Fumer fait tousser : L’uni(ci)té de la peur

Quentin Dupieux est un auteur-réalisateur prolifique. Il présente déjà son onzième film en Hors-compétition au Festival de Cannes 2022 (le 5ème depuis 2018 !) et ce juste avant la sortie du dixième en ce mois de juin en salle. Il continue son voyage dans l’absurdité des comportements et innovations humain·es pour nous proposer une œuvre ancrée dans les références aux années 1980 portée par un casting (presque) impeccable.

Cinq justicier·es (Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier, Jean-Pascal Zadi, Oulaya Amamra et Gilles Lellouche) sont membres de la « Tabac Force », une équipe mise en place pour combattre le Mal. Alors qu’iels viennent de venir à bout d’une tortue démoniaque, leur Chef Didier (Alain Chabat), un rat baveur, les appelle et leur demande de partir en vacances ensemble pour ressouder la cohésion du groupe. Une fois sur place, ils veulent profiter du temps et de l’endroit, en pleine forêt, pour commencer à se raconter leurs histoires les plus terrifiantes…

Quentin Dupieux est un habitué des pitchs courts, qui lui servent d’introduction avant de tout envoyer valser. Un avantage non négligeable quand le synopsis reposent sur des éléments aussi simples qui ne tiendraient pas 30 minutes s’ils étaient les seules entités des ressorts comiques et dramatiques. La force de Fumer fait tousser repose dans les histoires racontées et (presque) pas dans les cinq personnages principaux. Plusieurs histoires hilarantes (notamment la trame de Blanche Gardin, exceptionnelle) viennent ponctuer la notion de peur chez chacun des personnages pour continuer à dynamiser un récit qui s’essoufflerait très vite sans cela. Le rire, surtout au cinéma, est très difficile à obtenir et Dupieux ne se contient pas pour l’obtenir en poussant les comiques de répétition et l’absurdité de certaines situations de manière jubilatoire. Il référence son histoire au plus haut point entre les membre de la « Tabac Force » ressemblants à des Power Rangers, Chef Didier étant un semblable de maître Splinter dans les Tortues Ninja… Dupieux lorgne également vers l’humour des Nuls avec beaucoup de références aux émissions de la troupe sur Canal +, à la Cité de la Peur (le casque du tueur…) et à Didier (le nom du personnage d’Alain Chabat).

Crédit photo : Gaumont

Le cinéaste ne se prend pas pour un autre, il reste dans sa durée habituelle (entre 1h10 et 1h25), ne perdant pas le rythme de sa narration et de la comédie. Le casting s’en donne à cœur joie pour faire avancer l’intrigue et ne pas lâcher l’attention du spectateur. Dans les « Tabac Force », Oulaya Amrama , Vincent Lacoste et Jean-Pascal Zadi surnagent dans cet univers décalé tandis qu’Anaïs Demoustier est un peu plus en retrait et que Gilles Lellouche incarne (encore) un personnage fade, qui ne provoque le rire que par des remarques enfantines. Si bien qu’à la fin du film, lorsque l’un des autres personnages lui demande de juste « fermer sa gueule et d’arrêter de faire le chef », le soulagement prend le dessus sur le rire.

Encore une fois, Quentin Dupieux nous livre un film énergique et peut-être le plus efficace parmi ses dernières productions. Il ne galvaude pas la comédie en y affichant certaines problématiques actuelles (la pollution, l’éducation, les rapports hiérarchiques et entre les sexes…), parfois traitées avec finesse (pas toutes malheureusement) pour en faire une comédie absurde mais pas insignifiante sans faire de son irrévérence un manque de pertinence.

Fumer fait tousser écrit et réalisé par Quentin Dupieux. Avec Vincent Lacoste, Oulaya Amamra, Jean-Pascal Zadi… 1h25

Présenté en Hors-compétition au Festival de Cannes 2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s