La Passagère : En corps et encore 

Présenté en sélection Coup de cœur du 42ème Festival International du Film d’Amiens, La Passagère est le premier long-métrage de sa réalisatrice Héloïse Pelloquet. Afin de monter son projet, celle-ci s’est entourée d’un duo d’acteurs en béton. D’un côté, Cécile de France, l’expérience, l’actrice qui compte autant de rôles interprétés que de facettes révélées. De l’autre, Félix Lefebvre, l’étoile montante nommée au César du meilleur espoir en 2021 pour son interprétation d’Alexis dans Été 85 de François Ozon. Autour de ce duo se révélant aussi flamboyant qu’il semblait improbable, Héloïse Pelloquet tisse une histoire d’amour et de désir dont la première qualité est de casser tous les codes préétablis.

La Passagère, c’est l’histoire de Maxence, un jeune homme vivant dans une famille aisée et qui, à la recherche d’une expérience manuelle, s’engage en contrat d’apprentissage afin de découvrir les coulisses du métier de marin-pêcheur sur l’île de Noirmoutier. En fait non, à bien y réfléchir, La Passagère c’est plutôt l’histoire de Chiara qui, avec son mari Antoine, également marin-pêcheur, décide d’accueillir un jeune homme du territoire en apprentissage afin de lui enseigner les techniques de la pêche. Le sens dans lequel est raconté ce court synopsis induit indirectement sur le sens par lequel est lu le désir qui naît entre Chiara et le jeune homme. Et ce désir, Héloïse Pelloquet le construit subtilement du regard de la pêcheuse vers son jeune apprenti. 

Le rythme du film jouit d’une qualité trop peu considérée et pourtant véritablement efficace : celui de l’espace-temps défini par une donnée exposée à la fois aux spectateurs et aux personnages. Ici, il est celui de la période d’apprentissage de Maxence sur cette petite île de la côte atlantique. En cela, le spectateur a conscience de l’aspect éphémère de la situation vécue, ce qui lui donne une forme de préciosité et permet de capter l’attention, comme si, à tout moment, la période d’apprentissage de Maxence, et donc le film en lui-même, pouvait toucher à sa fin.  

À n’en pas douter, le travail préalablement effectué sur l’harmonie des corps fut monstrueux. Nous ne pouvons qu’être admiratifs de la manière dont la caméra épouse les mouvements des personnages. Une main sur le visage, un effleurement du corps, un baiser… Héloïse Pelloquet filme les corps et le désir en trouvant un équilibre parfait qui ne penche jamais du côté du voyeurisme. Si la passion se ressent autant, c’est également grâce à l’alchimie perceptible du duo d’acteurs. Se donnant corps et âme, Félix Lefebvre et Cécile de France livrent une interprétation mémorable, leur personnage respectif jouant à la roulette russe avec les sentiments de l’autre et passant constamment de l’amour, à la colère, à la tristesse ou encore, et plus tristement, à l’indifférence. 

Mais le corps filmé n’est pas que sexuel dans La Passagère, il est également travailleur. Dans les scènes de pêche, sur le bateau tanguant au gré des vagues, les corps se bousculent et répètent, incessamment, une mécanique physique visiblement éprouvante. Ces corps suants, abîmés par le travail, ne sont pour autant pas dissociés des corps sexuels dans la manière dont les filme Héloïse Pelloquet. C’est par ailleurs sur ce bateau de pêche que naît véritablement la relation amoureuse entre Chiara et Maxence, le corps désiré ne s’apparentant pas à un modèle de beauté, mais à une réalité du corps qui travaille. 

Le manque de finesse avec lequel sont introduites certaines séquences permettant de faire avancer le récit, à l’image d’un secret révélé du jour au lendemain sans propagation visible de celui-ci ou de décisions précipitées des personnages, permet cependant de maintenir la qualité majeure du film : son rythme. En cela, le film permet de nous faire ressentir l’aspect temporaire de la présence de Maxence sur l’île et l’enchaînement rapide des situations peut être vu comme l’ouragan que provoque l’arrivée de ce jeune homme dans le quotidien, jusqu’ici tranquille, de Chiara.


La Passagère est un film qui bouscule les codes préétablis de la représentation des relations amoureuses tout en parvenant à ne jamais juger ses personnages. Thématiquement, le film réussit presque tout ce qu’il entreprend et livre des séquences marquantes essentiellement par le biais d’un toucher ou d’un regard. Le moindre mouvement, même le plus petit des gestes, signifie et rend compte des sentiments de ses personnages.

La Passagère de Héloïse Pelloquet, écrit par Héloïse Pelloquet et Rémi Brachet. Avec Cécile De France, Félix Lefebvre, Grégoire Monsaigeon…

Sortie le 14 décembre 2022

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