Green Book : sur les routes d’un grand film

Peter Farrelly est normalement réputé pour les comédies. C’est l’homme derrière les excellents « Mary à tout Prix » et « Fous d’Irène », ou les bourrins « Dumb & Dumber » et « My Movie Project ». Bref pas le cinéaste le plus subtil d’Hollywood. La surprise fut donc importante lorsque « Green Book » a été annoncé. Un road-movie sensible porté par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, franchement on y croyait pas… Et pourtant « Green Book : sur les routes du sud » est une réussite totale. 

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Undercover – Une histoire vraie : Une histoire de famille

Second long-métrage du réalisateur franco-britannique Yann Demange, « White Boy Rick » (traduit « Undercover : Une histoire vraie » de par chez nous, allez savoir) est sorti le 14 septembre 2018 aux États-Unis et le 2 janvier 2019 dans nos contrées (allez savoir aussi). Comme son sous-titre français l’indique, le film est inspiré d’une histoire vraie : celle de Rick Wershe Jr., un jeune adolescent américain alors âgé d’une quinzaine d’années, fils de marchand d’armes à feu, indic un temps pour le FBI et qui, après avoir prospéré pendant quelques années grâce à son activité de dealer, fini emprisonné à vie pour possession de plus de 8 kilos de cocaïne à une époque où 650g étaient suffisants pour garantir la prison à vie.

Film biographique avec, l’on imagine, sa bonne dose de fictionnalisation, « Undercover » nous fait suivre un jeune Rick Wershe durant les années 80, vivant alors dans la banlieue de Detroit à une époque où la ville doit toujours faire face à une crise suite au déclin de son industrie plus tôt dans les 70s. Si ces détails historiques semblent transparaître quelque peu à travers le film (surtout à son début en réalité), ils ne sont malheureusement pas réellement traités au sein de celui-ci, le réalisateur faisant le choix de donner à son œuvre une acception bien moins large, s’attardant ainsi assez peu sur la situation socio-économique de l’époque et peut-être plus sur la situation personnelle du personnage principal. Effectivement, l’on ressent tout au long du film que l’histoire de Rick est moins celle d’un jeune adolescent qui deale pour s’en sortir et se sentir important que celle d’un adolescent qui cherche à substituer à sa famille « bancale » une famille plus « stable ». Son père est un vendeur d’armes à la manque, sa sœur une junkie qui sort avec un homme qui la bat, et ses grand-parents ne semblent pas savoir parler autrement qu’en hurlant… Ainsi l’histoire de Rick devient certes celle d’un jeune blanc qui se fait sa place au sein du milieu criminel représenté comme majoritairement afro-américain de l’époque (d’où viendra son surnom de « White Boy Rick » traduisible grossièrement en « Rick le Blanc ») mais également celle d’un jeune garçon qui va vraisemblablement tenter de stabiliser sa situation familiale, que ce soit en trouvant initialement sa place dans un gang d’afro-américains, ou en pensant plus tard pouvoir stabiliser sa propre famille grâce à sa propre réussite dans le milieu. Autant, dès l’ouverture du film, Rick Wershe et son père nous sont introduits comme clairement antipathiques autant l’on ne peut s’empêcher, au fil du film, de sentir une histoire humaine derrière celle de la criminalité. Le film n’esquive toutefois pas la question de la responsabilité du système et des fédéraux dans l’histoire de Rick et notamment concernant sa chute, puisque c’est pour servir d’indic au FBI qu’il intègre premièrement le milieu criminel de Detroit, ce même FBI qui refusera plus tard de défendre le jeune Rick alors qu’il est condamné à la prison à vie à l’âge de 17 ans.

Sous couvert de relater une histoire vraie, Yann Demange semble au final nous servir une jolie histoire de famille, d’autant plus maîtrisée que le film peut s’appuyer sur une solide photographie et des acteurs principaux inspirés, la dynamique McConaughey-Merritt notamment (incarnant donc les deux personnages principaux, à savoir le père et le fils Wershe) étant particulièrement réussie. Couvrant l’histoire du jeune dealer de ses débuts à sa chute, « Undercover » est un film simili-biographique qui voit se mélanger l’Amérique de la fin des 80s, vendeurs d’armes à la petite semaine, gangster qui réussissent et agents du FBI peu scrupuleux, dépeint un univers dans lequel presque tout les retournements sont soudains, et finit par être un film qui réussit à ne pas être sur une entreprise criminelle mais sur les histoires humaines derrière celle-ci.

