Critique écrite par une femme

« Tient ses promesses », « Vraiment pas mal », « Je ne peux plus m’en passer », « 100% d’origine naturelle »… Ah, on me dit dans l’oreillette que ce sont des avis laissés sur le shampoing Timotei Pure autant pour moi. D’ailleurs, pensez-vous que Timothée Chalamet utilise ce shampoing régulièrement ? Vu la qualité de sa fibre capillaire nous sommes en droit de nous demander et nous réclamons même des réponses ! 

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Green Book : sur les routes d’un grand film

Peter Farrelly est normalement réputé pour les comédies. C’est l’homme derrière les excellents « Mary à tout Prix » et « Fous d’Irène », ou les bourrins « Dumb & Dumber » et « My Movie Project ». Bref pas le cinéaste le plus subtil d’Hollywood. La surprise fut donc importante lorsque « Green Book » a été annoncé. Un road-movie sensible porté par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, franchement on y croyait pas… Et pourtant « Green Book : sur les routes du sud » est une réussite totale. 

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Une femme d’exception : Nous sommes des femmes d’exception

Le public français n’aura jamais autant entendu parlé de Ruth Bader Ginsburg que ces derniers mois. Alors qu’en octobre dernier le documentaire « RBG » réalisé par Betsy West retraçait la vie de celle qu’on surnomme aujourd’hui « Notorious RBG », c’est début 2019 qu’est venu sur nos écrans « Une femme d’exception ». Ce dernier se concentrant principalement sur les débuts compliqués de la jeune avocate alors qu’elle concilie vie professionnelle, vie de famille et un mari souffrant. Un biopic certes classique mais nécessaire en tant que figure féminine.

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L’Heure de la sortie : Le fête est finie

On a injustement peu parlé de « Irréprochable » sorti durant l’été 2016. Le premier essai de Sébastien Marnier marquait déjà une incursion fort marquée dans le film de genre avec son ton sombre et son atmosphère étouffante. Une recette qui lui réussit puisqu’en ce début 2019, le réalisateur revient pour un second long-métrage « L’Heure de la sortie » librement adapté du roman du même nom de Christophe Dufossé sorti en 2002. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que janvier débute sous les meilleurs auspices avec ce qui s’avère être la première claque française de 2019 et une preuve, s’il en fallait une de plus, que le film de genre française se porte bien.

Deuxième film, deuxième claque. On retenait de son premier film l’ambiance étouffante, son personnage principal intriguant, à la limite du malsain, on retrouve quasiment tous ces éléments dans « L’Heure de la sortie ». Ambiance caniculaire alors qu’un professeur de français vient de se suicider devant ses élèves en plein cours. Pierre devient leur professeur suppléant dans une classe de 3e intellectuellement précoces et parmi eux, un groupe de six élèves aussi intrigants qu’effrayants. Une curiosité malsaine va l’emmener à espionner ces jeunes pour les comprendre. Pour connaître la suite, il faudra aller voir le film car le résumer sans en dévoiler l’intrigue est bien compliqué. Tout ce qu’on pourra vous dire c’est que c’est loin d’être un film commun, qu’il navigue avec une aise déconcertante parmi les genres et que le tout est porté par un casting impliqué à  commencer par un Laurent Lafitte incroyable et six jeunes qui sont tous des révélations.

Véritable constat d’une société sur le déclin autant que sur le fossé qui s’est crée entre jeunes et adultes, « L’Heure de la sortie » terrifie par sa vérité, sa justesse et offre un autre portrait – moins glorieux et plus inquiétant – de cette jeunesse plus au fait de notre monde en perdition et peut-être beaucoup plus radicale que les précédentes générations. Avec énormément d’audace et de talent, Sébastien Manier sublime et offre une autre approche de l’oeuvre de Christophe Dufossé. Loin d’être simplement une étude de cas dans la sphère scolaire – bien qu’elle soit intéressante et qu’elle soulève de vraies problématiques même si le sujet n’est pas là -, « L’Heure de la sortie » se fait le reflet de notre société et de notre jeunesse actuelle. 

Maîtrisé de A à Z par un réalisateur qui a toutes les armes pour nous offrir un cinéma de qualité – même si son talent est déjà confirmé en l’espace de deux films -, « L’heure de la sortie » est un thriller quasi apocalyptique aussi alarmant qu’il est terrifiant. L’une des plus belles réussites de ce début d’année.

