P’tit Quinquin : Pas le temps de philosopher

En 2014, Bruno Dumont réalise déjà depuis plus de 10 ans des films empreints de philosophie dans une démarche radicale autant dans son fond que sa forme. Personne ne s’attendait donc à une mini-série de sa part sur Arte et encore moins une comédie, loin des drames sérieux et psychologiquement violents auxquels il nous a habitués. Pourtant, les connaisseurs du monsieur ne seront pas si perdus puisque ce n’est ni sa méthode de travail ni sa mise en scène qui est modifiée mais seulement le genre dans lequel il travaille. Comme un peintre, il ajoute une nouvelle couleur à sa palette en l’adaptant à son cadre, celui du milieu rural de la Côte d’Opale, et à ses sujets, l’inhérente violence de l’Homme autant que sa douceur et sa sensibilité. 

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Monty Python’s Flying circus : Absurde jusqu’à la moelle

Faut-il encore présenter les Monty Python ? Leurs films sont reconnus depuis des années (nous en avons même parlé lors de notre incursion chez Terry Gilliam) et les membres sont au génie absurde ce que Kev Adams et Gad Elmaleh sont aux funérailles de l’humour : les meilleurs représentants du genre. Mais si beaucoup de personnes les connaissent par le biais de longs-métrages comme Sacré Graal , La vie de Brian ou encore Le sens de la vie, il est souvent occulté que leurs armes se sont aiguisées à la télévision par le biais de l’émission Monty Python’s Flying Circus , diffusée sur la BBC entre 1969 et 1974.

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Sans fin : A ghost story

Cinéaste essentiel et existentiel, Krzysztof Kieslowski n’a eu de cesse durant sa carrière de mettre l’humain face à ses tourments, à la réalité du monde qui l’entoure, que ce soit ses personnages ou le spectateur. Après une œuvre tournée vers le social, à travers des documentaires notamment, il marque avec Sans fin une rupture dans son approche cinématographique, en mêlant le spirituel au concret.

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Rétrospective Tsui Hark #4 : La légende renaît

Nous avons vu que la rencontre de Tsui Hark avec John Woo avait été déterminante pour sa carrière de producteur et sa société Film Workshop. Une autre rencontre revêt une importance capitale, avec l’acteur et artiste martial Jet Li. Pratiquant des arts martiaux depuis l’enfance, champion national de Wushu (boxe traditionnelle chinoise) cinq fois d’affilée, il devient une star en Asie à l’âge de 19 ans grâce à la série des Temple Shaolin (Le Temple de Shaolin et Les Héritiers de Shaolin). L’acteur et le réalisateur collaborent pour la première fois avec The Master, une expérience de triste mémoire pour Tsui Hark. Ils réitèrent néanmoins leur association pour ce qui devient instantanément une révolution du cinéma d’arts martiaux.

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La Reine Margot : d’amour et de sang

Marguerite de France, dernière des Valois, est sans aucun doute l’une des figures les plus emblématiques et connues de l’Histoire de France. Diffamée par les uns, acclamée par d’autres, Dumas la fait passer au rang d’icône dans La Reine Margot et crée sa légende noire par la même occasion. Reprenant sans vergogne les rumeurs véhiculées par les ennemis de Marguerite à son époque, le livre la dépeint comme atteinte de tous les vices, de la luxure à l’inceste en passant par la trahison, et c’est également ainsi que choisira de la représenter Patrice Chéreau dans son film qui, presque trente ans après sa sortie, continue à faire couler beaucoup d’encre.

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L’échine du diable : Fantômes de la guerre, Monstres de notre monde

La fiction a de cette puissance qu’elle permet de mieux se réapproprier une réalité pour en discerner tous ses regrets, ses hantises, ses craintes et ses beautés. À l’aune du cinéma fantastique contemporain, Guillermo del Toro fait partie de ces modèles qui érigent, dans le terreau du cinéma de genre, des réflexions certes ancrées dans leur historicité mais résonnant avec logique dans les événements du moment. Reparler L’échine du diable dans un monde occidental marqué par la résurgence du terrorisme et plonger dans une quête de puissance toxique permet de mieux comprendre, par un prisme lié de loin certes, une forme de résonance temporelle plutôt amère, à l’image du film entier. Dans un monde en plein bouleversement, quel regard semble plus pertinent que celui d’un enfant ne sachant capter que par morceaux l’univers qui se fracture devant lui ?

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Virgin Suicides : when was that she cried ?

L’adolescence est probablement un des moments les plus importants de la vie d’une personne. Pour chacun·e, c’est le moment de la découverte, des premières fois, de la rêverie et de l’exploration de son identité. Si tout cela est difficile, être une fille à cet âge charnier rajoute une couche supplémentaire d’obstacles : la désillusion qu’entraîne le constat d’une société sexiste, l’enfermement dans des préjugés dès le plus jeune âge, l’omniprésence du regard masculin, la liste est assez longue. Plusieurs cinéastes ont tenté de transposer ces sentiments à l’écran (Breakfast Club, Mean Girls, Heathers, etc.) mais malgré des efforts évidents, toutes ces représentations sont parasitées par la chose même qu’elles tentent de dénoncer : le regard masculin permanent et déformant tout propos. Il était donc nécessaire qu’une femme vienne s’attaquer au sujet, ce qui arriva en 1999 de manière plutôt surprenante avec le Virgin Suicides de Sofia Coppola, adapté du roman du même nom de Jeffrey Eugenides.

