La communauté asiatique au cinéma : whitewashing, racisme anti-asiatique… il y en a marre

Le 7 novembre prochain, « Crazy Rich Asians » débarque dans les salles. Décrit comme le film phénomène (dixit l’affiche), sa promotion se fait pourtant bien discrète en France – malgré les excellents retours et chiffres chez nos amis américains -. Pourtant il y a de quoi se réjouir avec ce film, voilà 25 ans qu’Hollywood ne nous avez pas pondu un film mainstream au casting 100% asiatique. L’heure de nous poser de vraies questions alors qu’on exprime de plus en plus notre envie de diversité au cinéma, la communauté asiatique a encore bien du mal à se faire représenter sur grand écran entre whitewashing à répétition et un racisme anti-asiatique qui a trop longtemps été normalisé (surtout de par chez nous et encore récemment avec une nouvelle comédie française qui vient pointer le bout de son nez et qui a de quoi nous mettre en rage). 

Les articles coups de gueule sont devenus monnaie courante ici vous commencez à avoir l’habitude mais quand il faut râler parfois il faut y aller à coup de bulldozer pour se faire entendre (et encore). Mais remettons tout d’abord les choses dans son contexte. 

J’ai du sang 100% vietnamien (oui même si mon nom ne le fait pas du tout supposer). Arrivée en France à l’âge d’un mois et désormais française, j’assume totalement mes origines et j’en suis fière. Et évidemment depuis mon plus jeune âge j’ai eu le droit à ces remarques et ces « blagues » qui ne font rire finalement que les cons qui la sortent. Je vais vous les épargner mais vous les imaginez facilement parce qu’évidemment tout ce que fait un asiatique c’est manger du riz, fabriquer des iPhones, des Nike et avoir les yeux bridés (je vous rassure je ne fais ou suis aucun des trois même si fabriquer des iPhones me seraient bien utiles); sans oublier le fameux « ching-chang-chong » qui apparemment serait un moyen universel de communiquer avec les asiatiques – des asiatiques qui sont tous forcément chinois aussi -. Des clichés qui ont la vie dure mais qui me sont toujours passés au-dessus. Puis je me suis intéressée au cinéma et force est de constater que si on ne va pas voir de films japonais/chinois/coréen et bien il est rare de voir des asiatiques à l’écran (bon à part dans « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu » et honnêtement la question se pose encore) autant dans les productions françaises que américaines. Mais ce qui m’a fait tilter c’est le dernier film de Michel Blanc « Voyez comme on danse » où dans le film – sans vous spoiler quoique ce soit même si l’envie est très grande pour vous dissuader de voir le film – une jeune fille évoque une relation avec un vietnamien qui déboucherait sur un enfant. Ni une, ni deux, la mère nous sort une vanne bien sentie à base de « Il aura les yeux bridés » et « On pourra manger des nems ». Résultat ? Des éclats de rire dans la salle et à l’écran aucun personnage pour relever ces propos et les qualifier de raciste. Bah oui c’est bien connu les blagues sur les asiatiques ne sont pas racistes. 

Est-ce que le racisme anti-asiatique existe ou serait-ce un simple mythe que les asiatiques ont crée pour avoir enfin un peu d’attention ? On réclame la diversité au cinéma, on condamne les propos racistes envers la communauté africaine, arabe mais les asiatiques dans tout ça ? Sont-ils condamnés à subir ce racisme normalisé à perpétuité ? Cet art si important et si puissant qu’est le cinéma ne pourrait pas régler ou au moins participer à la solution de ce problème ? Visiblement non, en tout cas pas en France où utiliser de vieux clichés sur les asiatiques pour en faire des blagues qui sont visiblement encore de bon goût ou employer des acteurs asiatiques dans des seconds rôles histoire de se donner un petit peu bonne conscience.

Et le whitewashing on en parle ?

