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[CANNES 2022] Polaris : Loin des yeux, près du port

On a décidé de se diversifier cette année et de foncer voir quelques films plutôt prometteurs qui font leur grande première dans la section ACID, une sélection de longs-métrages choisis par des cinéastes dont le film fut présenté lors des éditions précédentes. Pour contrebalancer avec la chaleur de la Croisette, direction l’Arctique et ses températures extrêmes.

Hayat a décidé de dédier sa vie aux bateaux, naviguant dans les eaux glacées de l’Arctique. Une vie en solitaire où elle a appris à s’endurcir et à se débrouiller par ses propres moyens. Sur terre ferme, sa sœur est sur le point de donner naissance à son premier enfant. Un évènement qui devrait la combler de joie mais qui cache une peine immense alors qu’Hayat ne peut pas être présente pour l’accouchement. Seulement quelques échanges téléphoniques et par visio permettent aux deux sœurs de garder ce contact qui leur est si précieux.

Dès les premières minutes, Ainara Vera nous plonge dans un film brumeux. Un fond blanc, qui se mue en tempête de neige dans laquelle se débat Hayat, sa voix accompagnant ces images et qui nous fait comprendre qu’au delà de la nature, elle doit constamment combattre une ancienne vie, qu’elle essaie d’oublier. On découvre l’enfance de ces deux sœurs : père absent, mère toxicomane et placements en familles d’accueil qui ont abîmé ces deux êtres. Un manque que leur mère biologique n’a jamais réussi à combler, ses enfants l’ayant revue quelques années plus tard avant qu’elle ne décède.

Comment se reconstruire après une telle enfance ? Hayat a décidé de prendre le large de son côté pour y trouver une indépendance mais qui n’est pas sans conséquences. Elle est effrayée à l’idée de ne jamais aimer et de ne jamais être aimée en retour. De son côté, sa sœur a tenté de trouver du réconfort auprès d’un homme devenu le père de son enfant et qui, entre temps, a mis les voiles face à cette responsabilité soudaine. L’impression d’un cercle vicieux qui se met en place où les sœurs ne trouveront jamais le foyer recherché. Le film navigue pendant plus d’une heure entre ces deux territoires, entre l’amour d’une femme fraîchement mère et les flots synonymes d’échappatoire. Deux dynamiques différentes qui offrent un rythme et une photographie magnifiques. Ainara Vera filme la nature dans laquelle se trouve Hayat avec austérité, comme pour se faire miroir de la lutte intérieure qu’elle mène constamment.

Polaris apparaît d’abord comme une immense montagne de glace, froide et terne, mais la douceur et la chaleur que dégage l’amour de ces deux sœurs la brisent pour dévoiler quelque chose de plus intime, un voyage intérieur nécessaire pour se reconstruire et revivre.

Polaris de Ainara Vera. 1h18

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