Peter Von Kant : Fassbinderomania

Il est toujours périlleux de s’atteler, même pour un metteur en scène chevronné tel que François Ozon, au remake, d’autant plus d’un film d’un artiste estimé. S’il avait déjà repris Fassbinder dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (2000), il va plus loin cette fois-ci, en transformant l’une des œuvres cultes du réalisateur germanique, Les larmes amères de Petra Von Kant (1972), en faux biopic exubérant, entre hommage assumé et satire gentillette.

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As Bestas : Acculturation paysanne

À tout juste 40 ans, Rodrigo Sorogoyen est un auteur-réalisateur important en Espagne. Après l’énorme succès critique d’El Reino en 2018 (7 Goya dont meilleur réalisateur) et le semi-échec de Madre en 2020 (malgré une séquence d’ouverture poignante), il vient présenter son premier film au Festival de Cannes 2022. Cette fois-ci, il questionne notre rapport à la ruralité, à l’intégration et au collectif avec l’arrivée de ces deux français dans une commune reculée et sinistrée en Espagne. Un résultat anxiogène souhaité par son réalisateur mais avec certains manques.

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Seules les bêtes : Polar et chansonnette

Dominik Moll et Gilles Marchand (Harry, un ami qui vous veut du bien) reprennent leur collaboration et adaptent librement le roman éponyme de Colin Niel sorti en 2017. Déconcertant, leur film propose une succession de points de vue et promet au spectateur une mécanique du suspens bien huilée.

Tu t’en vas…

Non, nous ne sommes pas partis de la salle obscure bien que les premières minutes de ce thriller fragmenté soient assez déroutantes : quelque part en Afrique, un homme porte un animal sur son dos. Il frappe à une porte. Séquence suivante : une route perdue dans les Causses et un prénom qui s’affiche, celui d’Alice (Laure Calamy); c’est le premier chapitre/personnage ouvrant le fiasco hasardeux auquel nous allons assister.

En bref, Alice trompe son mari Michel (Denis Ménochet) avec Joseph (Damien Bonnard), un brave garçon qui ne sait parler qu’à son chien et à son troupeau. Joseph est un « cas social » comme le dit si bien le bourru Michel (qui se sait cocu de surcroît). Tout ce joli monde cohabite sinistrement dans cet endroit reculé lorsque l’on annonce qu’une femme a disparu (Valeria Bruni-Tedeschi). Arrive alors le gentil gendarme (Bastien Bouillon, vu très récemment chez Sébastien Betbeder dans Debout sur la montagne) qui pose plein de questions mais qui (semble-t-il) ne résoudra jamais rien parce que la femme recherchée est morte et que son corps a été déposé dans la cour enneigée de Joseph, le coupable idéal.

Paniqué (mais heureux ?) Joseph cherche donc à faire disparaître le corps de cette belle femme dans la forêt enneigée… mais c’est sans compter sa légère tendance nécrophile et son amour pour la solitude qui le poussent enfin vers la sortie de tout ce bordel terrestre. Avec la morte, Joseph partage de beaux moments de complicité (si, si !) et ensemble, ils écoutent ce standard incontournable de la chanson française qui a pour titre exhaustif « Tu t’en vas ». Oui, c’est à partir de ce moment-là que l’on accroche vraiment et que l’on se dit « c’est complètement glauque mais je reste ».

Engrenage

Mais alors, qui a tué la morte ? Bah oui, on se le demande tout de même ! Après être passé par la case « Alice » puis la case « Joseph », c’est au tour de Marion d’entrer dans la partie. Mais c’est qui Marion ? Eh bien Marion, c’est la jeune amante de la morte. Mais attention parce que la partie se corse lorsque Marion devient Amandine à Abidjan. Amandine, c’est l’arnaque de Michel. Vous suivez ?

Oui, tout ceci est invraisemblable (et drôle) et comme dans le roman, on nous fait passer d’un point de vue à l’autre pour nous emmener – par le biais de l’irrésistible montage alterné – en pleine séance de maraboutage à Abidjan. Et tout ceci n’est que le fruit du hasard, meilleur ami de la malchance qui aura fait quelques dégâts sur son passage ; reste alors à dénouer le tout par une séquence finale assez cocasse, comme le net contraste du calme revenu après la tempête.

En bref, Seules les bêtes promet aux spectateurs une intrigue bien ficelée (car tirée d’un roman) mais si le titre annonce le mystère, le processus de dévoilement de l’intrigue est quelque peu refroidissant, faute de nous emmener plus loin dans la réflexion sur les vanités de l’espèce humaine.

Seules les bêtes, de Dominik Moll. Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi, … Sortie le 4 décembre 2019.

[CRITIQUE] Marie Madeleine : #MeToo… ou presque

À l’heure du #MeToo et de la revendication de la place des femmes dans la société – et parallèlement au cinéma que ce soit en compagnie de Tomb Raider, les femmes de Black Panther, Un Raccourci dans le temps… -, un biopic sur l’une des figures les plus emblématique de l’Évangile aussi incroyable que traînée dans la boue était plus que bienvenu. Un brin féministe et définitivement hors des clous à son époque, Marie Madeleine méritait bien son biopic… sauf quand Jésus lui vole – encore – la vedette.  Lire la suite de « [CRITIQUE] Marie Madeleine : #MeToo… ou presque »