Et du côté de nos amis américains le constat n’est pas vraiment mieux puisqu’ils sont devenus en quelques années les rois du whitewashing (technique qui consister à caster des acteur.rice.s blanc.he.s pour des rôles d’autres ethnies). Comble de tout ça, ce whitewashing a commencé en 1962 où dans « Diamants sur canapé » c’est Mickey Rooney qui incarnait Monsieur Yunioshi, le voisin japonais du personnage incarné par Audrey Hepburn. D’autres exemples peuvent encore être cités que ce soit « Aloha » en 2015 où Emma Stone incarnait une jeune fille d’origine chinoise et hawaïenne ou plus récemment « La Grande Muraille » avec Matt Damon dans le rôle principal érigé en tant que sauveur blanc de la population chinoise, l’adaptation cinéma de « Ghost in the Shell » avec Scarlett Johansson dans le rôle titre (très japonais tout ça me direz-vous) ou encore Tilda Swinton dans « Doctor Strange ». Pourquoi si peu d’asiatiques pour des films où justement il devrait y en avoir ? En 1969 Bruce Lee disait : « À Hollywood, dans les films, il y a un standard de beauté et de succès, c’est le Blanc et rien d’autre. Jamais un Chinois n’aura le premier rôle dans leur cinéma, jamais un Chinois n’aura le rôle de séducteur. ». Et finalement aujourd’hui rien n’a changé. Un asiatique veut un premier rôle dans un film hollywoodien ? Ils n’ont plus qu’à faire comme Jackie Chan qui fait toujours partie des producteurs de ses propres films à l’image de « The Foreigner » et qui, soyons honnêtes, est aujourd’hui la seule figure asiatique bankable du 7e art. 

Un whitewashing qui fait du bruit sur les réseaux sociaux et notamment l’année dernière après qu’un directeur ai justifié ce phénomène par le fait que les asiatiques n’étaient « pas assez expressifs ». Une déclaration qui a fait scandale sur le net et qui a vu naître le hashtag #ExpressiveAsians. Oui les Asiatiques savent exprimer la colère, la tristesse, la peur… Bref, tout est bon à Hollywood pour se dédouaner. Et comme la machine n’apprend jamais de ses erreurs, le point de non retour était atteint lorsque « Mulan » allait être adapté en live-action (comme 99,9% des Disney désormais). Un casting asiatique pour un film asiatique, avec un premier rôle accordé à une femme asiatique c’est ce qui nous vient en tête. Mais pas pour Disney qui, dans leur première version du film avaient donné le rôle principal à un homme caucasien. Vous aussi vous ne comprenez pas le projet ? Heureusement Disney a depuis rectifié le tir, il n’empêche que le mal et fait et qu’une nouvelle fois Hollywood fait preuve de racisme envers la communauté asiatique (en plus de celle des femmes, bingo).

Mais posons-nous les bonnes questions. Pourquoi aucun asiatique n’est à l’affiche de grosses productions américaines ? Sauriez-vous au moins me citer un.e act.eur.rice asiatique ? Je vais être honnête avec vous, même moi je ne saurais répondre immédiatement à cette question. Pourquoi ? Parce que le public a besoin de se rattacher à une figure connue. Parce que les studios veulent sortir des films rentables et pour cela il faut des têtes d’affiches alléchantes. Parce que Ghost in the Shell c’est plus vendeur avec la charismatique Scarlett Johansson. Parce que – c’est bien connu – les noms asiatiques sont plus difficiles à retenir. Et oui l’industrie du cinéma demande à ses acteurs asiatiques de changer de noms parce qu’ils sont compliqués à retenir comme l’explique Ki Hong Lee (La saga « Le Labyrinthe ») dans cette vidéo : 

