C'est au cinéma Critiques

Les Animaux Fantastiques, Les Secrets de Dumbledore : « C’est pas Gérard Majax »

Après un premier épisode à la construction laborieuse puis un second tentant de se raccrocher à l’univers d’Harry Potter, ce troisième volet des Animaux Fantastiques nous promettait un combat épique entre Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald, meilleurs amis devenus meilleurs ennemis. Meilleurs amis, car je n’oserai dire amants, tant le vœu de représentation de l’homosexualité se veut réduit au maximum. Ce qui était promis comme l’exposition de de l’homosexualité de Dumbledore, personnage populaire de la culture pop, se traduit finalement à travers deux simples lignes de dialogue. Deux lignes tellement futiles qu’il aura suffi à la Chine de les couper au montage pour sortir le film, censuré, mais sans modification du fond du récit. Le fait que des distributeurs étrangers puissent altérer les sentiments intimes de Dumbledore, sans pour autant changer la lecture d’un film intitulé Les Secrets de Dumbledore, ne laisse que peu espérer sur la qualité des autres éléments du récit.

Outre le fait qu’il soit un pseudo spin-off centré sur le directeur de Poudlard, de quoi nous parle ce troisième opus des Animaux Fantastiques ? Le postulat de départ du film tient sur un post-it : Gellert Grindelwald cherche à se faire élire Chef Suprême de la Confédération Internationale des Sorciers. Ce qu’offre Les Secrets de Dumbledore au spectateur n’est donc pas un film de magie, ni un film d’aventure, mais littéralement 2h20 d’élection départementale. Départementale et non pas Présidentielle tant le peu d’intérêt que suscite cet arc narratif pour le spectateur se veut insignifiant et ennuyeux au possible. Même les acteurs ne parviennent pas à fournir une once d’entrain à leur jeu, tant leurs personnages manquent de profondeur. L’équipe de choc, montée par Dumbledore afin de contrecarrer les plans de Grindelwald, est composée de personnages moins intéressants les uns que les autres, certains allant même jusqu’à n’avoir absolument aucun impact sur le déroulement des événements. Ces mêmes personnages ont pourtant droit à des séquences interminables qui, si elles avaient été coupées au montage, auraient rendu le film beaucoup plus fluide et dynamique.

Cependant, même les protagonistes utiles au récit, ne se trouvent être que de simples pions d’une écriture scénaristique catastrophique. Une majeure partie du film est composée de séquences et de dialogues servant de ficelles scénaristiques. À noter que J.K Rowling est enfin aidée, pour la première fois de cette trilogie, par un scénariste de métier, en la personne de Steve Kloves, qui avait déjà travaillé sur la saga Harry Potter. Sa présence semble cependant inefficace tant les erreurs déjà effectuées par l’écrivaine anglo-saxonne apparaissent décuplées au sein de ce film. Le Fusil de Tchekhov, principe dramaturgique très utile consistant à donner un intérêt futur à un objet présenté aux spectateurs, est ici transformé par J.K Rowling en mitraillette de Tchekhov, tant celle-ci abuse du procédé. Ainsi, certaines séquences portent une étiquette invisible « servira plus tard dans le film ». Harry Potter sont des romans à partir desquels les scénaristes triaient ce qui était intéressant ou non pour un film de cinéma. En laissant J.K Rowling écrire directement les scénarios des films de la saga des Animaux Fantastiques, Warner a accepté le risque de se retrouver avec une saga fouillis dans laquelle interviennent de nombreux éléments insignifiants. 

De ce brouillon, même David Yates, réalisateur des quatre derniers films Harry Potter, et particulièrement du très réussi Reliques de la Mort — Partie 1, ne parvient à en tirer quelque chose de convenable. Contraint à ce qui est écrit, celui-ci subit, tout autant que le spectateur, les serpentements inutiles du film. Il nous trimballe, mal de mer garanti, à travers une multiplication superflue de lieux. Poudlard est la force majeure de la saga Harry Potter. Ce lieu-repère est celui au sein duquel les protagonistes arrivent au début du film et repartent une fois l’aventure terminée. Seul le 7 partie 1, justement réalisé par Yates, déroge à la règle et offre un souffle de liberté à la saga. Dans Les Secrets de Dumbledore, la liberté de déplacement des protagonistes est constante et le souffle finit par être celui des spectateurs, consternés par le fait que les lieux soient aussi peu caractérisés que les personnages du film. 

Troisième petit frère boiteux de la saga du jeune sorcier à lunette à la popularité mondiale, Les Animaux Fantastiques, Les Secrets de Dumbledore est un film qui n’a rien pour lui. Une histoire inintéressante, des personnages insupportables et bancals, des lieux et décors aux visuels pitoyables… Il ne reste à ce film que sa filiation avec Harry Potter, filiation que Warner Bros a bien comprise, le mot Dumbledore étant écrit en 4 fois plus grand que « Les Animaux Fantastiques » dès l’apparition du titre. C’est donc à la louche que les spectateurs sont gavés de références, toujours plus insipides, à leur saga préférée. Nous n’aurons ainsi eu droit ni au spin-off sur Dumbledore annoncé, ni au film épique espéré, ni aux duels légendaires fantasmés, mais à un film malade, gangréné par ses trop nombreux défauts. La dernière séquence du film concentre tous les problèmes de celui-ci. Dumbledore y est assis sur un banc face à la boutique de pâtisserie de Jacob Kowalski, ne justifiant sa présence que par le titre du film le forçant à conclure celui-ci. Après un dernier dialogue soporifique entre Dumbledore et Norbert Dragonneau, présageant une suite à laquelle nous échapperons si le nombre d’entrées du film concorde avec sa qualité, Dumbledore disparaît au loin, dans ce que nous espérons être le dernier plan de cette saga. 

Les Animaux Fantastiques : Les Secrets de Dumbledore de David Yates, écrit par J.K Rowling et Steve Kloves. Avec Eddie Redmayne, Jude Law, Mads Mikkelsen…2h23

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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