L’Envol : Loin de ces fatalités qui collent à leur peau

Lorsqu’il nous a proposé cette formidable adaptation de Martin Eden en 2019, nous sommes resté·es aux aguets quant aux futurs efforts de Pietro Marcello. Deux documentaires plus tard, c’est en France que le cinéaste italien pose sa caméra avec L’envol, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cannoise.

Au cœur du nord de la France, Raphaël doit réapprendre à vivre après avoir survécu à la Première Guerre mondiale. Il a désormais une fille, Juliette, dont la mère est décédée après sa naissance. En attendant de trouver un endroit pour vivre, il habite chez Adeline qui s’est occupée pendant tout ce temps de la petite. La vie suit son cours, Raphaël trouve un travail dans une menuiserie et tout le monde est heureux, en apparence.

Les rumeurs vont vite au village et il se pourrait que Juliette ne soit pas la fille de Raphaël après qu’on ait appris qu’un autre villageois a violé sa mère. Devenu la risée de tou·tes, Raphaël se venge à sa manière, ce qui lui vaut d’être renvoyé. Dans le même temps, Juliette est régulièrement harcelée par les autres enfants du village qui la traitent de sorcière – Adeline ayant ses petits rites pour guérir ou « prédire » l’avenir – mais la famille ne se laisse pas faire. Les années passent et Juliette se plait toujours autant dans son village même si elle ne connait pas grand chose de la vie. Depuis de nombreuses années, une vieille femme vivant dans les bois ne cesse de lui dire qu’un jour, des voiles écarlates viendront l’emmener loin de son village, une prophétie à laquelle elle continue de croire.

Premier long-métrage tourné en France et en français pour le cinéaste italien, L’Envol se dévoile comme un livre d’images, un album photo rempli de souvenirs plus ou moins joyeux : la relation qu’a nouée Raphaël avec sa fille, les jouets en bois qu’il lui fabriquait, les balades en forêt de Juliette… Le récit prend son temps, de quoi en laisser plus d’un·e sur le bord de la route mais si on décide de s’y accrocher, nous voilà embarqué·es dans une grande histoire de la vie avec ses joies et ses peines, la violence du milieu rural de l’époque vis-à-vis des marginalisé·es mais aussi l’envie de s’émanciper. Car si la première partie du récit se concentre principalement sur Raphaël, la seconde permet au personnage de Juliette de s’épanouir à l’écran. Devenue une jeune femme probablement aussi têtue que son père, Juliette continue à s’accrocher à ce rêve de pouvoir quitter ce village même si certaines choses la retiennent encore. Lorsqu’elle fait la rencontre inopinée de Jean, un aventurier pilote d’avion charismatique et grande gueule, elle tombe sous son charme mais manque le coche de partir d’ici.

Pietro Marcello magnifie le nord de la France en réussissant à lui donner des petits airs d’Italie. La photographie soignée offre un écrin délicat et léger à cette tranche de vie filmée sur le vif. L’amour plane constamment sur cette famille recomposée que rien ne peut séparer malgré les turpitudes. Raphaël Thiéry porte le film à bout de bras avec sa force qui cache une grande douceur qui s’exprime lors de moments magnifiquement mis en scène et accompagnés de la partition solaire de Gabriel Yared (notamment compositeur de la plupart des films de Xavier Dolan). Il est accompagné de Juliette Jouan dont le visage angélique marque durablement la pellicule ainsi que Louis Garrel dont le charisme n’est plus vraiment à prouver. Autour d’elleux gravitent d’autres personnages dont les attachantes (et toujours aussi fabuleuses) Noémie Lvovsky et Yolande Moreau même si on aurait aimé que cette dernière ait un rôle plus conséquent et qui se détache de ce qu’elle a l’habitude de nous montrer. Un film solaire et humain où l’amour familial prévaut sur le reste sans pour autant étouffer les rêves d’émancipation.

L’Envol réalisé par Pietro Marcello. Écrit par Geneviève Brisac et Pietro Marcello. Avec Juliette Jouan, Raphaël Thiéry, Louis Garrel… 1h40

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