En cadeau je vous offre quelques chiffres absolument accablants : en 2016, 44 des 100 films les plus rentables aux Etats-Unis n’avaient aucun acteur asiatique au casting et quant aux 56 autres, ils n’étaient que des rôles secondaires (voire tertiaire, bref le chien du voisin d’en face était plus filmé que ce pauvre acteur asiatique dont on ne se souvient même pas le nom). Et du côté des séries ce n’est pas vraiment mieux puisqu’à la prestigieuse cérémonie des Emmy Awards, il aura fallu attendre cette année pour voir Sandra Oh nommée dans la catégorie meilleure actrice dans un rôle principal. Et quand on pense que tout va – un chouïa – mieux pour la communauté asiatique, il y a toujours Jean-Paul et sa bande de copains (ou toute autre personne portant un tout autre prénom évidemment sinon on va m’accuser de racisme envers les Jean-Paul ) pour venir taper dans le tas. Dernière victime en date ? Kelly Marie Tran, connue pour son rôle dans la nouvelle trilogie de « Star Wars ». Véritable pionnière et exemple pour toute une communauté, la jeune femme s’est vue dans l’obligation de supprimer son compte Instagram après avoir subi une vague de racisme sans précédent. Dans une tribune publiée dans le New York Times, Kelly Marie Tran lève la voix pour défendre ses origines, qui elle est et clame haut et fort qu’elle « veux vivre dans un monde où les enfants de couleurs ne passent pas leur adolescence à rêver d’être blancs ». 

Et quand on pensait qu’Hollwood avait enfin compris la leçon, les voilà de retour avec leur whitewashing avec « To all the bon I loved » diffusé sur Netflix avec en tête d’affiche la jeune actrice vietnamienne Lana Condor a bien failli être whitewashé si l’actrice du roman qui a inspiré le film ne s’était pas bataillé bec et ongle contre la majorité des studios qui refusaient d’attribuer le rôle principal une Asio-Américaine. Chassez le naturel…

À l’heure où le public se lève pour défendre un cinéma différent, où le racisme est de plus en plus condamné et où l’on devrait être fier d’exposer nos différences et nos origines, la communauté asiatique souffre encore énormément de cette sous-représentation (quasi-nulle même) entre un whitewashing en bonne et due forme de la part d’Hollywood et une sous-estimation des acteurs et actrices asiatiques dans le cinéma français doublé d’un racisme anti-asiatique totalement normalisé, le cinéma et la société ont encore pas mal d’efforts à faire. Espérons que « Crazy Rich Asians » emboîtera le pas pour nous offrir plus de représentations asiatiques au cinéma et pas seulement l’épicier du coin ou le professeur de kung-fu pour notre génération et celles à venir qui ont besoin de s’identifier à travers le cinéma. Non les asiatiques ce ne sont pas que Bruce Lee et Jackie Chan. Ce sont Kelly Marie Tran, Daniel Dae Kim, Harry Shum Jr, Ki Hong Lee, Frédéric Chau, Lana Condor, John Cho et tant d’autres qui n’attendent que d’être mis en lumière par une industrie qui les a trop longtemps relégué au second plan. 

Désolé j’ai ciné #7 is out !

Mais que ces deux mois furent long sans vous ! Et comme je sais qu’il n’y a qu’une seule chose vous attendiez, il est là, le nouveau numéro de Désolé j’ai ciné, tout beau, tout chaud directement dans vos mains – ou plus précisément sur vos écrans -. Et pour ce numéro nous revenons sur la carrière oh combien intéressante de Ryan Gosling. On vous a concocté quelques critiques, la critique en avant-première de « First Man » s’il-vous-plaît et encore de bien jolis portraits. J’en profite pour remercier chacun d’entre vous car le précédent numéro a dépassé les 6 600 vues ce qui est… fichtrement incroyable et réjouissant pour nous de voir que vous appréciez notre travail.

En espérant que ce numéro vous plaise tout autant ! Allez filez donc le lire !

