Mako : Baby shark, doo doo doo doo doo doo

Présenté pour la première fois sur le continent européen lors du Paris Shark Fest 2022, Mako, de Mohamed Hesham El-Rashidy, est le tout premier film de sharksploitation égyptien. La sharksploitation, sous-catégorie du cinéma d’horreur mettant en scène des requins avides de sang est un genre dont les codes cinématographiques ont largement été définis par Steven Spielberg et ses Dents de la mer en 1975. Le genre a depuis énormément évolué, notamment par le biais de la transition vers l’image de synthèse tout particulièrement induite par peur bleue en 1999. Entre 1975 et aujourd’hui, de très nombreux pays ont souhaité avoir leur propre film de requins : Çöl en 1983 pour la Turquie, Aatank en 1996 pour l’Inde, The Reef en 2011 pour l’Australie, Shark Killer en 2015 pour le Canada… L’Egypte souhaitant ainsi ajouter sa pierre à l’édifice, Mako est mis en pré-production en 2019 et Mohamed Hesham El-Rashidy, aucun long-métrage à son actif, se voit doté d’un budget de 50 millions de livres égyptiennes (2,6 millions d’euros) afin de mener à terme ce projet. 

Le projet Mako s’avère ambitieux et cela se remarque dès son postulat de départ intelligemment pensé et ficelé qui se démarque de la majorité des films issus de la  Sharksploitation. Mako possède de solides bases scénaristiques en narrant l’histoire de la réalisatrice de documentaires Rana Bahgat qui, suite à l’obtention par son mari, également cinéaste, d’un prix qu’elle espérait depuis longtemps, cherche à réaliser son chef-d’œuvre. L’une de ses employées lui suggère de faire un film sur Elsalam, un navire de croisière qui a coulé il y a quelques années avec de nombreuses personnes à son bord et dont elle connaît la localisation de l’épave. Exit les plages, le Spring-break, les expériences scientifiques ou la pêche, Mako a premièrement l’honneur de ne pas prendre son public pour un con en lui recyclant une énième variante des cases à cocher du film de requins. De plus, et malgré son petit budget, le film se veut à l’écart de tout aspect nanardesque et réfléchit constamment à comment être efficace : tension, drame, peur et requin. Ce dernier, un mako de très grande taille, a beau donner son titre au film, il n’en est jamais l’élément central. En cela, Mohamed Hesham El-Rashidy a beaucoup appris des Dents de la mer où Bruce, le requin ayant traumatisé des générations entières, apparaissait moins de 8 minutes à l’écran. Mako ne surévalue donc pas ses capacités et est constamment en mesure de juger la barrière du “cheap” afin de ne jamais la franchir. 

Cadrage soigné, éclairage intelligemment pensé, enjeux scénaristiques, tournage en immersion dans l’océan et non pas sur fond vert dégueulasse… Mohamed Hesham El-Rashidy réalise son premier film avec son cœur et ses tripes en donnant énormément de lui afin de satisfaire les spectateurs. Cependant, à force de vouloir donner un maximum d’éléments à son public, le réalisateur égyptien se perd et nous perd sur quelques points. Premièrement, les personnages du film. Outre le couple de réalisateurs particulièrement bien défini en introduction du long-métrage, le reste des personnages que constitue l’équipe de production des deux cinéastes manque profondément de caractérisation. Cela pose tout particulièrement problème dans la seconde partie, lorsque les personnages sont sous l’eau dans leur tenue de plongée. Difficile de mettre un nom sur chaque protagoniste lorsque l’on ne voit plus que ses yeux. Malheureusement, à ce moment précis, les personnages que le long-métrage voulait reconnaissables et caractérisés ne sont plus que de la chair à requin, schéma classique du film de sharksploitation. 


Quelques incohérences majeures font également irruption dans le dernier quart du film mais, force est de constater que, malgré l’énormité et le non-sens de certaines situations, le sentiment qui nous parcourt est plutôt celui du plaisir. Le plaisir, visible, pris par le réalisateur pendant la production de Mako, celui de nous, spectateurs plus ou moins avertis face aux films de requins, ne pouvant nier que ce que l’on a sous les yeux est supérieur à 90% de la production du genre. Il n’est pas possible de passer l’éponge sur tous les défauts, mais Mako respecte assez son spectateur pour que nous nous laissions emporter par la vague et croquer à pleines dents ce qui sera pendant très longtemps l’un des meilleurs films de requins du continent africain.

Mako, écrit par Ahmed Halim, réalisé par Mohamed Hesham El-Rashidy. Avec Murat Yildirim, Nicolas Mouawad, Basma…

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