Saint-Omer : Tou·tes coupables

Alice Diop est une réalisatrice confirmée pour ses documentaires (dont Nous en 2021, primé à Berlin). Avec Saint-Omer, elle s’essaie pour la première fois à la « fiction », son arc narratif est inspiré de faits réels mais baigné d’une approche documentaire et documenté. Pendant deux heures, son récit et sa mise en scène, Lion d’Argent à la Mostra de Venise 2022, nous emmène dans une analyse profonde de l’Homme et des devoirs imputés aux femmes. Poignant.

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Clean with me (After dark) : Madame Propre

Youtube est une plateforme qui a de quoi fasciner. Créée en février 2005, elle devient virale en très peu de temps, permettant à chacun·e de poster et de visionner des vidéos en tout genre. Depuis quelques années, elle connait un tournant majeur avec l’émergence de nouveaux métiers. Ces nouveaux·velles « créateur·ices de contenus » offrent une nouvelle façon de vivre son quotidien. Gabrielle Stemmer s’est emparée d’un phénomène très américain : filmer ses journées de nettoyage/ménage.

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El : Relation toxique, mode d’emploi

El, ou plutôt « Lui » dans la langue française, bien que la traduction du titre dans notre pays est Tourments. Autant conserver le titre original, bien plus représentatif du film. El, ainsi donc s’agit-il d’un film centré sur la figure de l’homme ? Oui, mais pas n’importe laquelle ! Celle de l’homme puissant, possessif, paranoïaque, oppresseur, menteur et lâche. Réalisé par le cinéaste Luis Buñuel – connu grâce à son court métrage Un chien andalou – il s’agit de l’un des films préférés et les plus personnels de son auteur.

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Werewolf By Night : Chair de Poule (mouillée)

Profitant de l’arrivée de l’automne et de son cortège de goules, vampires et tueurs psychotiques, Marvel sort de son tiroir à malices Werewolf By Night, une adaptation du comics éponyme de 1972 suivant la vie tumultueuse de Jack Russel, un loup-garou aux prises avec l’univers Marvel. Aux manettes de cette plongée dans l’horreur siglée 16+, c’est le compositeur émérite Michael Giacchino, pourtant très occupé parmi les multiples bandes originales qu’il signe régulièrement, qui tronque sa baguette pour la caméra.

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Halloween Ends : Leave Michael Alone !

Dernier tour de piste pour l’un des tueurs en série les plus emblématiques du cinéma. Après un premier opus calqué sur l’original et un second diamétralement opposé, ce troisième volet avait pour pari de concilier les deux tout en proposant une conclusion digne de ce nom. Mais que peut-on encore dire sur une saga qui a été essorée maintes fois ? À David Gordon Green de nous donner la réponse. Visiblement, le réalisateur a plus d’une surprise cachée sous sa casquette.

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Le Goût du riz au thé vert : Mariage à ranger

Aparté : Dans un soucis de fluidité dans cette retrospective dédiée au cinéaste Yasujirō Ozu, nous avons décidé de ne pas composer d’article sur le film Eté précoce (1951). En effet, ce dernier – bien que majeur dans l’oeuvre du monsieur – a une histoire, un cheminement narratif ainsi qu’un contexte de production très similaire au précèdent long-métrage abordé : Printemps tardif. Pour autant, nous vous recommandons fortement son visionnage. Déjà car c’est une nouvelle occasion d’admirer Setsuko Hara au sommet de son art dans le rôle d’une autre « Noriko », mais surtout car Eté précoce permet d’élargir le portrait du Japon déjà détaillé dans le film précèdent notamment par une plus grande galerie de personnages délicieux, toujours composés avec l’aide de Kōgo Noda à l’écriture.

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Halloween : Oh shit, here we go again

2018. Alors que nous pensions que notre bon vieux Michael Myers avait pris sa retraite après bon nombre de suites et de remakes (à la qualité discutable), David Gordon Green a redonné naissance au monstre de John Carpenter avec ce dernier au scénario, actant également le retour de Jamie Lee Curtis. Mais à quoi bon raviver une nouvelle fois ce personnage en voulant garder l’héritage et jouer la corde de la nostalgie ?

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Printemps tardif : Bonheur égoïste

Certains critiques, y compris parmi la rédaction, ont pour habitude de prendre des notes pendant le visionnage d’un film. On place délicatement un petit carnet entre ses deux jambes et on reste à l’affut de chaque petit détail qui aurait l’honneur de trôner sur les pages de celui-ci. On s’attèle à la tâche avec minutie, on y note le nom du film, son année de production, ses acteurs principaux. Son contexte aussi, des réflexions sur le déroulé de l’intrigue, sur l’esthétique de l’œuvre. Un jour, nous découvrons Yasujirō Ozu, et quand, le film terminé, nos yeux se posent sur nos écrits, nous sommes bien embêtés : presque tout les mots ont été balayés par nos larmes.

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Déjà Vu : Par-delà la mort

Fort d’une carrière redécouverte post-mortem, Tony Scott a depuis toujours divisé la critique par un style unique au sein de l’industrie hollywoodienne. Pour certains, un yes man créant de l’action décérébrée, pour d’autres un formaliste aux questionnements modernes.