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[FOCUS] Analyse de Call me by your name

Sorti fin février dernier, Call me by your name était le petit évènement ciné de ce début d’année après un bouche-à-oreille qui aura duré près d’un an et qui aura permis au film de rencontrer un joli succès autant critique que public et de rafler au passage l’Oscar du meilleur scénario adapté. Avec sa sortie en DVD et Blu-Ray prévue pour le 4 juillet prochain, l’occasion était trop belle – et puis faut-il vraiment une raison pour parler de ce film ? – pour revenir plus en détail sur l’un des plus beaux films de cette année, d’en faire une petite analyse en bonne et due forme et peut-être vous dévoiler quelques petits détails qui vous ont peut-être échappé. Lire la suite de « [FOCUS] Analyse de Call me by your name »

Je suis une femme, je suis cinéphile et je vous emmerde

Le cinéma, ton univers impitoyable… Encore plus à Cannes si vous saviez. Aujourd’hui je décide de prendre la plume – ou plutôt le clavier – et faire un petit aparté parmi le flot de critiques qui arrive et après deux semaines cannoises intensives qui ne se sont pas déroulées exactement comme prévues. L’heure pour moi de prendre enfin la parole, de vous raconter mon expérience et peut-être enfin mettre les points sur les i chers messieurs.

Dans la nuit du 17 au 18 mai, alors que je baladais tranquillement sur la Croisette, j’ai été pris à parti par un groupe de gars, ils devaient être quatre ou cinq je n’arrive même plus à me souvenir tant le moment fut d’une extrême violence. Non pas physiquement mais moralement et psychologiquement. Certainement un brin bourrés, ces jeunes garçons ont décidé de m’insulter de tous les noms, visiblement ils me connaissaient sur Twitter et ont eu un certain plaisir à me dire que je faisais de la merde, que j’étais une cinéphile de merde, que je devais arrêter ce que je faisais sans compter les « t’es dégueulasse », « tu réussiras jamais » j’en passe et des meilleures. Très heureux de leur petite « intervention », les voilà repartis comme si de rien n’était. Et pendant qu’eux étaient certainement partis se boire une énième pinte en se marrant, je retournais à l’appartement blessée et dévastée sur le coup parce que c’est d’une violence inouïe, parce qu’on a beau se dire que ce ne sont que des conneries, sur le coup ça pique quand même un peu.

Dieu merci j’avais à mes côtés des colocataires d’enfer qui m’ont soutenu autant à l’appartement que sur Twitter (hello l’équipe Cinématraque, Pauline et tous ceux qui m’ont soutenu sur Twitter vraiment vous êtes tous autant incroyables les uns que les autres). Il n’empêche que cette histoire – une histoire parmi tant d’autres vu tout ce qu’on entend tous les jours – place de nouveau le sujet de la femme dans le milieu cinématographique. Là où de grands évènements sont censés célébrer et soutenir la femme comme le Festival de Cannes – qui s’est contenté cette année d’une montée des marches pour les 82 femmes présentes en compétition officielle depuis la création du Festival… sur plus de 1600 hommes ou encore plus hypocrite, l’organisation d’une masterclass avec Gary Oldman et la présence de Lars Von Trier -, il n’en est finalement rien. Et malgré les hashtags #MeToo, #BalanceTonPorc et des paroles qui se libèrent petit à petit, rien ne semble vraiment bouger. 

Pourquoi est-ce qu’un groupe de garçons viendrait importuner une fille ? Pourquoi viennent-ils s’attaquer à une seule personne sans défense, qui ne leur a rien fait pour lui cracher des saloperies en tout genre ? Est-ce qu’un groupe de garçons ferait ça envers un autre garçon ? Et surtout la question qu’on se pose depuis toujours, pourquoi est-ce à nous les filles de se justifier d’être cinéphile ? J’avais déjà fait un thread sur Twitter dans lequel je référençais toutes les questions que j’ai pu recevoir où on me demandait toujours la même chose : pourquoi tes critiques sont courtes ? Tu penses pouvoir réussir dans ce milieu ? Tu as vu Truffaut et Godard pour te prétendre cinéphile ? 

