Avec amour et acharnement : Denis molle

À vouloir être trop productive, on finit par s’emmêler les pinceaux et proposer des œuvres en demie teinte (voir monochrome pour certaines). Alors que son prochain film Stars at noon a été présenté au dernier Festival de Cannes et couronné par le Grand Prix (ex-æquo avec Close), Avec amour et acharnement permet à Claire Denis de repartir avec l’Ours d’argent de la meilleure réalisatrice. Un comble.

Paris en hiver. Sarah et Jean s’aiment follement et vivent heureux·ses perché·es dans leur appartement qui surplombe la ville. Malgré les années, le désir qu’ils ont l’un·e pour l’autre ne s’est jamais estompé. Cétait avant que ne revienne dans leur vie François. Ancien amant de Sarah, grâce à qui elle a rencontré Jean. La relation fusionnelle qui unissait Sarah et Jean s’étiole jusqu’au point de non retour.

La réalisatrice française s’est toujours attelée à dépeindre l’amour, le désir et les corps, Avec amour et acharnement ne déroge pas à la règle. La première partie du film, qui se passe de dialogues, a quelque chose de très lancinant et touchant. Le couple profite de vacances à la mer, s’aimant comme au premier jour et sans artifices. Il est toujours plaisant de voir le cinéma s’attarder sur des corps qu’on regarde de moins en moins de par leur âge. Déjà éclatante dans High Life, Juliette Binoche brille par un jeu tout en retenue. La mise en scène de Claire Denis se veut belle et limpide. Là où les deux vivent le parfait amour dans une mer qui ne semble appartenir qu’à elleux, les orages grondent au fond, comme un avertissement. De la douceur des vacances, on passe abruptement au quotidien parisien et à ses lignes de métros beaucoup moins élégantes.

Tout ce qui constituait la première partie du film (l’aspect très vaporeux, tendre et léger) disparaît dans la seconde – à juste titre -, laissant place à quelque chose de beaucoup plus convenu et déjà vu. Une fois que François ré-apparaît dans leur vie, la machine infernale est lancée. Les sentiments et ressentiments ressurgissent pour nous laisser sur le carreau. La mise en scène qui jusque là était délicate nous prend désormais aux forceps entre les gros plans et les filtres à tout va, la musique incessante et un jeu qui nous convainc bien moins qu’au début. Même le déroulement de l’histoire devient beaucoup plus hasardeux quand il s’agit d’évoquer le passé de chacun . Un joyeux bordel que la réalisatrice ne maîtrise pas et qui est encore plus flagrant lors des dialogues écrits à la truelle. Fait d’autant plus surprenant quand on connaît Claire Denis et ce qu’elle a pu nous proposer auparavant. La seconde partie du film vire au grotesque, sublimé par une ultime dispute digne des meilleurs téléfilms de fin d’après-midi.

Malgré un quator qui avait de quoi faire des étincelles (Claire Denis et Christine Angot à l’écriture, Juliette Binoche et Vincent Lindon devant la caméra), Avec amour et acharnement n’arrive jamais à viser juste dans ce qu’il veut nous faire ressentir. Plus pathétique que touchant, le long-métrage n’épargne pas le/la spectateur·ice qui sera bien plus victime d’acharnement que d’amour.

Avec amour et acharnement de Claire Denis. Écrit par Christine Angot et Claire Denis. Avec Juliette Binoche, Vincent Lindon, Grégoire Colin… 1h56
Sortie le 31 août 2022

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