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Razorback : il court, il court, le sanglier !

Dans les années 70, un courant cinématographique émerge d’Australie. Nommé « Ozploitation », il regroupe toute une vague de films d’exploitation australiens, œuvrant comme une renaissance pour un cinéma local qui ne produit plus de films à la fin des années 60. Telle une nouvelle vague encouragée par le gouvernement du pays, une génération de cinéastes débordants de créativité fait renaître le cinéma australien. Des réalisateurs qui œuvrent principalement dans le genre et se caractérisent par une approche radicale de leur sujet. Le film le plus connu de cette période est bien entendu Mad Max, mais il serait injuste de réduire cette période au seul chef d’œuvre de George Miller. Citons par exemple Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff (futur réalisateur de Rambo), Long Weekend de Colin Eggleston, Next of Kin de Tony Williams, Déviation mortelle de Richard Franklin, ou Fair Game de Mario Andreacchio.

Au cours de cette période, un petit film d’horreur se fait un nom à l’international, en étant notamment nommé au Grand prix du Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1985. Il s’agit de Razorback, premier film de Russell Mulcahy, à l’époque réalisateur de clips pour Elton John ou The Bugles dont les célèbres I’m still standing et Video Killed the Radio Star. Avant la consécration en 1986 avec Highlander, Mulcahy réalise ici un film de monstre dans la lignée des Dents de la mer. On y suit l’histoire de deux personnages dont les destins se croisent. D’abord Jack Cullen, dont le petit-fils est embarqué par un sanglier géant qui attaque un soir sa maison. Accusé du meurtre de l’enfant, il est acquitté faute de preuves, et passe sa vie à traquer les sangliers de la région afin de retrouver le monstre. Ensuite celle de Carl Winters, un new yorkais qui se rend dans l’outback australien afin de retrouver sa femme, une militante pour la cause animale disparue lors d’un reportage sur les dérives de la chasse aux kangourous.

En situant son intrigue dans l’arrière-pays australien, Mulcahy fait de son environnement un personnage à part dans son histoire. Utilisant les deux personnages new yorkais (le couple Winters) comme des témoins qui plongent progressivement le spectateur dans cet environnement d’emblée présenté comme hostile. Le cadre y est aride, la nature menaçante, la saleté présente à chaque recoin, et la population ouvertement hostile, faisant planer un sentiment de malaise au sein du métrage. Le film se permet même de mettre au second plan l’intrigue centrée sur le sanglier pour se focaliser sur l’enquête de Carl Winters. Il dépasse son statut de film d’épouvante pour devenir une plongée dans cet environnement hostile qui n’a finalement pas besoin d’un sanglier géant pour se révéler dangereux, tant la folie de certains de ses habitants est meurtrière.

Finalement, le sanglier n’est qu’un prétexte pour le réalisateur (du moins jusqu’à son dernier tiers) qui s’intéresse beaucoup plus à son environnement et à l’atmosphère globale de son film. Il n’hésite pas ainsi à faire une pause sur l’intrigue en plein milieu, mettant en scène de pures séquences sensorielles, oniriques, qui virent même vers le surréalisme. Un parti-pris fort et marquant qui indique que la menace n’est qu’un élément parmi d’autres dans cet environnement à part, et qui bénéficie du savoir-faire d’un réalisateur dont le style n’a jamais été aussi bien servi que sur ce film.

Russell Mulcahy bâtit en effet toute sa carrière sur un style percutant où chaque plan doit être marquant pour le spectateur. La note d’intention est posée dès la séquence d’introduction avec un enchaînement de plans qui impriment la rétine. Le réalisateur élargit le cadre, met en évidence l’immensité des décors naturels, réalise des travelings au ras du sol, et filme un superbe coucher du soleil, bien aidé par le travail du chef opérateur Dean Semler (Mad Max 2). Bien qu’il s’agisse de la première attaque du sanglier, on se souvient bien plus de la puissance des plans que de la séquence en elle-même. Chaque scène du film est construite de la même façon, le réalisateur mise en effet tout sur l’impact du plan, quitte à sacrifier la cohérence du découpage, notamment lors d’une séquence où un personnage est poursuivi par le sanglier, se trouve presque attrapé par ce dernier dans un plan, avant de le distancer de plusieurs mètres le plan suivant.

Le travail sur les éclairages, notamment nocturnes, s’il est spectaculaire, est aussi parfois réalisé au mépris du bon sens. Ainsi, dans une séquence où le personnage de Beth Winters roule seule dans le désert de nuit, la route est éclairée comme si un troupeau de camions avec les feux de route allumés la suit. Des détails qui, s’ils font sourire, ne nuisent aucunement à l’expérience du film. Il s’agit du seul de la carrière du réalisateur où son style se marie parfaitement à son sujet et son environnement. S’il est finalement situé au second plan de l’intrigue, le sanglier en question n’en reste pas moins très réussi, Mulcahy parvenant à le rendre menaçant et monstrueux à l’exception d’une séquence où, filmé en entier, il devient moins impressionnant.

Razorback est un premier essai réussi pour Russell Mulcahy. Une réussite hélas sans suite pour le réalisateur qui répond aux sirènes d’Hollywood les années suivantes. Même si Highlander a un statut culte et que l’on peut apprécier le déviant Ricochet (production Joel Silver), aucun de ces films n’atteint la puissance de son premier long métrage. Le bide de The Shadow en 1994 finit par plonger le réalisateur qui depuis n’est jamais sorti des productions direct-to-video. Malgré le poids des années, Razorback reste un premier film réussi, qui se revoit avec plaisir.

Razorback, de Russell Mulcahy. Écrit par Everett De Roche. Avec Gregory Harrison, Arkie Whiteley, Bill Kerr … 1h35.
Sorti au cinéma le 30 Janvier 1985.

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