Est-ce que ce genre de questions sont posées aux hommes ? Non. Est-ce que ça vient se plaindre lorsqu’un site spécialisé n’écrit que dix lignes sur un film ? Non ? Alors pourquoi nous en tant que femmes nous avons le droit d’être constamment jugées ? Jugées sur la qualité de nos écrits, sur la pertinence de ce qu’on dit, jugées sur ce qu’on pense parce qu’évidemment si on aime un film c’est parce que l’acteur principal est beau. Est-ce qu’on pense immédiatement à ça lorsqu’un homme dit qu’il a aimé Tomb Raider ? Il a aimé le film parce qu’Alicia Vikander est belle ? Non, parce que ça ne vous vient pas à l’esprit. Parce qu’un critique homme passe entre les mailles du filets et parce que oui, être une femme c’est compliqué mais être une femme cinéphile ça l’est encore plus.

Je ne prétends pas connaître l’histoire du cinéma sur le bout des doigts, je n’ai pas vu toute la filmographie de Godard, ni celle de Truffaut, je préfère aller à l’UGC qu’à la cinémathèque, parfois je préfère aller voir une comédie française plutôt qu’un film d’auteur. Mais qu’est-ce que ça peut vous foutre au final ? Qu’est-ce qui vous gêne tant dans le fait qu’une femme écrive des critiques cinéma ? Je n’ai pas à rougir de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que je pense. Je n’empêche personne de ne pas penser comme moi, je n’empêche personne de ne pas aimer mes critiques, je ne viens pas vous importuner alors pourquoi vous vous permettez d’importuner ? Ah oui la liberté d’importuner… Apprenez la différence entre liberté d’échanger de manière constructive et d’importuner quelqu’un en pleine rue pour l’insulter. Apprenez le respect, on ne vous en demande pas tellement, vous qui nous en demandez toujours plus. Sois belle, sois efficace, sois propre, sois organisée, sois sage, sois drôle mais ne l’ouvre pas trop quand même. Ah et surtout ne joue pas les victimes, oh grand dieu ne joue pas les victimes voyons. L’un des premiers messages que j’ai eu après que j’ai raconté mon altercation sur Twitter ? Un monsieur qui me disait que ces jeunes gens avaient forcément une raison pour venir m’importuner de la sorte. C’est vrai c’est toujours de notre faute. En fait on avait qu’à pas être une femme tout simplement. Shame on us…

Alors on essaie de se faire une petite place discrètement, sans gêner trop de monde. Pourtant on devrait avoir le droit de s’exprimer, d’être fière d’être cinéphile et d’être passionnée. Moi je le crie haut et fort, j’ai un site, j’ai un magazine en ligne, j’ai une chaine Youtube, j’ai peut-être pas la science infuse, je n’ai peut-être pas une culture aussi large que d’autres – je le sais et je le reconnais volontiers – mais bordel je suis là, j’écris, je suis passionnée – parfois un peu trop, les twittos sauront de quoi je parle – et je suis fière de faire ce que je fais là, maintenant. J’ai fini d’écrire mon premier scénario, je fais ce qu’il faut pour qu’il soit tourné incessamment sous peu et je bouffe du film, h24. J’aime ça, je ne vais pas me cacher pour les beaux yeux de quelques garçons aux couilles bien trop molles et qui ont besoin de se mettre en groupe pour venir agresser quelqu’un. Je n’ai pas envie de m’abaisser devant eux, je n’ai pas envie d’abandonner à cause d’eux mais au final je reste une femme et pour l’instant la société le voit toujours comme un handicap. Tant pis, nous avancerons quand même, en espérant que les choses changent, que les mentalités évoluent et que les hommes évoluent. 