Undercover – Une histoire vraie de Yann Demange. Avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley… 1h51

Sortie le 2 janvier

The Happy Prince : Wilde un jour…

La carrière de Rupert Everett n’est plus à faire. Grande figure des années 80 et 90, le bonhomme a perdu peu à peu sa place à Hollywood par la suite (à cause de son homosexualité ?) pour s’illustrer du côté du théâtre et du petit écran. En cette fin d’année, l’acteur endosse un nouveau rôle en tant que réalisateur pour « The Happy Prince » qui raconte les dernières années de la vie du célèbre écrivain Oscar Wilde.

Au sommet de son talent et de sa popularité, Oscar Wilde se retrouve du jour au lendemain au plus bas de l’échelle sociale alors qu’il a été condamné à la prison pour son homosexualité. Sans un sou et renié par la société londonienne, Oscar Wilde vit ses dernières années dans l’indifférence la plus totale. Lui reste une poignée d’amis fidèles et une bande de gamins des rues qui le suit partout mais malgré un morale et une santé au plus bas, Oscar Wilde n’a rien perdu de sa splendeur et de son esprit imaginatif.

Personnage important pour Rupert Everett – qu’il a déjà interprété plusieurs fois au théâtre et sur grand écran -, c’est presque naturellement que l’acteur est entré dans ses bottes avec, il va sans dire, une aisance et un naturel incroyable. Absolument habité par la miséricorde de son personnage, Rupert Everett prête à merveille son visage à cet écrivain déchu. Tendre dans sa narration sans jamais cacher les folles moeurs de son personnage, Rupert Everett conte avec brio ces dernières années de sa vie – pour la première fois amenées à l’écran il faut le noter -. Entouré de seconds couteaux de taille dont le formidable Colin Firth, « The Happy Prince » transpire l’admiration qu’a son réalisateur pour ce personnage pour qui la vie fût loin d’être facile et juste avec. 

Véritable portrait sans concession (Wilde et les plaisirs charnels, la drogue ou encore l’absinthe), Everett propose un portrait incroyablement touchant tandis que l’écrivain vit ses derniers instants sans pour autant occulter la folie et la joie de vivre qui le caractérisait ainsi que cette exubérance si caractéristique sur fond de recherche éternelle de l’amour – qu’il ne trouvera finalement jamais -. Bouleversant.

The Happy Prince de Rupert Everett. Avec Rupert Everett, Colin Firth… 1h45
Sortie le 19 décembre

Wildlife, Une Saison Ardente : Ma saison préférée

On connaissait Paul Dano comme acteur, un brillant acteur, mais voilà qu’avec son premier long métrage, « Wildlife : Une Saison Ardente », Dano se révèle être aussi un excellent réalisateur.

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Assassination Nation : Privé, vous avez dit privé ?

Est-ce que le concept de vie privé est encore valable en 2018 ? À l’heure où nous passons notre vie le nez collé à notre téléphone portable, où l’on connaît plus les hashtags en tendance que ce qui se passe dans le monde, où l’échange verbal s’est transformé en sms et où paraître est bien plus important qu’être, « Assassination Nation » tombe à pic et est loin de prendre des pincettes. Alors que se passe-t-il lorsque une petite bourgade se retrouve victime d’un hacker et que tous les mails, photos, vidéos et messages se retrouvent en ligne à la portée de tous ? Le véritable visage de notre société se dévoile et franchement c’est pas beau à voir.

