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Il était un père : Il était une oeuvre

Visionner Il était un père juste après Le fils unique est une expérience fascinante. Les films semblent être les deux faces d’une même pièce, d’un diptyque sur le sacrifice parental. Le portrait de la mère dessiné dans le second laisse place à celui d’un homme, figure paternelle essentielle chez Ozu et qui est ici plus-que-jamais au coeur de son récit.

Chishū Ryū, acteur fétiche de Yasujiro, incarne ici Horikawa, un professeur se sentant obligé de démissionner et retourner dans son village natal à la suite d’un incident survenu lors d’une sortie scolaire dont il était responsable. Ryohei, son fils, est placé dans un établissement scolaire et séparé de son père qu’il ne voit que très rarement. Inutile de préciser que le récit s’articule surtout autour de leurs retrouvailles des années après, tout comme c’est déjà le cas dans Le fils unique.

C’est, surprenamment, dans sa très grande ressemblance avec ce précédent film qu’Il était un père puise toute sa force. Pourquoi Ozu reproduirait le même film si ce n’est pour appuyer l’idée d’un sacrifice obligatoire inhérent à ce pays, à sa culture, ou à la figure parentale ? Parce que les deux films se répondent. Mieux, ils se confrontent. Là où le fils unique du film de 1936 a échoué, le père de celui de 1942 réussit. Le travail, celui de la soie dans les deux films, amène à deux résultantes différentes.

Pourquoi ces deux résultats opposés ? Moins d’amour ? Moins d’efforts dans le travail ? Non. Le hasard, ou le destin peut-être. La vie, quoi. Celle qu’Ozu filme depuis déjà 15 ans avec autant de mélancolie et de tendresse que d’habitude. L’idée de transmission de l’expérience de cette vie est d’ailleurs et comme toujours au centre du film. Le fils hérite de la digne profession d’enseignant abandonné par son père et de la responsabilité qui en découle.

Arrivant bientôt à la moitié de cette rétrospective sur les quelques films important à découvrir de la filmographie du cinéaste japonais, il est véritablement fascinant mais aussi extrêmement compliqué d’écrire dessus. Les films du monsieur, aussi uniques soient-ils, ont tendance à se confondre. Une scène en fait penser à une autre, tout se répond constamment, et les frontières entre les histoires sont de plus en plus imperceptibles. N’y voyez là aucune critique négative, bien au contraire : assez peu de filmographies peuvent se vanter de cela. Rares sont les oeuvres à avoir aussi bien porté ce qualitatif. Et quelle oeuvre !


Il était un père, de Yasujiro Ozu. Écrit par Tadao Ikeda, Takao Yanai et Yasujiro Ozu. Avec Chishū Ryū, Shin Saburi, Shūji Sano… 1h26. Film de 1942, sorti en France en DVD le 7 juin 2006.

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