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Real Women Have Curves : dernier été d’enfance

Sorti en 2004, Real Women Have Curves s’insère dans la flopée de films coming-of-age qui ont inondé les salles obscures au début des années 2000, et qui pourtant s’en distingue très largement par son approche de l’entrée à l’université. Il est facile de se perdre, d’hésiter et de prendre le mauvais chemin dans ce grand moment de confusion que choisit Patricia Cardoso comme terrain de jeu de son troisième film. Centré autour d’une jeune fille d’origine mexicaine vivant dans les quartiers pauvres de Los Angeles, le film nous promène pendant une heure et demie dans le quotidien de son personnage principal, entre acceptation de soi et rêveries diverses.

Protagoniste du film, Ana représente parfaitement le dilemme auquel se voient confrontés les enfants de parents immigrés : la difficulté de tenir ses traditions dans une société aux mœurs opposées. Ainsi, sans jamais dénigrer ou trahir la culture mexicaine, la réalisatrice laisse son personnage principal embrasser pleinement sa jeunesse américaine avec une douceur et une innocence qui ne sont pas sans rappeler les déboires de la Lady Bird de Greta Gerwig. Comme cette dernière, Ana voit ses aspirations limitées et rêve sans jamais penser pouvoir atteindre les hauteurs de son ambition. Maladroite, elle se perd entre deux cultures dans lesquelles elle ne trouve que du rejet et ne parvient jamais tout à fait à s’identifier et de ce fait, se crée son propre chemin, avec les erreurs qui l’accompagnent. Sa mère, au premier abord aussi détestable que le personnage de Laurie Metcalf dans Lady Bird, se révèle d’autant plus humaine et attendrissante lorsque l’on se rend compte que toutes ces piques, regards et remarques résultent de sa peur de se voir perdre un certain contrôle sur son héritage, sa fille. Après tout, n’est-il pas dévastateur pour chaque mère de sentir sa fille lui glisser entre les doigts ?

Le film aborde également de manière très frontale la dure réalité sociales des immigré·es mexicain·es aux États-Unis, de leur pauvreté et du mépris de classe qui en résulte, à l’image de ces femmes travaillant dans la manufacture de la sœur d’Ana, forcées de travailler dans des conditions questionnables et de mettre tout le cœur dans la confection de robes qu’elles ne pourront jamais se permettre d’acheter mais pour lesquelles elles sont payées une misère. Les désirs d’Ana se complexifient : on commence à comprendre l’esprit de cette jeune fille, terrifiée à l’idée de trimer toute sa vie pour une misère mais également par ce futur à l’université dont elle rêve mais qui la séparerait de tout ce qu’elle a jamais connu (dont sa famille et ses proches). La grande qualité du film se situe dans le traitement de ses thèmes, vastes mais jamais hors de sujet ou forcés dans le scénario. Tout, de l’image de soi et de son corps aux premiers émois amoureux que vit Ana, s’accorde parfaitement dans le portrait que dresse le film de sa protagoniste.

Les thèmes dont traite l’œuvre sont vastes mais jamais hors de sujet ou forcés. Tout, de l’image de soi aux premiers émois amoureux, s’accorde parfaitement dans le portrait que dresse le film de sa protagoniste. Real Women have curves représente la complexité de la vie d’une jeune fille de couleur dans un pays qui l’a vue naître et la rejette à cause de ses origines, mais également la difficulté de compréhension entre deux générations aux ambitions et aux réalités complètement différentes. Sur ce point, le film se permet d’être réaliste et inévitablement fataliste : généralement cette fissure générationnelle est impossible à combler et malgré tous ses efforts, Ana en subit les conséquences. Couplé aux premiers pas de l’actrice America Ferrera, fantastique dans le rôle d’Ana et à une direction artistique simple mais vivante, Patricia Cardoso pousse le réalisme à son comble et l’on en vient à se demander quelles parties sont fictionnelles et lesquelles résultent d’une autobiographie de la part de la réalisatrice.

Drôle et touchant, Real Women Have Curves est un des rares films à brosser un portrait aussi fidèle de la vie d’un enfant issu de l’immigration. Aussi confuse et perdue que cette Amérique en plein changement, le personnage principal est en pleine quête d’identité et d’une voix, bloquée entre deux cultures dans lesquelles elle peine à trouver sa place. Le film nous offre ainsi une représentation juste et touchante des personnes de couleur que l’on voudrait voir de plus en plus sur nos écrans.

Real Women Have Curves de Patricia Cardoso. Écrit par Joesphina Lopez. Avec America Ferrera, Ingrid Oliu et Lupe Ontiveros. 1h30

Sorti le 21 janvier 2004.

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