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Retour à Séoul : Des racines et des ailes

Davy Chou est un réalisateur franco-cambodgien qui a toujours eu à coeur d’évoquer ses origines dans ses différentes oeuvres. Dans Le sommeil d’or, il s’aventure dans l’histoire du cinéma avant et après l’arrivée des Khmers Rouges et redonne la parole à celleux qui ont fait le cinéma de cette époque et qui ont vu tout un pan de leur culture disparaître. Avec Diamond Island, il évoque l’adolescence au moment où Phnom Penh connaissait un boum économique transformant drastiquement la ville. Cette fois on part du côté de la Corée du Sud avec Retour à Séoul où quand la recherche des parents biologiques devient une entreprise plus fastidieuse et éprouvante que prévue.

Freddie a 25 ans et se retrouve coincée en Corée du Sud pour deux semaines suite un problème d’avion qui devait initialement l’emmener au Japon. La voilà de retour dans son pays de naissance, qu’elle a quitté pour la France lorsqu’elle était jeune après avoir été adoptée. Sur un coup de tête, elle décide de retrouver ses parents biologiques. Commence une longue enquête qui débute au Hammund – une des associations coréennes qui s’occupe des adoptions – et qui l’amène à entrer en contact avec sa mère et son père qui y avaient laissé leurs coordonnées. Après avoir suivi le protocole, qui consiste en un envoi d’un télégramme de la part de l’association, Freddie se heurte d’abord au refus de sa mère de la rencontrer puis à son père, qui lui accepte de déjeuner. Un saut dans le vide qui s’avoue être une désillusion totale pour Freddie qui en plus de ne pas trouver d’atomes crochus avec son père découvre également que c’est un homme qui a l’habitude de forcer sur la bouteille. Les années passent, les choses changent et elle commence à se connecter avec ses origines.

La thématique de l’adoption est un sujet dont s’est déjà emparé le cinéma asiatique – on pense à Hirokazu Kore-Eda (Tel père, tel fils, Broker), ou encore Naomi Kawase avec True Mothers. Mais là où la plupart ont une unité de temps assez réduite, Davy Chou prend le contrepied avec un film qui s’étend sur près de huit ans, donnant ainsi une toute autre résonance quant au long périple qu’est la recherche de ses origines, un chemin semé d’embûches. L’image qu’elle s’était faite de son père, bien trop idéalisée, se fissure pour laisser apparaître un homme alcoolique et incapable de communiquer. À la fin du premier acte, Freddie est une jeune femme en colère.

Quelques années plus tard, Freddie est une autre femme, rebelle et libre. Vêtue de sa veste en cuir, elle arpente les hôtels pour rencontrer ses différents plans culs. Elle ne veut pas d’attaches et vit au jour le jour. Le récit prend une tournure plus électrisante. La caméra court après Freddie et la sublime dans cette scène de danse où elle se laisse totalement aller. Un segment moins marquant mais nécessaire pour développer sa personnalité avant de nous surprendre dans le troisième acte, où son apaisement lui permet une reconnexion plus bienvenue. L’évolution de Freddie se voit physiquement mais aussi dans des petits détails qui passent par la langue coréenne qu’elle a appris ou encore les coutumes dont elle est enfin familière.

Plus poétique, la conclusion de Retour à Séoul ne signe en aucun cas une fin d’histoire, plutôt un nouveau chapitre, pour celle qui a complété le puzzle de sa vie en arpentant le monde fière de des multiples identités. Malgré le sujet qui peut être lourd à traiter, Davy Chou ne choisit jamais la simplicité, ne tombant ainsi jamais dans le mélodramatique. D’ailleurs son personnage principal n’a rien d’un personnage qu’on a envie d’aimer aux premiers abords. C’est ainsi qu’on peut voir se dessiner un portrait complexe mais passionnant d’une femme terriblement moderne qui refuse de se plier aux normes de la société. Le film permet aussi d’assister aux premiers pas devant la caméra pour Park Ji-Min, cette jeune artiste franco-coréenne qui envoûte la caméra par sa fougue et sa force. Une jeune femme aux multiples facettes qui offre à Freddie une consistance qui fait mouche pendant les deux heures de film.

En s’inspirant du parcours d’une de ses amies, Davy Chou délivre un récit pluriel qu’on a peu l’habitude de voir au cinéma, témoignant des difficultés que peuvent rencontrer les enfants adopté·es à se construire lorsqu’il leur manque des éléments sur leurs origines mais aussi quand iels se retrouvent pris entre deux cultures. Un poids qui n’est pas toujours facile à supporter et un processus qui ne se déroule pas toujours de la meilleure des manières mais c’est peut-être aussi ça la vie et Davy Chou nous la raconte comme personne.

Retour à Séoul écrit et réalisé par Davy Chou. Avec Park Ji-min, Oh Kwang-rok, Guka Han… 1h59
Sortie en décembre 2022

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