L’Heure de la sortie de Sébastien marier. Avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Gringe… 1h43
Sortie le 9 janvier

Premières Vacances : Le pire est à venir (pour le couple hein)

Ah les querelles amoureuses… Elles en inspirent bien des films, mais celles des vacances un peu moins. Faute d’idées ? Peut-être. L’humoriste et comédienne Camille Chamoux s’est emparée de ce sujet pour co-écrire « Premières Vacances » avec son compagnon Patrick Cassir avec un postulat de départ assez simple : Marion et Ben décident sur un coup de tête de partir ensembles en vacances après un premier rendez-vous Tinder réussi, direction la Mongolie à mi-chemin de leurs destinations rêvées : Beyrouth pour Marion et Biarritz pour Ben. Un rendez-vous d’un soir c’est bien, supporter l’autre pendant plusieurs semaines s’en est une autre…

Pour son premier film, Patrick Cassir – épaulé donc par Camille Chamoux – dépeint avec humour et justesse les vacances en amoureux. Mais au-delà des simples querelles qui rythment ces vacances qui vont s’avérer houleuses pour l’un comme pour l’autre, le film pose aussi les questions des fondements même du couple, celui de l’écoute et des concessions à faire pour le bonheur de chacun. Pour jouer so compagnon à l’écran, c’est un autre humoriste bien connu du grand public qu’on retrouve avec Jonathan Cohen. L’alchimie entre les deux personnages fonctionne à merveille et les vannes font mouche presque à chaque fois avec un regard plutôt bienveillant et littéralement deux modes de vie différents. En passant des cambrousses bulgares aux hôtels cinq étoiles, les nerfs de Ben et Marion sont mis à rude épreuve dans une comédie qui adopte finalement les codes de la rom-com traditionnelle dans un écrin assez rafraîchissant même si on regrette des seconds rôles finalement peu exploités.

« Premières Vacances » reste une jolie comédie qui fonctionne dans son ensemble, imparfaite mais terriblement sincère avec une Camille Chamoux solaire et un Jonathan Cohen décidément incroyable et survolté comme à son habitude et rien que pour ça nous on dit oui.

Premières vacances de Patrick Cassir. Avec Camille Chamoux, Jonathan Cohen, Camille Cottin… 1h42
Sortie le 2 janvier

Un beau voyou : Vol au-dessus des toits de Paris

La comédie en France ça passe ou ça casse, et soyons réalistes, souvent ça casse – et ce ne sont pas les sorties prochaines de « Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? » ou « Nicky Larson et le parfum de Cupidon » qui vont nous contredire loin de là -. Pourtant il y a de ces comédies qui sortent absolument des sentiers battus autant dans leur scénario que dans leur audace visuelle et « Un beau voyou » fait définitivement partie de cette catégorie.

À l’aube de sa retraite, le commissaire Beffrois reste sur sa faim jusqu’à ce qu’on vol de tableau attire son attention et le pousse à enquête sur ce qui s’avère un voleur de tableaux en série qui avait réussi à sévir jusque là sous les radars de la police. Visiblement audacieux, entraîné et littéralement invisible, le commissaire va redoubler de ruse pour arriver à mettre la main sur ce voleur.

Le film débute sur une scène plutôt atypique : un jeune voleur s’introduit dans un appartement où rien ne semble de valeur, alors qu’il commet son méfait le propriétaire de l’appartement rentre chez lui et le surprend en lui disant qu’il est commissaire. Scène surréaliste : le commissaire lui demande de s’assoir et lui propose un jus de fruit. C’est ainsi que s’ouvre le film sur le personnage de Beffrois, un commissaire bientôt à la retraite dont le credo semble plus être le jemenfoutisme qu’autre chose à en juger ses chemises hawaïennes à tel point qu’il laisse le voleur repartir – après avoir récupéré ses effets personnels bien sûr -. Drôle de personnage qu’est ce commissaire et pourtant déjà si fascinant, encore plus lorsque s’entame la relation entre lui et Bertrand, petit escroquer immobilier à ses heures perdues et grand voleur d’oeuvres d’art une fois la nuit tombée. 

Un véritable jeu du chat et de la souris qui s’entame entre les deux pour nous offrir répliques juteuses mais également une course poursuite sur les toits de Paris aussi inédite qu’assez impressionnante. Nouveau visage du cinéma français – après le succès de « Petit Paysan » -, Swann Arlaud prête ses traits innocents à cet élégant voleur tandis que Charles Berling nous offre une performance tout en humour et légèreté. 

« Un beau voyou » est une petite bulle fraiche et légère que nous offre Lucas Bernard pour son premier long-métrage. Audacieux et élégant.