Prenons un exemple tout récent d’un collaborateur qui était très cher à mes yeux que je viens de virer. Parfois un peu lourd et insistant avec moi j’ai laissé coulé – alors que je n’aurais peut-être pas dû mais mes silences en disaient déjà long -. Quelle a été ma surprise quand, au détour d’une conversation, j’ai découvert que ce monsieur (déjà âgé d’une quarantaine d’années) importunait bien d’autres filles en plus de moi. Toujours des jeunes, toujours des cinéphiles. Le bougre est malin, il vous prend par les sentiments, vous fait croire que votre travail l’intéresse vraiment… Si c’était vrai il ne vous enverrait pas de messages salaces ou de propositions indécentes. Il l’a fait, pendant plusieurs mois en pensant rester impuni, en pensant qu’il passerait entre les mailles du filets, malheureusement pour lui il a été démasqué et maintenant il fait l’innocent. Un piratage Facebook, un piratage Twitter… Tout est bon pour justifier son comportement non ? Je ne jouerai pas le jeu du #BalanceTonPorc car il se reconnaîtra et les gens qui ont travaillé avec lui aussi. Ah et oui, ce sont eux les victimes, jamais nous ne l’oubliez pas. Cet exemple n’est qu’une goutte d’eau dans ce déferlement de pervers/insistants/dragueurs auquel on a le droit tous les jours. Non on ne fait pas de messages à double sens, non on envoie pas de photos de ses parties intimes, non on ne propose pas de boire un verre dès le premier message et oui on aimerait bien avoir un peu la paix de temps en temps. Aujourd’hui on a peur, peur d’écrire quelque chose, peur de dire quelque chose, peur de poster une nouvelle photo de profil sur Twitter et de recevoir des dizaines de messages bizarres par la suite. Bordel laissez-nous vivre et arrêtez de nous accuser de tous les torts. Laissez-nous porter un short, laissez-nous être en maillot de bain, laissez-nous nous maquiller, laissez-nous parler de sexe librement sans nous prendre pour des filles faciles, laissez-nous être l’égal de l’homme. 

Ne vous méprenez pas, tous les hommes ne sont pas concernés par ce coup de gueule, loin de là et on a beau vouloir être indépendante, cette indépendance et ce respect passe par vous messieurs. Soyez intelligents, défendez-nous lorsque vous voyez une injustice, ne fermez pas – plus – les yeux. Durant ces dix jours à Cannes, j’ai découvert dans notre petite coloc quatre garçons absolument formidables, qui soutiennent la cause de la femme, qui savent et comprennent ce qu’on endure, qui nous défendent sur les réseaux sociaux et vous savez quoi ? C’est extrêmement flatteur et salvateur de côtoyer ce genre de personnes alors s’il fallait en profiter, je remercierai les twittos hommes intelligents qui n’ont jamais sous-estimés la femme, la coloc de la team Cinematraque (Gaël, David, Julien & Wade) et le futur Président du Festival de Cannes Theo. Ce sont des gens comme ça dont on a besoin, c’est à vous de nous aider à faire bouger les lignes parce que toutes seules on ne nous entend pas (ou on ne veut pas) et de savoir qu’à nos côtés on a des hommes qui soutiennent notre cause nous prouve que ce monde n’est pas totalement perdu.

Alors en attendant d’un quelconque changement durable, on continuera à se battre, à écrire, à défendre ce qu’on aime. On continuera à s’habiller comme on veut, à poster de nouvelles photos de profil parce qu’on se sent jolie et à ne jamais restreindre notre parole face à vos couilles molles et à tous ceux qui nous critiquent, on le dit haut et fort : « Je suis une femme, je suis cinéphile et je vous emmerde ».

[FOCUS] Avengers Infinity War : Faisons le point

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Infinity War, le troisième opus d’Avengers, marquera les dix ans du Marvel Cinematic Universe. Le MCU, ce sont dix-huit films (Infinity War sera le dix-neuvième) et une galerie de personnages bien fournie dont on retrouvera une grande partie au générique de ce que Marvel présente comme « le cross over le plus ambitieux de tous les temps ». Mais où en sont nos héros depuis leur dernière apparition ? Si tu n’as pas le temps de revoir tous les films du MCU avant le 25 avril, voici pour toi un petit point sur la vie de chacun d’entre eux depuis les derniers épisodes… (Je précise que je pars du principe que certains n’ont pas vus les bandes annonces d’Infinity War, afin de ne pas spoiler ceux qui souhaitent conserver l’effet de surprise totale.) Lire la suite de « [FOCUS] Avengers Infinity War : Faisons le point »

