, Nicolas Peduzzi est déjà fort des propositions qu’il compte développer. Son documentaire est digne d’un des meilleurs épisodes des Feux de l’amour, non dans le sens péjoratif du terme.

La Southern Belle ou Belle du sud est un concept américain qui désigne la jeune femme blanche et bien élevée issue des classes moyennes supérieures. À première vue, Taelor Ranzau est une Belle du sud. Des boucles blondes qui viennent encadrer ce doux visage qui cache pourtant un passif que tout le monde ne pourrait pas supporter. Son père, à la tête d’une des plus grandes compagnies pétrolières du Texas, lui a légué plus de 500 millions de dollars. Un héritage maudit qui a vu son enfance partir en fumée et qui la conduit sur une route sinueuse faite de rencontres hasardeuses, alcools et comprimés en tout genre. Derrière ce portrait de femme qui brûle la vie par les deux bouts, Nicolas Peduzzi arrive à y dessiner quelque chose de plus complexe et humain.

L’histoire de Taelor semble improbable et pourtant. À 14 ans elle hérite de 500 millions de dollars, à 16 ans sa mère la fait interner de force où elle est contrainte de prendre des doses médicamenteuses bien trop élevées. Son seul tort ? Être l’unique héritière d’un magnat du pétrole. Une fois sortie de cet internement, Taelor plonge indubitablement dans la consommation quotidienne de drogues et d’alcool. La peine d’avoir perdu un père qu’elle aimait et admirait, celle d’avoir perdue une mère qui n’en a désormais qu’après cet argent et celle d’avoir l’impression de n’être qu’une spectatrice de sa vie.

Le réalisateur trouve le moyen de rester à bonne distance de son personnage. Il ne renie jamais les clichés inhérents au pays, dépeint un portrait pas toujours glorieux mais y voit quand même quelques brèches. Quand on s’y engouffre, on découvre une jeune femme de 26 ans en manque de repères et d’amour. Et ce n’est certainement pas son oncle excentrique qui arrange les affaires (les règlements de compte entre lui et Taelor sont dignes des meilleurs sitcoms dramatiques, lunaire et pourtant bien réels). La caméra à l’épaule qui suit Taelor dans chacune de ses virées plus excentriques les unes que les autres – la partie de chasse nocturne, les courses dans un supermarché qui lui appartient… – dévoile et paradoxalement embrume un peu plus le mystère. Tantôt adulte avec la tête sur les épaules, tantôt gamine qui n’est là que pour se marrer, on retient surtout un portrait à l’image des États-Unis, surprenant et décadant.

Southern Belle et Ghost Song pourraient apparaître comme un diptyque de celleux en marge de la société, (sur)vivant au jour le jour que Nicolas Peduzzi arrive à sublimer de sa caméra poétique.

Southern Belle de et par Nicolas Peduzzi. 1h30

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