Un beau voyou de Lucas Bernard. Avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker… 1h44
Sortie le 2 janvier

Undercover – Une histoire vraie : Une histoire de famille

Second long-métrage du réalisateur franco-britannique Yann Demange, « White Boy Rick » (traduit « Undercover : Une histoire vraie » de par chez nous, allez savoir) est sorti le 14 septembre 2018 aux États-Unis et le 2 janvier 2019 dans nos contrées (allez savoir aussi). Comme son sous-titre français l’indique, le film est inspiré d’une histoire vraie : celle de Rick Wershe Jr., un jeune adolescent américain alors âgé d’une quinzaine d’années, fils de marchand d’armes à feu, indic un temps pour le FBI et qui, après avoir prospéré pendant quelques années grâce à son activité de dealer, fini emprisonné à vie pour possession de plus de 8 kilos de cocaïne à une époque où 650g étaient suffisants pour garantir la prison à vie.

Film biographique avec, l’on imagine, sa bonne dose de fictionnalisation, « Undercover » nous fait suivre un jeune Rick Wershe durant les années 80, vivant alors dans la banlieue de Detroit à une époque où la ville doit toujours faire face à une crise suite au déclin de son industrie plus tôt dans les 70s. Si ces détails historiques semblent transparaître quelque peu à travers le film (surtout à son début en réalité), ils ne sont malheureusement pas réellement traités au sein de celui-ci, le réalisateur faisant le choix de donner à son œuvre une acception bien moins large, s’attardant ainsi assez peu sur la situation socio-économique de l’époque et peut-être plus sur la situation personnelle du personnage principal. Effectivement, l’on ressent tout au long du film que l’histoire de Rick est moins celle d’un jeune adolescent qui deale pour s’en sortir et se sentir important que celle d’un adolescent qui cherche à substituer à sa famille « bancale » une famille plus « stable ». Son père est un vendeur d’armes à la manque, sa sœur une junkie qui sort avec un homme qui la bat, et ses grand-parents ne semblent pas savoir parler autrement qu’en hurlant… Ainsi l’histoire de Rick devient certes celle d’un jeune blanc qui se fait sa place au sein du milieu criminel représenté comme majoritairement afro-américain de l’époque (d’où viendra son surnom de « White Boy Rick » traduisible grossièrement en « Rick le Blanc ») mais également celle d’un jeune garçon qui va vraisemblablement tenter de stabiliser sa situation familiale, que ce soit en trouvant initialement sa place dans un gang d’afro-américains, ou en pensant plus tard pouvoir stabiliser sa propre famille grâce à sa propre réussite dans le milieu. Autant, dès l’ouverture du film, Rick Wershe et son père nous sont introduits comme clairement antipathiques autant l’on ne peut s’empêcher, au fil du film, de sentir une histoire humaine derrière celle de la criminalité. Le film n’esquive toutefois pas la question de la responsabilité du système et des fédéraux dans l’histoire de Rick et notamment concernant sa chute, puisque c’est pour servir d’indic au FBI qu’il intègre premièrement le milieu criminel de Detroit, ce même FBI qui refusera plus tard de défendre le jeune Rick alors qu’il est condamné à la prison à vie à l’âge de 17 ans.

Sous couvert de relater une histoire vraie, Yann Demange semble au final nous servir une jolie histoire de famille, d’autant plus maîtrisée que le film peut s’appuyer sur une solide photographie et des acteurs principaux inspirés, la dynamique McConaughey-Merritt notamment (incarnant donc les deux personnages principaux, à savoir le père et le fils Wershe) étant particulièrement réussie. Couvrant l’histoire du jeune dealer de ses débuts à sa chute, « Undercover » est un film simili-biographique qui voit se mélanger l’Amérique de la fin des 80s, vendeurs d’armes à la petite semaine, gangster qui réussissent et agents du FBI peu scrupuleux, dépeint un univers dans lequel presque tout les retournements sont soudains, et finit par être un film qui réussit à ne pas être sur une entreprise criminelle mais sur les histoires humaines derrière celle-ci.