[PORTRAIT] Armie Hammer : Le mésestimé d’Hollywood

« C’est ton moment ». Armie Hammer l’a entendu maintes et maintes fois – et pourtant à juste titre – mais l’acteur de 31 ans n’a jamais encore réussi à transformer l’essai et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais malgré ce manque de reconnaissance flagrant de la part de l’industrie hollywoodienne, le garçon a toujours su choisir ses rôles, sans s’enfermer dans un genre pour finalement entre-apercevoir – enfin – un peu de reconnaissance pour sa performance dans Call me by your name. Lire la suite de « [PORTRAIT] Armie Hammer : Le mésestimé d’Hollywood »

[PORTRAIT] Timothée Chalamet : Le it-boy de 2018

Encore inconnu au bataillon l’année dernière (malgré ses apparitions dans Interstellar et la série Homeland entre 2012 et 2014), Timothée Chalamet est sur le point de devenir le it-boy du grand écran. À seulement 22 ans, le jeune homme à la gueule d’ange peut se targuer d’attirer tous les regards – et au passage la plupart des récompenses – pour son rôle d’Elio dans le déjà acclamé Call Me By Your Name (dans les salles obscures françaises le 28 février prochain). Lire la suite de « [PORTRAIT] Timothée Chalamet : Le it-boy de 2018 »

[FOCUS] The Room au Grand Rex : Une soirée placée sous le lancer de cuillères

« Oh hi Mark ! », « I did not hit her ! », « You tearing me apart ! »… Pour beaucoup ces répliques ne leur disent rien mais pour les vrais, pour ceux qui étaient au Grand Rex le 15 et le 16 février dernier c’est tout un symbole. Avec la sortie prochaine au cinéma de The Disaster Artist, il était plus que bienvenue que le Grand Rex nous propose deux soirées exceptionnelles en présence de Tommy Wiseau et Greg Sestero pour nous présenter The Room. Le nanar des nanars, le film le plus génialement nul et surtout une occasion toute particulière de vivre une séance de cinéma… ubuesque. Lire la suite de « [FOCUS] The Room au Grand Rex : Une soirée placée sous le lancer de cuillères »

[PORTRAIT] : Edgar Wright, Le fantastique cinéaste geek

Dans la catégorie des cinéastes geek (rien de péjoratif là-dedans), Edgar Wright est sans doute le plus attachant à suivre de la dernière décennie :  un authentique fan de cinéma, de comics et de jeux vidéos, qui l’assume et qui, cerise sur le gâteau, arrive à retranscrire cette  » geek attitude  » face caméra, avec une facilité déconcertante, à l’instar de Sam Raimi et Peter Jackson
Dès son plus jeune âge, le virus du septième art a envahit l’existence de ce natif de Dorset, petite ville du comté de Somerset qui sera vite célébré par le bonhomme dans ces premiers essais. Né dans le milieu des années soixante-dix, il arrive à point nommé pour se laisser emporter par la vague de l’émergence de la vidéo, mais surtout par le raz de marée Star Wars.
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[PORTRAIT] : Michelle Williams, égérie mélancolique du cinéma indé

Michelle Williams est l’une des plus belles et des plus talentueuses actrices de ces vingt dernières années.. tout simplement.
A l’aube de ses quarante ans (bon, elle a encore de la marge), la belle blonde s’est constituée une carrière aussi riche en rôles d’envergures que férocement imposante sur la scène du septième art ricain, à tel point qu’elle nous donne férocement l’impression d’avoir vécu plusieurs vies devant nos yeux – souvent – ébahis.
Icône des teenagers, atout de charme auprès de grands cinéastes ou encore représentante de poids du grisant cinéma indé US : l’actrice a tout joué, tout vécue sur le grand écran, comme dans la vie.

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