Critiques

Aftersun – Papa Don’t Preach

Il est toujours compliqué de filmer l’enfance. Truffaut et Spielberg apparaissent comme des maîtres qui par leurs films saisissent et expriment avec une grande délicatesse ce souvenir. Charlotte Wells n’a pas à rougir quand on découvre son Aftersun qui met en scène Sophie interprétée par la lumineuse Frankie Corio, 11 ans. C’est un formidable duo entretenu également par l’acteur qui joue le père, Paul Mescal qui se dévoile. Une histoire qui intéresse Deauville tout comme la semaine de la critique à Cannes, de toute évidence pour ses images qui témoignent avec sincérité une histoire belle pour son universalité.

Le postulat de départ semble assez simple, nous suivons un père et sa fille en vacances dans un club de la côte turque. Ce sont des retrouvailles, car Sophie vit avec sa mère. Calum, le père, veut tout faire pour sauvegarder ses souvenirs joyeux en offrant à sa fille un camescope permettant de suivre leurs aventures. La réalisatrice hybride son récit avec ces moments filmés, et donne une pluralité de regards, celle pleine d’emphase d’une enfant de 11 ans, et celui d’une adulte. Aftersun est intelligemment mis en scène dans sa volonté d’aborder la complicité de ses personnages et les différents regards que chacun porte sur l’autre.

Dans l’écriture de Sophie, on retrouve le « syndrome Juno« , ce quelque chose propre aux productions américaines indépendantes estampillées Sundance. C’est une fille qui malgré son âge et ses moments de puérilité, semble dotée d’une maturité confondante. Cela peut devenir un trope dérangeant, quand le manque d’originalité dans l’écriture de l’enfant peut nuire à une réelle empathie. Quand le trope de l’enfant trop mature ne répond pas au réel, où semble être préexistant, il nuit alors au récit. Ici, ce n’est pas si dérangeant et se justifie peut-être par le temps que prend le film à nouer la relation avec le père.

Avare d’indices quant à son but, Aftersun finit par perdre. On suit en se lassant progressivement ce petit moment de vacances. Dès lors que le récit devient plus lisible, on y voit un très beau film et on apprécie d’avoir supporté les 15-20 minutes pour découvrir quelque chose de profondément beau. Avec une subtilité saisissante, nous comprenons que la beauté de leur complicité cache une souffrance mise sous cloche du père. On l’imagine dépressif ou encore trop atteint par son divorce et l’absence de sa fille, mais on comprend qu’il essaie du mieux qu’il peut de montrer à Sophie qu’il est là et heureux pour elle. On ne connait pas les tenants et aboutissants de cette souffrance bien qu’elle semble de plus en plus évidente tout au long du long-métrage.

Aftersun est impressionnant car il essaie de traiter le regard d’enfant, son souvenir et le regard adulte en intégrant une Sophie adulte qui découvre ses souvenirs et voit son père d’une autre manière. Rien n’est plus beau et déchirant que la rencontre entre ces deux mondes et Charlotte Wells y arrive avec une telle force qu’on peut lui pardonner ces longueurs et maladresses.

Aftersun, écrit et réalisé par Charlotte Wells. Avec Paul Mescal, Francesca Corio, Celia Rowlson-Hall… 1h41

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