Undercover – Une histoire vraie de Yann Demange. Avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley… 1h51
Sortie le 2 janvier

Unfriended Dark Web : Petits jeux entre amis

Sortie en 2014, « Unfriended » avait fait son petit effet en plaçant son film d’horreur sous le prisme d’un seul point de vue : celui d’un écran d’ordinateur qu’on observe de la première à la dernière seconde. Cette année, « Searching : portée disparue » avait utilisé la même technique – avec habilité et intelligence ce qui lui vaut de se placer dans le haut du panier des thrillers 2018 – et désormais « Unfriended : Dark Web » également. Alors que le premier opus était bancal sur son scénario (film d’horreur sur fond de fantôme et vengeance), « Unfriended : Dark Web » emprunte le chemin dru thriller psychologique, nouveaux personnages, nouvelles thématiques et force est de constater que le tout fonctionne assez bien.

Lorsque Matias ramène chez lui un nouvel ordinateur et y trouve une cache de fichiers, il est loin de se douter qu’il est sur le point d’entrer dans l’un des endroits les plus mystérieux mais également dangereux qui puisse exister sur internet : le Dark Web. Alors qu’il fait une traditionnelle soirée jeux avec ses amis, tout se complique lorsque Matias apprend qu’ils sont épiés par quelqu’un prêt à tout pour protéger le Dark Web et les secrets que contiennent cet ordinateur…

Exit le côté horrifique lié aux esprits du premier et place à une véritable menace, celle des tréfonds du Dark Web. En plaçant son action et son propos dans une problématique bien réelle et pourtant si invisible aux yeux de tous – le Dark Web existe mais savons-nous vraiment ce qu’il se trame dessus ? -, Stephen Susco donne une autre dimension au film rendant le tout beaucoup plus intéressant tout comme les différents plot twists insérés tout au long du film pour arriver à un final rappelant notamment « Nerve » sorti en 2016. Il n’empêche que ce « Unfriended : Dark Web » souffre des mêmes tares que son aîné avec une mise en place des personnages assez longue et laborieuse qui peut vite vous faire décrocher au début. Par moment on relèvera aussi une mauvaise gestion de l’écran justement à trop vouloir juxtaposer les fenêtres, les informations données à l’écran et y ajouter les discussions des protagonistes certaines scènes sont tout simplement illisibles.

Malgré tout, « Unfriended : Dark Web » réussi à accrocher son spectateur au fur et à mesure du récit et des enjeux qui en découlent pour Matias le protagoniste principal une fois que le véritable propriétaire de l’ordinateur entre en jeu pour lancer son film à toute allure jusqu’à la dernière minute. Par différents effets visuels et sonores propres à l’ordinateur, le réalisateur réussit à distiller une angoisse constante tout en réussissant à développer suffisamment chacun de ses personnages (qui sont quand même beaucoup) pour laisser le temps au spectateur de s’attacher. 

Petit film d’horreur tirant plus vers le thriller qu’autre chose, « Unfriended : Dark Web » est un film plus qu’honnête qui fait le boulot de A à Z et qui se laisse regarder avec plaisir. Prenant, plutôt efficace et au scénario rondement mené.

Unfriended : Dark Web de Stephen Susco. Avec Colin Woodell, Betty Gabriel, Rebecca Rittenhouse… 1h33
Sortie le 26 décembre

The Happy Prince : Wilde un jour…

La carrière de Rupert Everett n’est plus à faire. Grande figure des années 80 et 90, le bonhomme a perdu peu à peu sa place à Hollywood par la suite (à cause de son homosexualité ?) pour s’illustrer du côté du théâtre et du petit écran. En cette fin d’année, l’acteur endosse un nouveau rôle en tant que réalisateur pour « The Happy Prince » qui raconte les dernières années de la vie du célèbre écrivain Oscar Wilde.

Au sommet de son talent et de sa popularité, Oscar Wilde se retrouve du jour au lendemain au plus bas de l’échelle sociale alors qu’il a été condamné à la prison pour son homosexualité. Sans un sou et renié par la société londonienne, Oscar Wilde vit ses dernières années dans l’indifférence la plus totale. Lui reste une poignée d’amis fidèles et une bande de gamins des rues qui le suit partout mais malgré un morale et une santé au plus bas, Oscar Wilde n’a rien perdu de sa splendeur et de son esprit imaginatif.

Personnage important pour Rupert Everett – qu’il a déjà interprété plusieurs fois au théâtre et sur grand écran -, c’est presque naturellement que l’acteur est entré dans ses bottes avec, il va sans dire, une aisance et un naturel incroyable. Absolument habité par la miséricorde de son personnage, Rupert Everett prête à merveille son visage à cet écrivain déchu. Tendre dans sa narration sans jamais cacher les folles moeurs de son personnage, Rupert Everett conte avec brio ces dernières années de sa vie – pour la première fois amenées à l’écran il faut le noter -. Entouré de seconds couteaux de taille dont le formidable Colin Firth, « The Happy Prince » transpire l’admiration qu’a son réalisateur pour ce personnage pour qui la vie fût loin d’être facile et juste avec. 

