Chronique d’une liaison passagère : le temps de l’amour

Questionner l’amour par le prisme de la fidélité a souvent été l’une des préoccupations centrales du cinéma d’Emmanuel Mouret, de Laissons Lucie faire à Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, en passant même par Changement d’adresse. Or, si l’on pensait qu’il avait atteint le bout d’une certaine réflexion avec son dernier long, dont le scénario extrêmement sophistiqué et retors offre une exploration passionnante des tourments sentimentaux, il parvient, avec Chronique d’une liaison passagère, à revenir à la sève même de toutes ces interrogations, en extrayant ainsi la superbe complexité.

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Tout le monde aime Jeanne : dépression animée

Il est une pensée qui voudrait qu’en ces temps dits « compliqués », où tout semble aller au plus mal, le rire serait une solution. Or, s’il y a bien un genre duquel notre très cher cinéma français – pour reprendre ironiquement la formule d’un certain critique à l’opinion mal bâtie – n’est pas en reste, c’est bel et bien la comédie. Celles-ci sont nombreuses – des films de Peretjatko à ceux de Dupieux, en passant par Justine Triet –, mais une voix détone particulièrement, par son timbre singulier. Céline Devaux n’en est pas à son coup d’essai, elle s’est déjà distinguée avec trois courts métrages remarquables et remarqués, et il est l’heure pour elle de faire le grand plongeon – à l’image de la première scène de son film –, en éclaboussant le monde du long métrage de ses saillies. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de son style, celle qui a été diplômée de l’ENSAD avec le surprenant Vie et Mort de l’Illustre Grigori Efimovitch Raspoutine se distingue par un humour corrosif, déjanté, et une palette visuelle d’une grande richesse. Prenons-en pour preuve son deuxième court métrage, Le repas dominical – lauréat du César du meilleur court d’animation –, dans lequel Vincent Macaigne hurle en off de manière imprévisible et barrée ses tourments personnels et familiaux, illustrés frénétiquement en dessin animé. Comment ne pas être charmé par cet élan comique venu d’ailleurs ? Un élan, qui invite aussi à réfléchir sur le travail de cette artiste qui fait de la comédie un terrain d’expérimentation autant qu’une expérience cathartique, avec l’animation comme cœur et moteur. Ainsi, Tout le monde aime Jeanne – prolongement de la tentative hybride qu’était Gros Chagrin, son dernier court amène, avec sa fraîcheur douce amère bienvenue, une question intéressante : comment faire rire aujourd’hui ?

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Les Cinq Diables : Allô Maman, ici ta fille

Après l’hypnotisant (et envoûtant) Ava en 2017, Léa Mysius revient (enfin) à la réalisation. Présenté à la Quinzaine des cinéastes du dernier festival de Cannes, les Cinq diables ne présente plus un mais plusieurs récits initiatiques, ceux qui permettent à nos sens de s’éveiller, avec un peu de mysticisme. Une réussite dans le fond et la forme.

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L’innocent : Par amour du jeu

Après sa fable écologique La Croisade en 2021, Louis Garrel revient avec son quatrième film en tant que réalisateur. Présenté en Hors-Compétition au dernier festival de Cannes, il y incarne (pour la quatrième fois) Abel, son alter-ego à l’écran, dans un mélange détonnant et réjouissant de comédie et d’émotion.

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Eo – Expérimentâne

Il en faut du courage pour se mesurer, soixante-six ans après sa sortie, à Au Hasard Balthazar de Robert Bresson. Or, du courage, Jerzy Skolimowski n’en manque pas, lui qui n’a jamais fait deux fois le même film, étant toujours animé par une volonté d’élargir ses horizons. Etiquetté remake de l’œuvre suscitée lors de l’annonce – surprise (il était absent des radars depuis 2015) – de sa sélection en compétition au dernier festival de Cannes par Thierry Frémaux, Eo est bien plus retors et complexe que cela. En effet, Skolimowski ne reprend que la substance, le concept pur du film de Bresson avec la trajectoire de l’âne martyr comme fil rouge, pour moderniser le propos, du moins le rendre plus contemporain encore.

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Les nuits de Mashhad : Sans lendemain

Originaire d’Iran avant de partir en Europe pour ses études, Ali Abbasi nous a gratifié jusque là de films mystérieux, parfois même mystiques entre Shelley et Border. Pour sa troisième réalisation, il retourne sur ses terres natales pour mettre en images un tueur en série de prostituées qui a bousculé les médias et la société iranienne.

