La Jauría : Sentence irrévocable

Tout juste couronné du Grand Prix à la Semaine de la critique – ainsi que du prix SACD pour son réalisateur Andrés Ramírez Pulido -, La Jauría signe l’émergence d’un cinéaste colombien qui sait s’emparer de sujets importants dans son pays (la violence des jeunes gangs colombiens) pour proposer une réflexion associée à une imagerie des plus saisissantes.

La nuit, les rue colombiennes sont remplies de petits voyous juchés sur leur moto. Elíu et son meilleur ami Mono se rendent dans un coin sombre en dehors de la ville pour y attendre un homme qu’ils tuent sans raison avant de balancer son corps au fond d’une grotte dans la jungle. Quelques temps plus tard, on retrouve Elíu dans un centre où il exerce des travaux manuels alternés avec des cours de méditation pour expier sa violence. Avec lui d’autres jeunes qui ont également commis des délits et qui se contentent d’obéir sans piper mot. Alors qu’il tente de se repentir de ses pêchés, Mono débarque à son tour dans ce centre avec l’envie de se barrer de là au plus vite, entraînant de nouveau son meilleur ami dans ses combines.

Quelque chose de très onirique se dégage dès les premières minutes du long-métrage. Exit la violence qu’on a l’habitude de voir dans ces quartiers où les jeunes les plus défavorisé·es sont rapidement entraîné·es dans la spirale de la violence, l’alcool et la drogue. Caché au milieu de la forêt foisonnante (et parfois inquiétante) de la Colombie, ce centre, au cœur du sujet, ne semble avoir rien de très légal : des mineurs obligés de travailler non stop quitte à ne pas être nourris et dormant sur des lits de fortune. Pourtant, l’un des dirigeants de ce centre croit encore en la rédemption, lui-même persuadé de s’être débarrassé de toute sa violence. Mais quand on grandit dans un tel climat, est-il vraiment possible de se repentir ? C’est la question que se pose Andrés Ramírez Pulido à travers le personnage d’Elíu. On ne sait que peu de choses sur son passé et sa mine totalement hermétique n’aide pas forcément à l’appréhender. Tout ce qu’on sait finalement c’est qu’il a voulu tuer son père mais qu’il s’est trompé de cible, d’où sa présence ici. Derrière ces silences, c’est surtout un jeune qui tente tant bien que mal de rentrer dans le moule pour éviter tout problème avant que son ami ne vienne tout faire basculer, poussant également les autres à se rebeller quitte à en assumer les terribles conséquences.

Le film est traversé de moments de grâce qui restent ancrés dans la rétine : décors à la fois austères et mystérieux, ce centre au calme abyssal qui contrebalance avec l’euphorie de la ville et d’autres moments qui marquent au fer rouge l’identité de tous ces jeunes. En témoigne une scène glaciale où l’un des pensionnaires remplit le document destiné à un nouvel arrivant qui se résume à une série de croix sur un bout de papier le qualifiant ou non de voleur, drogué, escroc, tueur et toute une ribambelle d’adjectifs plus dépressifs les uns que les autres. Peu de chance de se repentir quand on vous colle une étiquette à l’entrée. Pour appuyer son propos qui se veut à contre courant de cette vague de violence, le réalisateur opte pour une mise en scène très sobre, de longs plans fixes qui laissent présager le pire sans qu’on nous le montre vraiment. La caméra se permet d’être plus aérienne lorsque ses personnages entrevoient une porte de sortie avant de se renfermer en même temps que la lumière d’espoir disparaît.

Sous ses airs fatalistes, La Jauría est avant tout une dissection sans fards de la jeunesse colombienne noyée dans cet excès de violence et qui, à ce jour, ne trouve toujours pas d’échappatoire pour espérer une vie meilleure. Un film social fort, qui ne tombe pas dans le démonstratif en plus d’être servi par un casting (non professionnel en majorité) éblouissant.

La Jauría écrit et réalisé par Andrés Ramírez Pulido. Avec Jhojan Stiven Jiménez Arboleda, Maicol Andrés Jimenez Zarabanda, Marleyda Soto Ríos… 1h26
Sortie le 5 avril 2023

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