FIFF 2021 : explosions sourdes d’émotions

Alors que l’édition précédente du Festival International du Film Francophone de Namur se situait dans une forme d’entre-deux par les répercussions de la situation sanitaire, ce 36ème FIFF a apporté un retour à la normale, dans le respect des règles en vigueur bien évidemment. Cela se ressent dans une sélection qui semble réclamer une colère sourde mais présente, le tout composé d’une multitude d’explosions cinématographiques de grandes qualités.

On pense à celle au cœur de Souterrain, dernier film de Sophie Dupuis. Remarquée par son excellent Chien de garde, la réalisatrice revient au traitement du masculin et de sa toxicité avec un décor de mine faisant imploser le virilisme ambiant. Les failles qu’elle dépeint, dans ses corps meurtris par le regard des autres et leur obligation par rapport à l’état de l’homme, passionnent jusqu’à un climax étouffant. C’est une nouvelle réussite à créditer à la réalisatrice canadienne, que l’on n’arrête pas de suivre. Il faut d’ailleurs rédiger une longue liste de personnes talentueuses à ne pas perdre de vue, à l’instar de l’équipe de Neptune Frost. C’est bien simple : tout y est si incarné, si beau, si marqué par la colère contre le capitalisme avec une poésie éclatante que l’on ne peut que vous recommander énormément de rattraper le long-métrage dès sa sortie en salle. C’est typiquement le genre de claque à laquelle on n’est pas prêt·e à se soumettre, qui divise par son approche esthétique et narrative, mais qui sait toucher de manière juste et puissante.

Ce dernier adjectif colle également bien aux Magnétiques, futur grand film dont la réussite se fait plus discrète mais tout aussi lumineuse. Il s’y trouve un cœur qui bat intensément, fruit de visuels chargés en tout point et d’une narration sachant mêler son contexte historique à la remise en question d’un jeune homme face à son modèle, le tout avec une telle émotion et un tel travail de mise en scène que l’on sait d’avance que certains plans vont nous hanter. Un autre fantôme s’est d’ailleurs dressé dans cette sélection, celui d’Ina Marija Bartaité. Décédée à l’âge de 25 ans, sa prestation dans Mon légionnaire est la plus grande réussite d’une œuvre qui en compte pourtant beaucoup, notamment la brillance subtile de son casting. C’est ainsi quand ses personnages dévoilent discrètement leurs failles et frustrations que le film de Rachel Lang explose émotionnellement tout en esquivant les facilités par rapport au traitement de sa figure du légionnaire.

Autre traitement de figure mais avec un rapport plus métatextuel dans Lui, où Guillaume Canet s’attaque à une introspection de sa figure créatrice, quitte à perpétuer une image autocentrée qu’il a assumée durant sa très intéressante rencontre avec le public. Le film risque donc d’approfondir l’écart entre ses fans et ses détracteur·ices, avec un résultat plutôt intéressant dans ce qu’il dessine d’intime et de toxique dans sa propre personnalité. Le public plus jeune préfére s’orienter vers autre chose comme le très mignon Même les souris vont au paradis. Parvenant à rassurer dans son propos sur la mort tout en évitant quelques parties attendues, le film profite de son animation en stop motion pour mieux toucher, avec une naïveté enfantine qui sied parfaitement à son propos.

En parlant de propos, on ne pouvait éviter la charge politique au cœur de La fracture, film de clôture bien moins drôle qu’attendu et plutôt orienté vers le traitement des milieux hospitaliers, dont l’aspect délaissé reste malheureusement au cœur de notre actualité. Le résultat étouffe, douloureusement, et sait équilibrer entre sa croyance pour l’humain et l’amertume de ce qu’il doit subir dans une chronique sociale particulièrement dure par ce qui s’y éveille. Notre sélection de cette édition se devait évidemment de se clôturer sur son grand gagnant, La Mif, également marqué par des explosions sourdes de talent, que ce soit celui de Frédéric Baillif pour appréhender la réalité de son sujet, ou bien de son casting entier. On repense au regard triste d’Anaïs Uldry, au moins autant qu’à la réussite de ce très discret long-métrage qui risque de laisser de nombreuses traces dans le cœur de son audience.

On peut remercier une nouvelle fois l’équipe du Festival International du Film Francophone de Namur par la justesse de sa sélection. « Juste » nous paraît d’ailleurs le meilleur terme pour décrire celle-ci car c’est sans doute ce facteur qui nous a aussi bien ému que dévasté, le tout dans une année riche en réussites et en beautés diverses. Il nous semble alors juste de dire que cette 36ème édition du FIFF a su provoquer, par ses diverses réussites cinématographiques proposées ici, une nouvelle explosion sourde, cette fois dans notre esprit et notre cœur de personne amoureuse du cinéma.

Quand y en a marre, y a Mare

S’il y a bien un type de femme qu’on représente peu à l’écran ce sont les femmes qui dépassent la quarantaine. Bien moins présentes et moins « vendeuses » que la nouvelle génération, leurs histoires sont très souvent délaissées au profit de destins plus attractifs. Andrea Štaka prend le contre-pied en filmant une mère de famille en pleine crise de la quarantaine dans ses meilleurs comme ses pires moments.

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Quo vadis, Aida ? : Femme de terrain

Juillet 1995, la Bosnie-Herzégovine voit se dessiner une page sombre de son histoire. Plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques ont été massacrés durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. C’est dans ce contexte – et en s’inspirant de ces faits – que Jasmila Zbanic pose sa caméra pour filmer son héroïne (fictionnelle) Aida.

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I love you I miss you I hope I see you before I die : Espoir éternel

Betty est une jeune mère de deux enfants qui partage une maison avec dix autres personnes (la plupart des mères avec leurs enfants) dans la banlieue de Colorado Springs. Vivant sous le seuil de pauvreté, elle s’accroche comme elle peut pour offrir à ses enfants une vie décente. Malheureusement, ses démons la rattrapent régulièrement, et elle préfère dépenser le peu d’argent qu’elle a en substances illicites pour oublier le temps d’un instant sa vie misérable.

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In the mirror : Blonde-Neige et les sept bodybuilders

Et si Blanche-Neige avait atterri au 21e siècle à la mode des selfies et du narcissisme à outrance que provoquent les réseaux sociaux ? C’est dans cette idée que la réalisatrice lettonienne Laila Pakalnina installe son In the mirror.

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Eden : Jardin toxique

Éva vit totalement coupée du monde extérieur depuis des années et vit en autarcie dans son appartement totalement stérile, dénué de vie et dont les fenêtres ne s’ouvrent même pas. Pour se déplacer hors de son habitacle, elle est obligée de porter une combinaison d’astronaute afin de se protéger de l’environnement. Pourquoi ? Parce qu’elle est littéralement allergique à… quasiment tout. Respirer l’air ambiant lui provoque des crises de paniques et des allergies cutanées assez impressionnantes. De cette vie de prisonnière, elle ne côtoie que son frère Gyuri et le personnel d’un centre qui fait régulièrement des tests sur elle pour connaître l’origine de son mal. Son quotidien est bouleversé par l’arrivée d’András, un psychiatre engagé par une compagnie en procès pour savoir si l’état d’Éva est causé par leurs produits chimiques. D’abord simple relation professionnelle, Éva et András vont se rapprocher, ce qui attire les foudres de Gyuri qui voit l’influence du psychiatre d’un mauvais œil.

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