Blood : C’est la goutte de sang qui fait déborder la poche

Cette année Deauville nous a targué non pas d’un, ni de deux mais de trois films interdits aux moins de 16 ans. Alors que La Tour devrait être interdit tout court et que X nous a fait frissonner à bien des égards, Blood a décidé de jouer la carte du vampirisme pour le meilleur… mais aussi un peu pour le pire.

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God’s Country : Le territoire des alphas

D’événements que nous suivons de loin, il est difficile de considérer les impacts, et surtout les traumas qu’ils peuvent générer chez les concerné·es. L’ouragan Katrina, et ses 1 800 mort·es, est un exemple d’un pays en crise, qui a refusé d’envoyer des secours pour les populations noires, et où la police avait pour ordre de tirer à vue sur les pilleur·ses. De ce désastre humain, nous n’en voyons que l’impact psychologique sur les rescapé·es, qui gardent sous silence leur affliction et sont des bouilloires ambulantes, prêtes à exploser à tout instant.

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At The Gates : Paranoïa commune

Lorsque l’immigration clandestine mexicaine est vue comme la promesse d’un El Dorado par les même immigré·es, la douche est souvent froide quand l’intégration est difficile, que les nationalités sont difficiles à obtenir, les boulots forcément dégradants car seuls disponibles, et que la peur de l’intervention de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) est constante, une épée de Damoclès qui peut survenir à tout moment. À l’orée de lois favorisant l’expulsion des sans-papiers américains, et alors que l’Amérique s’enfonce dans les méandres radicaux générés par l’ère Trump, à qui peuvent se fier ces personnes si leur monde s’embrase ?

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The Silent Twins : Il était deux fois

La figure des jumeaux·elles a toujours fasciné le cinéma qui en a fait bien souvent un objet horrifique – on pense à Shining ou encore Faux semblants. Ici, Agnieszka Smoczyńska s’empare de l’histoire vraie des sœurs Gibbons pour proposer un fascinant portrait fantastique d’amour sororal teinté de mystique.

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Moonage Daydream : Space aligator

Le décès de David Bowie, deux jours après la sortie de l’exceptionnel Blackstar, album dont les thèmes sont centrés sur les adieux de celui conscient de son prochain trépas, a à raison bouleversé les esprits. Le compositeur britannique est de ces figures incontestables dont personne, amateur·ice de sa musique ou pas, ne peut nier l’influence et le talent illimité tant il a traversé les décennies avec brio. Toujours avec une longueur musicale d’avance, premièrement incompris, finalement copié, David Bowie a surtout réussi à jouer sur son image mystérieuse, qu’il a distillé à travers toutes ses interventions artistiques, notamment au cinéma. Le pari fou que propose Brett Morgen avec Moonage Daydream, c’est celui de sonder l’indicible, et de nous offrir un voyage survitaminé dans l’esprit de l’icône.

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Palm trees and power lines : Été sous influence

Après un passage à la Cinéfondation en 2018 avec son court-métrage du même nom, Jamie Dack s’est illustrée au dernier festival de Sundance en remportant le prix de la meilleur réalisatrice dans la catégorie US Dramatic Competition. Et, alors qu’on évoquait l’importance du corps féminin à travers les yeux de celles qui sont concernées dans Body Parts, Palm trees and power lines inscrit définitivement sa réalisatrice parmi les nouveaux talents dont on a hâte de suivre la carrière.

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Scrap : S-crotterie

Moins déconnecté des thématiques liées aux luttes sociales que le « Grand » Hollywood, le cinéma indépendant américain s’empare souvent des sujets brûlants, et apporte un regard de témoin ou de détracteur sur la société qui l’entoure. Dans des festivals comme Sundance ou Deauville, les formes proposées sont simples, souvent pompeuses tant leurs intentions sont forcées, mais offrent dans les meilleures propositions un regard actuel, une voix à celleux qui n’ont pas forcément leur place dans la grande machine. Au milieu d’œuvres faisant parler les minorités, les oublié·es d’un monde trop rapide, on s’attend difficilement à voir Scrap, contre-pied sans cynisme qui voudrait placer les problèmes de pauvres blancs bien riches au même niveau que ceux des personnes qui n’ont pas le dixième de leur confort.

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War Pony – Il était une fois dans la réserve

Il est toujours nécessaire de voir des films qui prennent à bras le corps le sujet des réserves amérindiennes. On se souvient que tout un pan de la société américaine est la plupart du temps mis à l’écart. Dans ces rares films, toujours indépendants, il est intéressant de penser à Wind River de Taylor Sheridan, qui aborde avec une sincère âpreté la vie en réserve. War Pony est quant à lui un film nécessaire et sans ambages qui dévoile l’abandon des amérindiens à travers le chemin de vie de deux personnages.

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Watcher – Fenêtre sur Bucarest

Tout semble présager un film héritier du cinéma d’Hitchcock. Un thriller à la limite du réel, des enjeux puissants élevés par l’interprétation de son actrice principale. Watcher est le premier film réalisé par Chloe Okuno, qui a le droit à son avant-première à l’édition 2022 de Sundance. Pour son premier récit, elle nous emmène en Roumanie où nous suivons la vie d’expatriés américains. Bucarest est inconnue des yeux de Julia, jouée par Maika Monroe, qui accompagne son mari Francis, en partie originaire du pays.

