[CRITIQUE] Sauvage : Amèrement suave

La Semaine de la critique recèle très souvent de jolis morceaux de cinéma et a largement confirmé son statut de dénicheur de perles que ce soit avec Grave (Julia Ducournau), Ava (Léa Mysius) ou encore Oh Lucy ! (Atsuko Hirayanagi). Et cette année le film qui a fait trembler la Croisette est français cocorico ! Premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, Sauvage cache plutôt bien son jeu derrière son pitch aussi simple qu’il est brut de décoffrage : un jeune homme de 22 ans qui se prostitue pour (sur)vivre cherche désespérément l’amour sans jamais le trouver. Lire la suite de « [CRITIQUE] Sauvage : Amèrement suave »

[CRITIQUE] Papillon : duo d’acteurs complémentaires et talentueux

Les films en milieu carcéral sont nombreux (Les Évadés, Bronson, Un Prophète, Midnight Express…) et sont devenus un excellent moyen de montrer à la fois la vie en prison, mais également ceux qui la peuplent. En 1973, Franklin J. Schaffner réalise Papillon en s’inspirant du bagneux Henri Charrière. Ce sont deux acteurs talentueux qui passent en 2018 après deux interprètes exceptionnels qu’étaient Dustin Hoffman et Steve McQueen. Ainsi, on retrouve le danois Michael Noer à la réalisation, aux côtés de ses stars Charlie Hunnam et Rami Malek.

(N’ayant pas vu le film de 1973, cette critique sera basée uniquement sur le nouveau.)

Il faut savoir avant tout que Papillon n’est pas à proprement parler un film inspiré d’une histoire vraie. On sait qu’il est adapté de son autobiographie, mais elle est en vérité une biographie romancée. Cela n’empêche pas le film d’être satisfaisant et de raconter une histoire qui nous prend aux tripes, dans un décor carcéral qu’on ne voit pas dans les films habituels puisque nous nous situons en Guyane, on retrouve alors quelques panoramiques sur les lieux (on retient notamment l’arrivée sur l’île du Diable).

Si le film tisse un lien fort avec l’injustice à l’emprisonnement, Papillon ne demeure pas dans un pathos facile. Il montre la réalité (la violence, la corruption…) mais se permet surtout de mettre en avant une amitié qui humanise avant tout les hommes dominés par la monstruosité. Comment parler du film sans évoquer Charlie Hunnam et Rami Malek ? En passant de Sons of Anarchy à la confirmation cinématographique du dernier film de James Gray (The Lost City of Z), Charlie Hunnam joue de son charisme et des gestuelles où il évolue aux côtés d’un Rami Malek flamboyant. C’est ce duo complémentaire qui rend le film, déjà intense, passionnant à découvrir.

Adaptation pas forcément nécessaire mais réussie grâce au duo d’acteurs plongés dans un décor carcéral méconnu dû aux colonies françaises.

Papillon de Michael Noer. Avec Charline Hunnam, Rami Malek… 1h57
Sortie le 15 août

[CRITIQUE] Roulez Jeunesse : La surprise de cet été

Un boulevard s’ouvre pour la comédie française cet été entre quelques sorties de blockbusters made in USA. Tandis que certains films sont assez attendus (« Au Poste ! », « Neuilly sa mère, sa mère » ou encore « Le Monde est à toi »), on redoute également la sortie d’autres comédies françaises qui sont bien loin de donner ne serait-ce qu’une once d’envie (coucou « Christ(off) » et « Ma Reum »). Et c’est donc dans cette – petite – vague estivale de comédies que débarque Julien Guetta et son premier long-métrage « Roulez Jeunesse ».

Oscillant constamment entre drame et comédie avec une facilité assez déconcertante pour quelqu’un qui réalise là son premier film, « Roulez Jeunesse » tient surtout grâce à la composition d’Eric Judor – absolument sous-estimé l’année dernière avec son dernier film « Problemos » – qui trouve ici certainement l’un de ses plus beaux rôles. Abandonnant ainsi tous ses tics et l’humour qu’on lui connaissait pour nous offrir un véritable rôle de composition qui nous prouve que le bonhomme en a sous le pied, et bien plus qu’on le pense même. À contre-courant de tout ce qu’il a pu nous proposer auparavant – à contrario de son comparse de toujours Ramzy Bedia qui s’est déjà essayé plusieurs fois, avec succès, au drame -, l’acteur de 48 ans trouve dans ce film un nouveau terrain de jeu où le spectateur peut apprécier une palette de jeu époustouflante, beaucoup plus dans la retenue. Eric Judor c’est Alex, 43 ans, dépanneur automobile dans le garage de sa mère, qui se retrouve du jour au lendemain avec deux gosses et une adolescente sur les bras après un coup foireux d’une nuit. 

