Critiques

My favorite war : Du bac à sable au cimetière

Primé au dernier Festival du film d’animation d’Annecy du prix Contrechamps, Ilze Burkovska Jacobsen se replonge dans ses souvenirs d’enfance alors que la Guerre Froide frappe la Lettonie et que sa survie dépend autant de ses actes que de son libre arbitre à travers My favorite war.

La réalisatrice a vécu en Lettonie pendant les années 70 alors que le pays est annexé par l’URSS et que la Guerre Froide fait rage sous l’autoritarisme du régime communiste qui ne laisse que peu de place à la liberté. C’est dans ce climat anxiogène qu’elle grandit, heureuse car à cet âge-là on ne se rend pas forcément compte de ce qui nous entoure et des répercussions que peut avoir cette guerre. Le titre du film est loin d’être anecdotique puisqu’elle l’avoue, c’était sa guerre préférée. Un temps de l’insouciance où Ilze se dit fervente communiste. À force de grandir, sa mentalité évolue et sa capacité de réflexion aussi. Et si toute cette propagande n’était qu’illusion ? Que cache le Gouvernement ? Ilze l’apprend à ses dépends pour devenir la femme pleine de convictions qu’elle est aujourd’hui.

Pour nous plonger dans ses souvenirs – mais plus largement dans l’histoire et l’évolution de la Lettonie -, la réalisatrice a décidé de mélanger les genres, appelant elle-même son film un documentaire d’animation. L’animation est régulièrement entrecoupée par des plans de la réalisatrice lorsqu’elle évoque sa jeunesse ou à travers des images d’archives (qui sont peu nombreuses, le Gouvernement ayant tout fait pour effacer tout ce qui aurait pu leur être préjudiciable). À travers ce parcours de vie loin d’être facile, c’est l’envie d’exprimer son opinion et d’être maître·sse de son destin pour décider de ce qui est bien ou non qui prime.

La première partie du film donne un ton différent, celui d’un pays en guerre mais où Ilze est heureuse avec ses parents. Tout n’est pas parfait mais elle a un toit, des ami·es et des parents qu’elle aime (même si elle reconnaît que son père n’a pas été totalement blanc dans cette histoire, faisant ce qu’il pensait être juste de faire pour grimper les échelons et offrir une vie décente à sa famille). C’est lors d’une banale journée à jouer dans un bac à sable que tout bascule. Ce symbole de l’enfance et de l’amusement devient synonyme de mort lorsqu’Ilze tombe sur des os humains. La dure réalité frappe la jeune fille qui commence à remettre en doute son pays et le bienfondé de sa politique. Le film trouve son équilibre entre récit personnel et récit didactique sur un pays en guerre à travers ses moments de respiration et l’évolution de son personnage, qui se devine grâce au noeud dans ses cheveux changeant de taille et de couleur au fil du récit. L’animation assez figée peut avoir quelque chose d’impersonnel mais la réalisatrice contrebalance assez facilement c’est état de fait à travers son récit, ses émotions et le propos politique qui dépasse le cadre du pays pour rappeler l’importance du libre arbitre et de trouver la capacité de réfléchir par soi-même pour comprendre le monde qui nous entoure.

Bien plus universel qu’il n’y paraît, My favorite war est un film assez unique dans son genre et qui dénote des productions de films d’animation qu’on a pu avoir récemment. Ilze Burkovska Jacobsen raconte avec beaucoup de délicatesse la petite histoire qui rencontre la grande et qui nous rappelle à quel point la liberté d’expression est importante, peut-être encore plus de nos jours.

My favorite war, écrit et réalisé par Ilze Burkovska Jacobsen. 1h22
Sortie le 20 avril 2022

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