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Dachra : promenons nous dans les bois

Signant les débuts du réalisateur Abdelhamid Bouchnak à la caméra, Dachra est également le premier film d’horreur de l’histoire du cinéma tunisien. Sélectionné entre autres à Gérardmer et au festival de Venise en 2018, le film a su trouver son public et son style en se servant du folklore tunisien pour étoffer son propos à la manière d’un Ari Aster dans Midsommar, pour une plongée horrifique et psychologique totalement et résolument réussie.

Dachra suit l’histoire de Walid, Bilel et Yasmine, trois étudiant·es en journalisme enquêtant sur l’histoire d’une femme dénommée Mongia, internée en hôpital psychiatrique depuis la découverte de son corps mutilé et abandonné sur une route vingt ans plus tôt et dont le comportement étrange pousse les gens à la prendre pour une sorcière. L’enquête mène les trois comparses dans un village nommé Dachra (mot commun en dialecte tunisien désignant un village à la frontière entre mythe et réalité) où les habitant·es s’adonnent au cannibalisme.

Le point principal qui vient distinguer Dachra d’autres films du même genre se trouve dans sa façon d’assumer et d’assimiler les traditions tunisiennes dans son scénario, ce qui vient enrichir considérablement l’aspect horrifique de l’œuvre et sa manière de traiter le cannibalisme de ses personnages, notamment lorsque l’on parle du rapport au corps. Dans la tradition maghrébine et tunisienne, la chair a un aspect aussi sacré que l’âme, notion qui est très bien présentée dans le film, ce qui rend le cannibalisme de la tribu d’autant plus marquant. Le scénario, bien ficelé, va au-delà de l’horreur et questionne son audience sur les traumas générationnels et l’impact de notre éducation et de notre enfance sur notre vie d’adulte de façon assez fataliste. Yasmine, le personnage principal, est tourmentée par des cauchemars et visions horrifiques depuis qu’elle est petite et ces cauchemars, au-delà de servir l’aspect horrifiques de l’œuvre, la montrent incapable d’avancer et d’évoluer au-delà de son passé traumatique, le tout mis en scène et montré avec à la fois beaucoup d’empathie pour les personnages concernés mais également une certaine fatalité : personne n’échappe à son passé.

Bouchnak ne se repose pas uniquement sur son scénario pour montrer l’horreur et perfectionne sa mise en scène et sa réalisation avec brio, pour un tout absolument anxiogène et malaisant au possible. Le réalisateur choisit de prendre son audience à part et de la traiter presque comme un personnage du film, la faisant entrer à l’aveugle, au même titre que ses personnages, dans un univers qui leur est totalement étranger. La performance des acteur·ices achève de donner le ton au film, notamment Yasmine Dimassi, interprète du personnage du même nom, impériale et résolument humaine dans un rôle qui semble avoir été écrit pour révéler son talent.

Exploration mortelle, Dachra offre à son audience une formidable plongée dans l’horreur psychologique et les névroses qu’affrontent ses personnages au cours de leur périple. Le film explore également l’impact durable des traumas générationnels avec brio et beaucoup d’empathie tout en mettant en avant des éléments du folklore tunisien qui viennent flouter les frontières entre mythe et réalité. Une totale réussite pour Abdelhamid Bouchnak dont la carrière s’annonce déjà passionnante.

Dachra écrit et réalisé par Abdelhamid Bouchnak. Avec Yasmine Dimassi, Aziz Jebali, Bilel Slatnia. 1h48

Sorti le 15 janvier 2019

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