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Cure : Qui es-tu ?

Loin des sentiers battus du film policier américain, les contrées japonaises ont toujours révélé une part différente aux films de genre dans des contes moraux. Kurosawa Kiyoshi en est un des grands représentants, que cela soit dans le mélodrame, le film d’horreur ou le thriller, il excelle dans sa représentation des questions philosophiques de notre quête humaine. C’est en 1997 qu’il est révélé au monde entier par ce qu’on pourrait nommer un polar métaphysique, Cure.

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L’illusionniste : comme un souvenir qui s’efface…

Le temps passe, sans repos, sans arrêt, sans compromis. Tandis que les secondes qui s’égrènent deviennent minutes, heures, jours, semaines, mois, années, les destins avancent, bougent et cherchent désespérément à trouver leur place dans un monde en constante évolution. C’est le cas de notre héros, L’illusionniste qui donne son nom au film de Sylvain Chomet. Cette caractérisation ne se faisant que par cette figure appuie une inamovibilité caractéristique qui souligne tout l’enjeu du long-métrage : trouver son rôle dans un univers qui change et semble vouloir peu à peu effacer tout ce qui faisait briller les âges d’avant.

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The Lobster : Dérives malsaines de l’amour

Premier film en langue anglaise du réalisateur grec Yórgos Lánthimos, The Lobster marque une nouvelle étape dans la (jeune) carrière du cinéaste en offrant une expérience intense, immersive, généreuse saupoudrée par le cynisme de son auteur.

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L’avventura : Vague à l’âme

À l’aube de la décennie de toutes les révolutions – les années soixante –, une poignée de cinéastes, européens principalement, a propulsé le septième art dans une autre dimension pour amorcer ce qui fut appelé le « nouveau cinéma ». Parmi eux, Michelangelo Antonioni s’est particulièrement démarqué grâce, entre autres, à son passage à Cannes en 1960 avec L’avventura. Hué pendant la projection, mais récompensé du prix du jury à l’issue du Festival, ce film agit tel un pivot tant dans la filmographie de son auteur que dans l’histoire du cinéma. Comme si, en embrassant une certaine radicalité stylistique, Antonioni embarquait avec lui cet art vers d’autres horizons.

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Ménage : de l’art d’entretenir

Il peut parfois paraître difficile de mettre le doigt sur les motivations d’un auteur, sur ce qui le pousse au cinéma, à la mise en images d’une histoire, de ses personnages et de leurs dialogues. Pourtant, il suffit très souvent de retourner aux premiers films d’un réalisateur pour comprendre les fondations d’une œuvre, aussi variée soit-elle. Parce que la filmographie d’un cinéaste comme Pierre Salvadori nous semble digne d’intérêt, on cherche à cerner dès notre premier visionnage, ce qui peut être – ou non, le fil rouge de tous ses prochains courts ou longs métrages. Et pour cela, quoi de mieux que de se pencher sur son premier essai en tant que metteur en scène : Ménage.

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Colorado : spaghetti sauce Sollima

Cuchillo Sanchez, jeune « péon » mexicain est accusé à tort du viol et du meurtre d’une fillette de 13 ans. Jonathan Corbett, vieux cowboy candidat aux élections sénatoriales et chasseurs de primes au tableau de victimes bien garni, est réquisitionné pour pourchasser le pauvre innocent. Le fugitif et le chasseur surnommé « Colorado », ne tarde pas à se retrouver. Sous ses airs d’énième western spaghetti à la trame et à la profondeur éculée, Colorado de son titre original La resa dei conti (comprendre règlements de comptes) est une œuvre bien plus grande et complexe.

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Le Grand Silence : Western glacial

Sous-genre du western né en Italie au début des années 60, le western spaghetti se démarque du western issu des États-Unis par une déviation des codes du genre. Dans le western spaghetti, la chaleur est suffocante, les personnages sont crades, la sueur et le sang débordent dans le cadre, les films sont pleins d’une violence excessive et d’un style fantasque. Le genre reverse l’idéologie du western américain. Les héros sont souvent des anti-héros se dressant contre l’ordre établi. Si l’on pense immédiatement à Sergio Leone lorsque l’on évoque le genre, d’autres cinéastes non moins importants y ont œuvré.

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[PIFFF 2021] Séances interdites : Le bon goût en toutes circonstances

Parmi les impératifs de nos éditions du PIFFF, la Séance Interdite est un peu comme celle de minuit (tronquée contre la Nuit de 10 ans cette année, présentant trois long-métrages cultes. On ne se plaint pas !), l’incontournable où les plus assidu·es viennent prendre leur lot de sensations fortes, de rations d’hémoglobine et de bizarreries en tous genres. Cette année, double programme venu d’Asie, ce sont les fameux Ebola syndrome (1996), et Evil dead trap (1988) qui offrent les hostilités de ce vendredi soir. Deux propositions bien différentes, mais qui partagent un amour pour l’hors-normes.

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