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Lynch/Oz : Le conte à l’heure des comptes

Figure incontournable du film documentaire par sa manière de penser la mise en scène entourant les entretiens qu’il présente, Alexandre O. Philippe a cette capacité de prendre des sujets simples, communs, qui ont souvent été abordés et sur lesquels on pense tout savoir, afin de les mener vers un ailleurs, dresser des parallèles qui rappellent que toute nouvelle lecture offre une façon de concevoir tant l’œuvre abordée que l’art qu’elle sert. The people Vs George Lucas, Memory : the origins of Alien, tant d’archives qui ont permis d’appréhender ces œuvres qui nous sont cultes, et qui ont permis au réalisateur de continuer à s’interroger sur ce qui entoure leur conception propre. Après un entretien filmé où William Friedkin revient sur l’Exorciste, c’est un gros morceau qui attend Philippe, puisqu’il décide de tisser des liens entre Le magicien d’Oz, film cultissime de Victor Fleming sorti en 1939, matrice parfaite du conte américain… et la filmographie de David Lynch.

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Tout le monde aime Jeanne : dépression animée

Il est une pensée qui voudrait qu’en ces temps dits « compliqués », où tout semble aller au plus mal, le rire serait une solution. Or, s’il y a bien un genre duquel notre très cher cinéma français – pour reprendre ironiquement la formule d’un certain critique à l’opinion mal bâtie – n’est pas en reste, c’est bel et bien la comédie. Celles-ci sont nombreuses – des films de Peretjatko à ceux de Dupieux, en passant par Justine Triet –, mais une voix détone particulièrement, par son timbre singulier. Céline Devaux n’en est pas à son coup d’essai, elle s’est déjà distinguée avec trois courts métrages remarquables et remarqués, et il est l’heure pour elle de faire le grand plongeon – à l’image de la première scène de son film –, en éclaboussant le monde du long métrage de ses saillies. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de son style, celle qui a été diplômée de l’ENSAD avec le surprenant Vie et Mort de l’Illustre Grigori Efimovitch Raspoutine se distingue par un humour corrosif, déjanté, et une palette visuelle d’une grande richesse. Prenons-en pour preuve son deuxième court métrage, Le repas dominical – lauréat du César du meilleur court d’animation –, dans lequel Vincent Macaigne hurle en off de manière imprévisible et barrée ses tourments personnels et familiaux, illustrés frénétiquement en dessin animé. Comment ne pas être charmé par cet élan comique venu d’ailleurs ? Un élan, qui invite aussi à réfléchir sur le travail de cette artiste qui fait de la comédie un terrain d’expérimentation autant qu’une expérience cathartique, avec l’animation comme cœur et moteur. Ainsi, Tout le monde aime Jeanne – prolongement de la tentative hybride qu’était Gros Chagrin, son dernier court amène, avec sa fraîcheur douce amère bienvenue, une question intéressante : comment faire rire aujourd’hui ?

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Body Parts : Enquête Xclusive

À l’heure où l’on réclame et où on a besoin de plus de femmes pour raconter avec justesse le corps féminin à l’écran, Kristy Guevara-Flanagan vient faire le point avec son documentaire Body Parts. Aidée d’un joli panel d’intervenant·es diversifié·es, la réalisatrice soulève d’importantes questions pour pousser la réflexion quant à la manière qu’a l’art cinématographique de s’approprier un sujet après un siècle d’éducation par le regard masculin.

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Les Rascals : Retour à Nazi-Land

Dans le banlieue-film, on demande les extensions directes. Ces œuvres qui, si elles ont pour toile de fond l’immigration et la difficulté pour les personnes cantonnées à leur condition de s’exprimer et exister, ne restent pas enfermées entre quatre barres d’immeuble et où la caméra exproprie leurs habitant·es pour les ouvrir au monde. En nous proposant à suivre une bande de copains sans peur, cherchant à s’insérer dans la grande aventure, Les Rascals introspecte les racines réactionnaires d’un pays qui n’a de cesse de répéter ses envolées racistes, désignant pour ennemi commun celui qui pourtant ressemble à tout un chacun.

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Dual : Double jeu

Futur proche. Une personne apprenant sa mort imminente peut choisir de se faire cloner pour que ses proches n’aient pas à affronter le deuil. Véritable éponge, le double a pour mission de se renseigner au maximum pour copier les traits, la personnalité, et s’approprier les goûts de son/sa propriétaire à sa mort, afin que l’illusion soit parfaite. Mais si le clone refusait de se conformer à son identité déjà écrite ? Pire, et si la personne à la mort annoncée s’avérait en rémission, et disposée à finalement continuer le cours de sa vie ? Il y a là un semblant d’épisode de Black Mirror, auquel on rajoute une forte dose de cynisme, un humour étrangement mené mais qui parvient à faire mouche dans son flirt constant avec la noirceur du sujet.

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Aftersun – Papa Don’t Preach

Il est toujours compliqué de filmer l’enfance. Truffaut et Spielberg apparaissent comme des maîtres qui par leurs films saisissent et expriment avec une grande délicatesse ce souvenir. Charlotte Wells n’a pas à rougir quand on découvre son Aftersun qui met en scène Sophie interprétée par la lumineuse Frankie Corio, 11 ans. C’est un formidable duo entretenu également par l’acteur qui joue le père, Paul Mescal qui se dévoile. Une histoire qui intéresse Deauville tout comme la semaine de la critique à Cannes, de toute évidence pour ses images qui témoignent avec sincérité une histoire belle pour son universalité.

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