Avec une carrière plutôt discrète commencée en 2011 avec le très sympathique (et déjà irrévérencieux) « Another Happy Day », Sam Levinson n’a été aperçu qu’en 2009 en tant qu’acteur dans « Stoic » et scénariste de « The Wizard of lies » l’année dernière avant de revenir en force en cette fin d’année avec son second long-métrage « Assassination Nation ». Rendez-vous dans la ville de Salem – le choix est loin d’être anodin et on le comprendra assez rapidement – où l’on suit les tribulations de Lily et ses meilleurs amies Bex, Em et Sarah alors qu’elles doivent échapper à toute une ville qui ne souhaite qu’une seule chose : leur mort alors qu’ils sont certains que Lily est la hackeuse qui a posté sur le net toutes les informations privées de la ville. Véritable chasse aux sorcières version 2018, « Assassination Nation » reprend les éléments qui avaient conduit à l’exécution d’une vingtaine d’habitants de Salem il y a 326 ans – dénonciation, calomnie, mensonges et violence exacerbées – pour les réintroduire dans un contexte beaucoup plus moderne où la technologie a pris le pas et que le concept de vie privée ne tient plus qu’à un fil. 

Les habitants découvrent que leur maire a de drôles de tendances sexuelles, que leur mari n’est peut-être pas celui pour qui il se fait passer et que la gentille fille qu’ils avaient élevé dans la traduction catholique n’est pas aussi prude que ça…

Mais au-delà de ce petit jeu morbide pour découvrir qui a fait ça et connaître les secrets les mieux gardés de ses voisins, Sam Levinson pose un regard intelligent et soulève de vraies questions dans une société où tout repose sur le paraître et où n’importe quelle photo, vidéo ou parole peut-être mal interprétée. Le proviseur du lycée est-il réellement pédophile parce qu’il a une photo de sa fille nue à six ans alors que certains parents affichent fièrement sur leur cheminée une photo de leur propre fille nue lorsqu’elle était petite ? 

En parallèle de ces réseaux sociaux qui dirige notre quotidien, le réalisateur fait surtout – et avant tout – un portrait de jeunes filles à l’aube d’être des femmes coincées dans un patriarcat encore malheureusement bien présent que ce soit du regard du père ou du petit-ami ou de n’importe quelle force masculine supérieure toujours prête à dicter aux femmes ce qu’elles doivent dire ou penser, encore plus dans une société sur-sexualisée par notamment ces dits réseaux sociaux. Inspiré par les « Subekan », Sam Levinson ne lésine pas sur la violence accrue et l’hémoglobine autant pour choquer que pour faire prendre conscience du monde dans lequel on vit, dans lequel les coups ont remplacé la parole. Véritables héroïnes badass, Lily, Em, Bex et Sarah sont des ambassadrices de choc pour les mouvements #MeToo… avec une furieuse envie de s’en sortir et de se dégager de la vision patriarcale imposée par la société. Elles sont ce qu’elles sont, elles le revendique haut et fort et nous on ne peut qu’applaudir. 

Visuellement, Sam Levinson nous offre un plaidoyer pop, coloré et absolument surexcité, miroir de notre monde actuel et même si le réalisateur veut nous proposer un constat de la société américaine, force est de constater que « Assassination Nation » se fait surtout le miroir d’un monde régit par la force du net, quitte à ce qu’on en perde notre propre capacité de réflexion.

Assassination Nation de Sam Levinson. Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef… 1h48
Sortie le 5 décembre

Aga : La dernière famille du monde

Nanouk et Sedna sont les derniers édifices d’une tribu désormais disparus. C’est dans les contrées reculées de la Iakoutie au nord de la Sibérie que le bulgare Milko Lazarov pose sa caméra face à Nanouk et Sedna, un couple de cinquantenaire vivant à l’écart de la civilisation moderne dans leur yourte avec leur chien. D’abord film contemplatif effleurant les contours du documentaire, « Aga » crée la surprise en prenant le virage du drame dans son dernier tiers.

Caméra fixe, on observe longuement Nanouk partir chaque matin creuser la glace pour pêcher du poisson, récupérer de l’eau potable et relever les différents pièges à gibiers qu’il a installé alors que sa femme Sedna s’occupe à tisser des filets de pêche, tanne les peaux des renards des neiges que son mari a attrapé et fabrique des vêtements. Sauf que derrière cette paisible routine, Nanouk perd peu à peu la mémoire tandis que Sedna soigne comme elle peut sa plaie béante noircie sur son flanc. Dans un écrin d’une pureté quasiment irréelle où ciel et terre se confondent dans un blanc immaculé, Milko Lazarov esquisse doucement un drame portant autant sur le réchauffement climatique (la pêche n’est plus si fructueuse qu’avant, le printemps arrive plus tôt que prévu), le déchirement de la sphère familiale et des traditions familiales (Nanouk et Sedna sont en froid avec leur fille Aga qui a décidé de travailler dans l’immense mine de diamants de Mirny) que la disparition d’une civilisation (Nanouk et Sedna sont seuls au monde dans cette étendue glaciale). 

