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The Silent Twins : Il était deux fois

La figure des jumeaux·elles a toujours fasciné le cinéma qui en a fait bien souvent un objet horrifique – on pense à Shining ou encore Faux semblants. Ici, Agnieszka Smoczyńska s’empare de l’histoire vraie des sœurs Gibbons pour proposer un fascinant portrait fantastique d’amour sororal teinté de mystique.

Au début des années 70, au pays de Galles, June et Jennifer Gibbons sont deux sœurs fusionnelles à l’imagination débordante mais qui vivent recluses sur elles-mêmes. Elles ne communiquent qu’entre elles et leur famille est totalement désœuvrée face à la situation qui ne fait qu’empirer. Après un énième méfait, les deux sœurs se retrouvent internées à l’hôpital Broadmoor en Angleterre où elles passent une bonne partie de leur vie. Durant ces années, les sœurs Gibbons développent une imagination débordante bien qu’elle puisse être destructrice pour l’une comme pour l’autre.

De par sa scène d’introduction, The Silent Twins donne de suite le ton. June et Jennifer s’amusent dans leur chambre à animer leur propre émission de radio. Des tons chauds et des rires qui s’entremêlent laissant présager une jeunesse tout à fait normale jusqu’à ce retour brutal à la réalité où les deux enfants sont enfermées dans leur chambre aux teintes ternes, renfermées sur elles-mêmes et aux visages sans expression. Toute la première partie s’aventure vers le genre horrifique de par ces deux personnes qui ne semblent en faire qu’une poussant le vice jusqu’à un mimétisme glaçant. Le récit s’offre quelques pauses bienvenues lorsqu’il s’aventure dans leur imaginaire coloré où elles sont maîtresses de leur destin, se rêvent grandes écrivaines reconnues et amoureuses à l’image des plus grands contes de fées. Le film puise sa force dans sa manière de raconter son histoire. Outre une mise en scène millimétrée pour coller au sujet, les interludes animées (qui s’inspirent de vrais travaux des deux sœurs) sont aussi splendides que macabres. La stop motion est intelligemment utilisée pour faire un parallèle intéressant avec l’état des esprits des Gibbons.

Outre leur histoire fascinante et déroutante, The Silent Twins est avant tout un grand film sur l’amour entre deux sœurs. Il y a toujours eu quelque chose de mystérieux dans la relation que peuvent entretenir des jumeaux·elles. Malgré l’amour qu’elles se portent, il est indéniable qu’elles se consument. De violentes bagarres finissent par éclater entre elles tandis que lorsqu’elles sont éloignées c’est comme si elles se laissaient périr. Cet amour indescriptible qui peut se transformer en haine à tout moment est ce qui rythme leur vie jusqu’à leur sortie de l’hôpital quatorze ans plus tard. Une issue dévastatrice et pourtant salvatrice lorsque l’une disparaît pour que l’autre puisse vivre, dans un final d’une poésie renversante.

The Silent Twins réussit à trouver un équilibre constant entre horreur, drame et quelque chose de mystique, quasiment indescriptible mais qui réussit à nous surprendre à bien des égards notamment grâce à Letitia Wright et Tamara Lawrance qui nous proposent ici des performances absolument bluffantes. Un film qui n’est pas forcément facile à appréhender mais qui se révèle extrêmement tendre et paradoxalement dur.

The Silent Twins, de Agnieszka Smoczyńska. Écrit par Andrea Seigel, Marjorie Wallace. Avec Letitia Wright, Tamara Lawrance, Jodhi May… 1h53

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