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Retour à Séoul : Des racines et des ailes

Davy Chou est un réalisateur franco-cambodgien qui a toujours eu à coeur d’évoquer ses origines dans ses différentes oeuvres. Dans Le sommeil d’or, il s’aventure dans l’histoire du cinéma avant et après l’arrivée des Khmers Rouges et redonne la parole à celleux qui ont fait le cinéma de cette époque et qui ont vu tout un pan de leur culture disparaître. Avec Diamond Island, il évoque l’adolescence au moment où Phnom Penh connaissait un boum économique transformant drastiquement la ville. Cette fois on part du côté de la Corée du Sud avec Retour à Séoul où quand la recherche des parents biologiques devient une entreprise plus fastidieuse et éprouvante que prévue.

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Revoir Paris : Live and let die

Alice Winocour nous a impressionné dans Proxima, son précédent film, par la justesse de sa mise en scène sur les difficultés relationnelles entre une mère et sa fille. Eva Green cède le rôle-titre à Virginie Efira pour une autre histoire mais avec un fil commun : la représentation universelle des émotions humaines.

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La Jauría : Sentence irrévocable

Tout juste couronné du Grand Prix à la Semaine de la critique – ainsi que du prix SACD pour son réalisateur Andrés Ramírez Pulido -, La Jauría signe l’émergence d’un cinéaste colombien qui sait s’emparer de sujets importants dans son pays (la violence des jeunes gangs colombiens) pour proposer une réflexion associée à une imagerie des plus saisissantes.

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La Nuit du 12 : Nuisances masculines

Après Seules les bêtes en 2018, Dominik Moll revient avec un nouveau polar. Plus brut que ce qu’il a pu nous montrer auparavant, il n’hésite pas à représenter l’horreur du meurtre d’une jeune fille après avoir été aspergé d’essence. À travers cette histoire, c’est le quotidien des enquêteurs que nous suivons, sans pathos ni mélancolie, pour évoquer la cruauté des violences envers les femmes.

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Sans filtre : Les riches tombent à l’eau, qui reste sur le bateau ?

Après cinq ans d’absence et sa Palme d’Or pour The Square (critique acerbe du monde de l’art notamment), Ruben Östlund décide d’emmener le public sur une croisière de luxe qui vire au cauchemar. Également présenté en compétition officielle pour l’édition 2022, son Triangle of sadness nous a apporté bien des plaisirs.

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As Bestas : Acculturation paysanne

À tout juste 40 ans, Rodrigo Sorogoyen est un auteur-réalisateur important en Espagne. Après l’énorme succès critique d’El Reino en 2018 (7 Goya dont meilleur réalisateur) et le semi-échec de Madre en 2020 (malgré une séquence d’ouverture poignante), il vient présenter son premier film au Festival de Cannes 2022. Cette fois-ci, il questionne notre rapport à la ruralité, à l’intégration et au collectif avec l’arrivée de ces deux français dans une commune reculée et sinistrée en Espagne. Un résultat anxiogène souhaité par son réalisateur mais avec certains manques.

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When you finish saving the world : Substitution(s)

Il n’est jamais évident pour les acteurs et actrices de passer derrière la caméra, par la conscience qu’ils sont attendus au tournant par ce changement de statut. Cette démarche, assez fréquente aux États-Unis ces dernières années (mais existant depuis toujours – rappelons-nous Paul Newman, Robert de Niro et surtout Clint Eastwood), permet l’arrivée de nombreuses œuvres rafraichissantes, nourries de la double casquette de leur auteur. C’est ainsi que déboule Jesse Eisenberg, comédien insaisissable, s’amusant dans des films d’auteur de Kelly Reichardt comme dans les œuvres de studios à la Zombieland ou les films de super-héros de la Warner. Avec When you finish saving the world – présenté d’ailleurs en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes –, il s’inscrit dans la première idée, avec un côté indé prononcé, qui jamais ne prend le pas sur sa sincérité.

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Fumer fait tousser : L’uni(ci)té de la peur

Quentin Dupieux est un auteur-réalisateur prolifique. Il présente déjà son onzième film en Hors-compétition au Festival de Cannes 2022 (le 5ème depuis 2018 !) et ce juste avant la sortie du dixième en ce mois de juin en salle. Il continue son voyage dans l’absurdité des comportements et innovations humain·es pour nous proposer une œuvre ancrée dans les références aux années 1980 portée par un casting (presque) impeccable.

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Plus que jamais : Adjø Gaspard

Dernier tour de piste pour Gaspard Ulliel dans Plus que jamais, accompagné de Vicky Krieps. Le film, présenté dans la sélection Un certain regard de Cannes 2022, nous apporte bien des sentiments.

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