Halloween Ends : Leave Michael Alone !

Dernier tour de piste pour l’un des tueurs en série les plus emblématiques du cinéma. Après un premier opus calqué sur l’original et un second diamétralement opposé, ce troisième volet avait pour pari de concilier les deux tout en proposant une conclusion digne de ce nom. Mais que peut-on encore dire sur une saga qui a été essorée maintes fois ? À David Gordon Green de nous donner la réponse. Visiblement, le réalisateur a plus d’une surprise cachée sous sa casquette.

Quatre ans se sont passés depuis les terribles évènements de la nuit d’Halloween de 2018. Haddonfield était encore une fois le théâtre de la folie meurtrière de Michael Myers. Le mal s’est immiscé dans la ville, transformant ses habitant·es en bêtes sanglantes prêtes à tuer la première personne qui pourrait être Michael. Lorsqu’iels perdent leur humanité, c’est Laurie qui perd sa fille. Mais la vie doit reprendre son cours, le mal n’a pas le droit de gagner, encore moins pour Laurie qui décide de s’acheter une maison au cœur d’Haddonfield pour élever sa petite-fille, Allyson, tandis qu’elle écrit ses mémoires. Cette dernière travaille désormais dans l’hôpital de la ville, se fait malmener par son patron, mais semble trouver un semblant de paix dans cette nouvelle vie. La seule chose qui lui manque ? « Un homme qui saurait l’épauler et avancer à ses côtés. »

Alors que les deux précédents volets nous plongeaient directement au cœur de l’histoire et de la terreur que provoque Michael Myers, David Gordon Green prend le contre-courant. Là où la saga a réussi à instaurer une zone de confort où le/la spectateur·rice arrive à se retrouver, Halloween Ends nous prévient dès la scène d’introduction que cette histoire sera bien différente. Après tout, c’est peut-être ce qu’il fallait à cette saga pour la conclure en beauté. Le défaut de ce parti pris est qu’il va d’abord diviser parce que dans l’esprit collectif, Halloween c’est Michael Myers. Or, ici, Halloween c’est avant tout un constat. Celui d’une saga qui a pris de l’âge tout comme son actrice principale qui ici endosse le rôle d’une grand-mère, à des années lumières de la Sarah Connor de 2018. De quoi nous décontenancer dans une première partie où le réalisateur se contente de suivre ses personnages dans leur quotidien, leurs petits tracas : mamie Laurie qui brûle sa tarte au potiron, mamie Laurie qui se fait une nouvelle coupe et flirte avec Frank, le policier retraité préféré des fans (ou pas)… S’il y a bien un problème, c’est cette exposition, qui aurait pu être raccourcie sur une demie-heure. Pas mal de tergiversations qui nous font comprendre que Laurie a bien changé, un choix logique, au risque de détourner la saga de son intention première. Sauf que David Gordon Green a plus d’un tour dans son sac. Exit l’ancienne génération présente depuis 1978, bonjour à la nouvelle. Quand on déplorait la pauvreté d’écriture du personnage de Judy Greer, nous voilà ravi·es de découvrir tout un arc narratif des plus intéressants pour Allyson.

Tandis qu’on suit avec plus ou moins d’intérêt la vie trépidante de mamie Laurie, Allyson quant à elle s’éprend d’un jeune homme, Corey, dont on a fait la connaissance dès la scène d’introduction, qui permet d’instaurer les enjeux envers ce personnage devenu paria d’Haddonfield. Tentant de survivre avec des étiquettes placardées sur le front, le couple est mis à rude épreuve quand le passé de Corey vient frapper à la porte. On aura beau vouloir rattraper ses erreurs et faire amende honorable auprès des autres, les préjugés et le passé ont la dent dure. Alors que Corey tente de se maintenir sur un fil fragile, il ne faut pas oublier que le Mal rôde toujours. Si Gordon Green s’est bien maintenu de nous parler de Michael Myers pour se concentrer avant tout sur Laurie et sa famille, c’est pour mieux nous surprendre dans sa seconde partie. Michael Myers a échappé une nouvelle fois aux forces de l’ordre mais, tout comme Laurie, il se fait vieux. Il se terre, attendant le moment opportun pour revenir… sauf si quelqu’un d’autre prend la relève. Dès lors, en plus d’être une conclusion de la saga, Halloween Ends apparaît presque comme un constat de ce qu’est le cinéma d’horreur aujourd’hui envers ses grands figures. On aura beau rebooter et remaker des centaines de fois pour attirer un nouveau public ou réveiller la nostalgie des anciens, rien ne remplacera jamais la qualité de l’original. Ce dernier s’offrant une sortie par la grande porte en anéantissant les prémices d’un nouveau Michael Myers, comme un message pour les prochain·es qui voudraient se frotter de nouveau à la saga.

Une autre analyse possible – et probablement complémentaire – déjà évoquée dans Halloween Kills est la notion même de Mal. Si Michael Myers en est l’incarnation, David Gordon Green s’évertue à nous montrer qu’il peut être présent en chacun·e de nous et comment, un simple évènement ou un jugement, peut transformer quelqu’un du tout au tout. Même si Michael Myers disparaît, le Mal trouvera toujours un moyen de s’immiscer ailleurs. Gordon Green pointe du doigt les responsables, celleux qui ont eu un regard de travers, une parole ou un geste blessant, donnant indirectement naissance à bien d’autres Michael Myers, à Haddonfield ou ailleurs.

Même si le propos est fascinant à analyser, le film pêche sur sa forme (ce qui était déjà le cas lors des deux précédents volets) avec une mise en scène très peu inspirée. La première partie ressemble à un long fleuve un peu trop tranquille pour qu’il arrive à nous passionner tout comme la bande originale, moins impactante. Lourd de sens aussi quand le récit est parasité par une voix-off et des flashbacks qui n’apportent rien (sauf si vous avez vécu dans une cave toute votre vie, que vous ne connaissez pas le bonhomme et avez décidé d’aller voir Halloween Ends sans avoir vu les deux autres). Ce n’est que dans la seconde partie que le film se réveille un peu, s’apparentant beaucoup plus à son prédécesseur Halloween Kills dans le rythme effréné ou les mises à mort plutôt jouissives. Ce déséquilibre, quand même assez important, nous empêche finalement d’apprécier le film à sa juste valeur.

Halloween Ends risque de diviser encore plus que le précédent volet. David Gordon Green nous fait sortir plus d’une fois de notre zone de confort pour nous proposer un film dense. Les analyses sont multiples et il est certain que d’autres seront à venir à mesure des visionnages de chacun·e. Est-ce qu’Halloween Ends est une bonne conclusion ? Oui, indéniablement. Pour son audace et sa réflexion mais aussi pour avoir trouvé l’équilibre entre la nostalgie du début et le renouveau nécessaire d’aujourd’hui. Il s’agirait maintenant de laisser Michael Myers tranquille, le garçon a assez donné depuis toutes ces années.

Halloween Ends de David Gordon Green. Écrit par Chris Bernier, Paul Brad Logan, Danny McBride et David Gordon Green. Avec Jamie Lee Curtis, Andi Matichak, Rohan Campbell… 1h51
Sortie le 12 octobre 2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s