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Avec amour et acharnement : Denis molle

À vouloir être trop productive, on finit par s’emmêler les pinceaux et proposer des œuvres en demie teinte (voir monochrome pour certaines). Alors que son prochain film Stars at noon a été présenté au dernier Festival de Cannes et couronné par le Grand Prix (ex-æquo avec Close), Avec amour et acharnement permet à Claire Denis de repartir avec l’Ours d’argent de la meilleure réalisatrice. Un comble.

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Blonde : folie et (dés)illusion

Sans nul doute un des films les plus attendus de l’année, Blonde marque le retour d’Andrew Dominik derrière la caméra, dix ans exactement après la sortie de Cogan : Killing them softly. Le réalisateur néo-zélandais connu, entre autres, pour The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, effectue avec ce nouveau film un virage à 180 degrés et choisit d’adapter le roman de Joyce Carol Oates relatant la vie de l’actrice Marilyn Monroe. Reprenant son thème fétiche de la déconstruction du mythe, Dominik emmène son personnage principal à travers les méandres de ses traumatismes et déroule en presque trois heures la descente aux enfers de l’une des plus grandes icônes américaines pour un résultat final qui, sans être franchement mauvais, ne manque pas de laisser perplexe.

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Monster : the Jeffrey Dahmer Story : portrait d’un collectif malade

Sortie sur Netflix récemment, la série Monster : The Jeffrey Dahmer Story fait partie de cette vague morbide visant à surfer sur la “célébrité” de tueur·ses en série pour en faire des adaptations questionnables, n’ayant finalement pour effet que de romantiser ces figures sans égard pour leurs victimes (on se souvient de Zac Efron en Ted Bundy pour Netflix en 2019). Il semblerait logique que cette nouvelle série sur les meurtres de Jeffrey Dahmer suive la même lignée et pourtant, la nouvelle production de Ryan Murphy se distingue, en faisant la seule chose que ses comparses ont tendance à oublier : pointer sa caméra sur les victimes et non plus l’agresseur.

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Mako : Baby shark, doo doo doo doo doo doo

Présenté pour la première fois sur le continent européen lors du Paris Shark Fest 2022, Mako, de Mohamed Hesham El-Rashidy, est le tout premier film de sharksploitation égyptien. La sharksploitation, sous-catégorie du cinéma d’horreur mettant en scène des requins avides de sang est un genre dont les codes cinématographiques ont largement été définis par Steven Spielberg et ses Dents de la mer en 1975. Le genre a depuis énormément évolué, notamment par le biais de la transition vers l’image de synthèse tout particulièrement induite par peur bleue en 1999. Entre 1975 et aujourd’hui, de très nombreux pays ont souhaité avoir leur propre film de requins : Çöl en 1983 pour la Turquie, Aatank en 1996 pour l’Inde, The Reef en 2011 pour l’Australie, Shark Killer en 2015 pour le Canada… L’Egypte souhaitant ainsi ajouter sa pierre à l’édifice, Mako est mis en pré-production en 2019 et Mohamed Hesham El-Rashidy, aucun long-métrage à son actif, se voit doté d’un budget de 50 millions de livres égyptiennes (2,6 millions d’euros) afin de mener à terme ce projet. 

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Citoyen d’honneur : Prix Nobled de littérature

Après avoir collaboré avec Fatsah Bouyahmed dans La Vache et avec Kad Merad pour Une belle équipe, le réalisateur Mohamed Hamidi réunit ces deux acteurs dans Citoyen d’honneur, un film qui, sous son apparence comique, dévoile un propos politique important.

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Fire of love : portrait du jeune couple en feu

Filmer la nature fait partie de ces gestes instinctifs de cinéma, vieux comme cet art et, en un sens, vieux comme le monde. Cette action, si primitive soit-elle, pose néanmoins deux questions : y a-t-il plus beau que ce qui nous entoure ? Surtout, est-ce nécessairement beau ? Car il en va, évidemment, de la question du filmage, de la mise en scène. Tout le monde peut capturer un joli paysage – il n’y a qu’à aller sur les réseaux sociaux et observer n’importe quelle photo que l’on oublie la seconde suivante –, mais personne n’eût pu faire Tabou, si ce n’est Murnau, ni Nanouk excepté Flaherty ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux hommes ont collaboré pour la réalisation du premier. La comparaison est grossière, mais pas hasardeuse. La différence d’approches en est au cœur. Si Murnau et Flaherty nous émeuvent et nous marquent à vie, c’est par leur rigueur morale, étrangement religieuse et scientifique, conférant à chaque cadrage une puissance presque vertigineuse, doublée d’une idée essentielle : explorer le rapport de l’homme à ce qui le dépasse. C’est le palmier duquel descend le héros, de taille alors risible, de Murnau à la vue du navire, et ce plan séquence de chasse aux phoques où Nanouk s’approche de ses proies pour mieux les surprendre. C’est aussi, désormais, Katia Krafft devant un mur de lave dont elle essaie de prendre la température entre deux jets mortellement dangereux, ou Maurice, son mari, en train de flotter sur un lac d’acide à côté d’un volcan. Ce sont, en réalité, tant d’images que Fire of love offre à voir.

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