Leur seul lien avec le ‘’monde moderne’’ est lors des visites de Chena qui vient leur apporter du bois et du fuel et en profite pour donner des nouvelles de leur fille. On comprend alors que leurs liens ont été rompu lorsque cette dernière a décidé de quitter sa famille et leur mode de vie séculaire pour un travail stable. Filmé comme la dernière famille du monde, « Aga » ne fait jamais volte-face à ses problématiques sous-jacentes mais les aborde à travers une chronique familiale sensible – mais jamais pathos -, contemplative – mais jamais statique – et symbolique – mais jamais exagérée – où deux mondes s’entrechoquent – l’ancien et le nouveau – et où la bataille est malheureusement déjà perdue d’avance. 

Aga de Milko Lazarov. Avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova… 1h32
Sortie le 21 novembre 

Ta mort en short(s) : À l’amour à la mort

Comment brasser un large public avec un sujet aussi lourd qu’est la mort ? Et surtout comment intéresser les plus jeunes à quelque chose auquel ils seront confrontés forcément tôt ou tard ? Folimage a trouvé la solution en proposant depuis le 31 octobre dernier une audacieux programme de courts-métrages sobrement – et drôlement – intitulé « Ta mort en short(s). 

Au programme six courts-métrages tantôt drôles, tristes, émouvants, poétique et parfois même le tout à la fois. Et parmi eux de véritables bijoux d’animation traitant chacun d’une aspect différent de la mort et/ou du deuil. Dans « Pépé le morse » (récompensé aux derniers Césars), le propos est axé sur le deuil en famille. Le poétique « Mon papy s’est caché » aborde la transmssion, l’explication poétique de la future disparition du grand-père son petit-fils à travers des dessins à la pastel qui rend le tout absolument magnifique. Des classiques sont aussi de la partie avec le célèbre récit d’Anderson « La Petite Marchande d’allumettes » animé avec brio grâce à un univers de papier riche en sensibilité pour mettre en avant les liens familiaux qui subsistent entre vivants et morts. 

Mais la mort n’est loin de n’avoir que des aspects maussades comme nous le prouve Osman Cerfon avec sa « Chronique de la Poisse » ou lorsque les bulles émanant d’un poisson provoquent la poisse à quiconque la touche. Drôle et osé, ce court-métrage est loin de laisser indifférent le spectateur et c’est ce qu’on adore. S’en suit « Mamie » inspiré d’une histoire personnelle de sa réalisatrice Janice Nadeau qui questionne sa grand-mère sur ce lien grand-mère/petite-fille qu’elle n’a jamais connu et ainsi comprendre ce qui l’a rendu comme ça, les aléas de la vie et à quel point l’amour et le partage est important.

Le programme se clôt sur l’excellent « Los Dias de los muertos », comme son titre l’indique qui est axé sur le Jour des morts bien connu au Mexique et récemment exploité dans le récent Pixar « Coco ». Pauline Pinson décide d’étudier cette fête sous le prisme d’un couple : un homme décédé et sa femme lui préparant un repas microscopique pour son retour, de quoi entraîner des situations aussi drôles que cocasses et évoquer la mort avec énormément d’humour (glisser sur une trancheuse à jambon c’est pas de chance quand même  !).

Véritable recueil aussi poétique que touchant et universel, « Ta mort en short(s) » est un programme audacieux qui recèle de véritables pépites d’animation qui, en plus d’être majoritairement réalisés par des femmes, nous prouve que le cinéma français d’animation a encore de belles années devant lui.