Véritable portrait sans concession (Wilde et les plaisirs charnels, la drogue ou encore l’absinthe), Everett propose un portrait incroyablement touchant tandis que l’écrivain vit ses derniers instants sans pour autant occulter la folie et la joie de vivre qui le caractérisait ainsi que cette exubérance si caractéristique sur fond de recherche éternelle de l’amour – qu’il ne trouvera finalement jamais -. Bouleversant.

The Happy Prince de Rupert Everett. Avec Rupert Everett, Colin Firth… 1h45
Sortie le 19 décembre

Wildlife, Une Saison Ardente : Ma saison préférée

On connaissait Paul Dano comme acteur, un brillant acteur, mais voilà qu’avec son premier long métrage, « Wildlife : Une Saison Ardente », Dano se révèle être aussi un excellent réalisateur.

Film d’ouverture pour la Semaine de la Critique de Cannes 2018, l’adaptation du roman de Richard Ford, « La saison ardente », par Paul Dano nous raconte l’histoire des Brimson. Jerry le père, Jeanette la mère et Joe leur fils, interprété par la révélation Ed Oxenbould, jeune garçon solitaire et réservé qui devient, malgré-lui, le témoin de l’implosion du mariage de ses parents, brillaments interprétés par Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, dans le Montana des années 60. C’est la déchéance de la représentation typique du parfait cocon familial américain qui nous montre par cette déchirure, comment ce jeune garçon devient peu à peu un adulte.

Avec cette première adaptation, Paul Dano nous prouve qu’il a fait avec brio la transition entre le métier d’acteur et celui de réalisateur, car le film fait preuve autant dans sa mise en scène que dans son écriture, d’une incroyable harmonie et une finesse incomparable. Le travail d’écriture de Zoe Kazan et Paul Dano est frais et remarquable, d’autant plus qu’il est porté par l’interprétation forte et sincère de ses acteurs. Mention spéciale à Carey Mulligan qui une nouvelle fois se démarque et nous livre ainsi avec le rôle de Jeanette Brimson, la meilleure performance de sa carrière. Mais on regrettera tout de même un Jake Gyllenhaal pas assez présent malgré une performance remarquable. Les plans du films, notamment les séquences en extérieur sont à couper le souffle et exaltent une pureté de l’image sans pareil qui vient complètement s’entrechoquer avec la violence -subtile- des événements dans le film. Par la façon dont le film se déroule, on entre aussi l’histoire de cette famille qui se déchire, on vit les émotions, les doutes et on est plongé dans un pathos intense.

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Dano a parfaitement été capable de se détacher du texte pour mettre sa propre vision de l’histoire. Il nous livre alors certaines problématiques importantes indissociable du contexte de l’époque que l’on questionne aussi à mesure que l’on avance dans le film, telle que la place au sein du couple ou au sein d’un foyer, la liberté de la mère mais aussi de la femme ou encore le mariage et ses fondements ainsi que le travail. Tous ces sujets qui à l’époque font la cision entre l’homme et la femme ainsi que leur place dans la société. Mais il met aussi en question la responsabilité parentale, car Joe se retrouve à devoir être son propre parent, ne pouvant vivre comme un garçon de son âge, un garçon de 14 ans. Tout ces points qui sont tout aussi abordables dans notre société actuelle qui au fond n’a pas tant changée que ça.

« Wildlife » est donc bien parti pour faire partie de ces réussites de premiers films d’acteurs devenus réalisateurs, comme « Lady Bird » de Greta Gerwig ou encore « Lost River » de Ryan Gosling, ces films qui émanent avec authenticité une symbolique qui leur est propre et nous laisse en tête a tête avec nos émotions. On sent que Dano a énormément appris de toutes ces années à travailler aux côtés de grands réalisateurs, car il en a retenu le meilleur.

Avec son rythme parfait, ses images saisissantes, sa réalisation juste quoique très statique, Paul Dano fait de « Wildlife : Une Saison Ardente » une expérience prenante jusqu’à la dernière scène qui nous hante encore bien après l’avoir vu, ce qui le place directement comme l’une des meilleurs films de 2018.

Wildlife, Une Saison Ardente de Paul Dano. Avec Carey Mulligan, Ed Oxenboult, Jake Gyllenhaal… 1h45

Sortie en salles le 19 décembre.