Clean with me (After dark) : Madame Propre

Youtube est une plateforme qui a de quoi fasciner. Créée en février 2005, elle devient virale en très peu de temps, permettant à chacun·e de poster et de visionner des vidéos en tout genre. Depuis quelques années, elle connait un tournant majeur avec l’émergence de nouveaux métiers. Ces nouveaux·velles « créateur·ices de contenus » offrent une nouvelle façon de vivre son quotidien. Gabrielle Stemmer s’est emparée d’un phénomène très américain : filmer ses journées de nettoyage/ménage.

Film de fin d’études réalisé dans le cadre de la Fémis, Clean with me (After dark) est une proposition osée puisque la réalisatrice ne se sert que de vidéos dénichées sur Youtube pour analyser un phénomène. Grand·es amateur·ices des mises-en-scène grandiloquentes, les Américain·es ont toujours le nez creux quand il s’agit de lancer de nouvelles modes. Exit les classiques covers et reviews en tout genre, bonjour l’ASMR, les Study with me et autres vidéos qui nous plongent dans le quotidien des détenteur·ices de ces chaînes. Pour Gabrielle Stemmer, la fascination pour ces Américaines se filmant en train de faire le ménage pendant des heures lui suggère l’idée de ce documentaire.

En collectant des dizaines d’images, la réalisatrice réalise d’un portrait amusant : celui de femmes enjouées qui veulent nous montrer leur quotidien et comment elles ont l’habitude de nettoyer chez elles. Images en accélérées sur fond de musique pop, de quoi redonner de l’énergie à n’importe qui. Les commentaires sont d’ailleurs sans équivoque : toutes ces femmes sont inspirantes et motivantes. Mais rapidement, un malaise s’installe sans qu’on sache vraiment mettre le doigt dessus. Une mise-en-scène un peu trop tape-à-l’œil ? Un peu trop parfaite ? L’impression que tout ce qui nous est présenté est totalement faux ? C’est à ce moment que le court-métrage prend une tournure différente.

Les images sont diffusées en temps réel, la musique laisse place au silence et c’est désormais le portrait de femmes lambdas répétant le schéma classique et patriarcal de la bonne épouse. Car la bonne épouse se doit de faire à manger, s’occuper des enfants et faire le ménage. Une idée qui se confirme lorsqu’on creuse un peu plus dans la vie de celles qui tiennent toutes un compte Instagram sur lequel elles postent régulièrement et sont suivies par des milliers de personnes. Celles qui dégageaient une image parfaite sont pour la plupart anxieuses, voire dépressives. La pression des réseaux sociaux, de la société et la charge mentale que représente tout ce travail pèsent sur leurs frêles épaules. Les liens qui unissent ces femmes à leur dévotion pour le ménage va bien au-delà d’un simple passe-temps, et représentent un moyen de survivre, comme l’explique Jessi Christine de la chaîne Keep calm and clean, atteinte d’anxiété sévère et dont le ménage est le seul moyen pour se recentrer, se calmer.

Clean with me (After dark) est symptomatique d’une société gangrénée par ce genre de contenus et d’influenceur·ses aliénant leur public mais elleux-mêmes, captif·ves d’un système qui leur offre un certain nombre d’avantages (sociaux et économiques) tout en les soumettant encore et toujours à une pensée patriarcale. En seulement une vingtaine de minutes, Gabrielle Stemmer fait preuve d’intelligence et d’une capacité d’analyse précise et terrifiante.

Clean with me (After dark) de Gabrielle Stemmer. 21 minutes.

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