Ta mort en short(s), 54 minutes.
Sortie le 31 octobre

Pupille : Shot d’amour

Je n’aime pas les termes « drame » et « comédie dramatique » qu’on emploie pour gérer certains films tant ils sont in-genrables. Tel est le cas de « Pupille » qui, en plus d’osciller sur plusieurs genres, est loin d’être un drame comme le sens péjoratif laisse constamment entendre ni forcément une comédie dramatique qui sous-entendrait qu’on rit beaucoup et qu’on pleure beaucoup. Non je n’aime pas ces termes et encore moins pour « Pupille » alors vous savez quoi ? On devrait inventer un nouveau genre qu’on appellerait le « shot d’amour », parce que c’est ce qu’est « Pupille » un pur shot d’amour à prendre d’un coup, sans se poser de questions et qui réussit à nous faire sentir immédiatement bien.

 L’adoption, l’affiliation, la recherche de ses racines est probablement l’un des thèmes les plus abordés au cinéma que ce soit à travers les films pour enfants (« Tarzan », « Le Livre de la jungle »), les blockbusters (« Man of steel ») ou dans le cinéma français avec les récents « Ma vie de courgette », « Il a déjà tes yeux » ou encore « Comment j’ai rencontré mon père ». Mais là où la caméra s’est toujours placée du côté de l’adopté, de ses ressentis, de son parcours initiatique pour retrouver ses racines et pouvoir s’accepter, Jeanne Herry prend le contre-pied en posant sa caméra du côté de la petite fourmilière qui entoure le nouveau-né de son état de nourrisson à celui de pupille de l’État jusqu’à devenir ‘’fil.le.s de’’. Un oeil nouveau sur un système plus complexe qu’il n’y paraît mais aussi une incroyable aventure humaine où s’entrechoque les sentiments ls plus extrêmes.

Selon l’INED (Institut National d’Études Démographiques), ce sont entre 600 et 700 femmes qui décident de donner naissance sous X. À partir de ce moment-là, tout un processus aussi complexe qu’il peut être éprouvant se met en place. Nombreuses sont les personnes qui gravitent autour de ce nouveau-né pour combler le manque maternel et lui trouver un foyer. De ce constat, Jeanne Herry en tire un film en forme de véritable leçon de vie, d’espoir et d’amour. À la lisière du documentaire sans jamais tomber dans un formalisme absolu, « Pupille » met brillamment en avant toute une galerie de personnage ayant chacun un rôle clé en passant de la mère biologique, à la psychologue accompagnant la jeune femme ou encore l’assistant familial chez lequel est confié le nouveau-né durant la période de rétractation. Mais loin d’idéaliser pour autant cette situation, le film nous met face à bien des réalités plus dures les unes que les autres que ce soit le moment où la mère abandonne son bébé – et lui dit (ou non) au revoir -, les premières semaines difficiles pour le bébé, le travail titanesque de l’assistant familial, les travailleurs sociaux qui remuent ciel et terre pour lui trouver la bonne famille ou encore le long combat d’Elodie pour devenir mère. 

Chacun traverse des épreuves à leur façon et entre deux caresses emplies d’amour, la réalisatrice n’hésite pas à nous mettre un petite claque pour nous réveiller, comme pour nous dire « Eh oh tout n’est pas rose lors du processus d’adoption » même si les efforts et les obstacles en valent largement la peine. Le film nous rappelle la souffrance que peut provoquer l’adoption, les échecs à répétions, ces couples dont l’adoption est refusée car comme l’explique l’assistante sociale Lydie (jouée à merveille par Olivia Côte) face à un couple en attente d’une approbation; ils ne sont pas là pour chercher un couple qui a besoin d’un enfant mais un couple capable de devenir parents. 

Rassemblant un casting de charme entre Sandrine Kiberlain (avec qui elle avait déjà travaillé sur « Elle l’adore »), l’émouvante Elodie Bouchez et – plus surprenant – Gilles Lellouche aux antipodes des rôles qu’on a pu lui connaître jusque là, « Pupille » déborde véritablement d’amour et de bienveillance. D’une pudeur sans pareille, la caméra effleure, capture furtivement des moments de complicité, de colère, de rage et d’émotion purs (un plan sur Gilles Lellouche pendant une demie-seconde et vous vous retrouvez complètement chamboulé.e) sans jamais tomber dans le pathos du drame ni l’académisme du documentaire, Jeanne Herry fait de son « Pupille » un sublime film qui vise en plein coeur. On ne s’attendait pas forcément à cette claque en fin d’année et encore moins dans le paysage cinématographique français mais honnêtement on est loin de s’en plaindre.

Pupille de Jeanne Herry. Avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Gilles Lellouche… 1h55

Sortie le 5 décembre

Galveston : Dead man walking

Nouvelle-Orléans, 1987. Roy est un petit truand dont les dettes s’accumulent. Un soir, son boss lui tend un guet-apens, dans une maison isolée, mais réussit à s’échapper. Dans sa fuite, Roy emmène avec lui une jeune fille, Rookie, retrouvée attachée sur le lieux de l’attaque. Cette cavale les mènera au Texas, à Galveston, où les fuyards passeront quelques jours de paix, face à la mer, avant que les problèmes ne les rattrapent. 

« Galveston » est le premier film américain de Mélanie Laurent. C’est l’adaptation d’un livre signé Nick Pizzolatto, le créateur de la série « True Detective ». Mais avant ça, la réalisatrice avait marquée les esprits avec « Respire », dont le travail si particulier sur le son montrait de réelles volontés de mises en scènes. Sa filmographie est parsemée de personnages en souffrance, et ce nouveau long métrage ne déroge pas à la règle. Au tout début du film, on fait la connaissance de Roy, interprété par Ben Foster. Après un passage chez le médecin, on devine un personnage en sursis, la radio de ses poumons montrant des tâches inquiétantes. On va suivre un homme qui s’avance sans cesse vers la mort, la frôlant souvent sans jamais l’embrasser. Dans cette fuite en avant, Roy va sauver Rookie, parfait prototype de la jeune fille en détresse, interprétée par Elle Fanning. Cette blonde au visage angélique se révèle être une prostituée au passé trouble, un personnage dont l’innocence a été broyé très tôt. Roy et Rookie sont deux archétypes de film noir, et « Galveston » sera l’occasion de réinterpréter les codes du genre. 

Le film est une sorte de double parenthèse. D’abord temporelle, le tout premier plan montre l’intérieur d’un salon alors que l’ouragan Katrina fait rage dehors, puis l’intrigue se déroule en 1987 avant de revenir en 2005. Mais le long métrage offre aussi une parenthèse idyllique, au bord de la mer, où les personnages vivront quelques moments de paix, de joie, loin des tumultes qu’ils ont vécus. La scène où, au crépuscule, Tiffany, la petite sœur de Rookie, court pour mettre des petites tapes dans le dos de Roy est d’une douceur infinie, accompagnée simplement par le bruit du vent et les rires de l’enfant. La ville de Galveston servira de purgatoire aux personnages. Mais après une soirée de danse où l’on voit pour la première fois Roy sourire, et Rookie s’amuser réellement, le passé les rattrape et les fauche encore plus durement. 

Le road trip est sombre et violent. Mais le trait est parfois trop forcé, et le pathos ne prend pas, comme quand Elle Fanning raconte son passé de gamine abusée. Juste avant la confidence, on voit l’actrice en pleurs à la limite du surjeu, dont les grognements de tristesse frôle le ridicule. On aurait aimé aussi un peu plus de nuances dans le jeu de Ben Foster. Reste tout même une bonne prestation pour les deux acteurs. Lors des scènes d’action, Mélanie Laurent se lâche, et sa mise en scène aboutit à des moments intenses, du plus bel effet. Le film étant une commande, la réalisatrice n’avait pas le final cut. Elle a d’abord monté le film de son côté, aboutissant à un premier jet que le producteur trouvait trop ‘’film français’’. Puis un monteur outre-atlantique à essayer d’en faire quelque chose de plus américain. Le long métrage sorti en salle est une fusion des deux visions. En résulte un film schizophrène, ne sachant pas ce qu’il est, un drame ou un thriller. 

En se rendant au Texas, Melanie Laurent filme l’Amérique des déshérités, oubliée des institutions. On sent une réelle sincérité à montrer la noirceur de contrées livrées à elle même, mais avec un regard trop appuyé, voir exagéré. Malgré quelques scènes poignantes, « Galveston » souffre d’une vision bicéphale et peine à trouver réellement sa voie et s’inscrire comme l’œuvre d’une auteure. 

Galveston de Mélanie Laurent. Avec Ben Foster, Elle Fanning… 1h31
Sortie le 10 octobre