Corde tendue entre la comédie dans sa première moitié de film avant de basculer un petit peu plus vers le drame avec de vrais moments bouleversants, « Roulez Jeunesse » réussit cependant à rester dans le feel-good movie profondément humain et tendre envers tous ses personnages. D’ailleurs pour l’épauler, Erico judo peut compter sur une belle brochette d’acteurs et actrices dont la formidable Laure Calamy ainsi que le jeune Ilan Debrabant d’une candeur à croquer. 

Véritable surprise de cet été, « Roulez Jeunesse » est une bouffée d’air frais dans la comédie française plutôt indigeste ces derniers temps. En plus de confirmer les talents d’Eric Judor, il permet surtout à Julien Guetta d’imposer sa patte dans le cinéma français avec ce véritable bonbon aussi sucré que subtilement acidulé. 

Roulez Jeunesse de Julien Guetta. Avec Eric Judor, Laure Calamy… 1h24
Sortie le 25 juillet

[CRITIQUE] Les Indestructibles 2 : Une suite qui ne déçoit pas

Sorti en novembre 2004 dans nos contrées, Les Indestructibles avait rencontré à l’époque un immense succès autant critique que populaire. Contant l’histoire d’un ex-super-héros devant gérer sa vie de famille dans une société où les « supers » sont tombés en disgrâce, le film est jusqu’à aujourd’hui régulièrement cité comme l’un des meilleurs films du studio Pixar, l’un des meilleurs films d’animation des années 2000 ou bien même le meilleur film de super-héros de tout les temps, parfois tout ça à la fois. Mais malgré cet immense succès, voici 14 ans que le monde entier attend la suite des aventures de la famille Parr, suite d’autant plus réclamée que le premier film se terminait sur une fin ouverte. Et si le réalisateur Brad Bird avait déclaré en 2007 « faire une suite s’il réussit à trouver une histoire aussi intéressante que pour le premier », c’est en 2014 que Disney officialisera finalement le développement d’un second volet. Sorti le 15 juin 2018 aux États-Unis et le 4 juillet de la même année en France, que vaut donc cet Indestructibles 2, suite attendue d’un film désormais culte ? Lire la suite de « [CRITIQUE] Les Indestructibles 2 : Une suite qui ne déçoit pas »

Je suis une femme, je suis cinéphile et je vous emmerde

Le cinéma, ton univers impitoyable… Encore plus à Cannes si vous saviez. Aujourd’hui je décide de prendre la plume – ou plutôt le clavier – et faire un petit aparté parmi le flot de critiques qui arrive et après deux semaines cannoises intensives qui ne se sont pas déroulées exactement comme prévues. L’heure pour moi de prendre enfin la parole, de vous raconter mon expérience et peut-être enfin mettre les points sur les i chers messieurs.

Dans la nuit du 17 au 18 mai, alors que je baladais tranquillement sur la Croisette, j’ai été pris à parti par un groupe de gars, ils devaient être quatre ou cinq je n’arrive même plus à me souvenir tant le moment fut d’une extrême violence. Non pas physiquement mais moralement et psychologiquement. Certainement un brin bourrés, ces jeunes garçons ont décidé de m’insulter de tous les noms, visiblement ils me connaissaient sur Twitter et ont eu un certain plaisir à me dire que je faisais de la merde, que j’étais une cinéphile de merde, que je devais arrêter ce que je faisais sans compter les « t’es dégueulasse », « tu réussiras jamais » j’en passe et des meilleures. Très heureux de leur petite « intervention », les voilà repartis comme si de rien n’était. Et pendant qu’eux étaient certainement partis se boire une énième pinte en se marrant, je retournais à l’appartement blessée et dévastée sur le coup parce que c’est d’une violence inouïe, parce qu’on a beau se dire que ce ne sont que des conneries, sur le coup ça pique quand même un peu.

Dieu merci j’avais à mes côtés des colocataires d’enfer qui m’ont soutenu autant à l’appartement que sur Twitter (hello l’équipe Cinématraque, Pauline et tous ceux qui m’ont soutenu sur Twitter vraiment vous êtes tous autant incroyables les uns que les autres). Il n’empêche que cette histoire – une histoire parmi tant d’autres vu tout ce qu’on entend tous les jours – place de nouveau le sujet de la femme dans le milieu cinématographique. Là où de grands évènements sont censés célébrer et soutenir la femme comme le Festival de Cannes – qui s’est contenté cette année d’une montée des marches pour les 82 femmes présentes en compétition officielle depuis la création du Festival… sur plus de 1600 hommes ou encore plus hypocrite, l’organisation d’une masterclass avec Gary Oldman et la présence de Lars Von Trier -, il n’en est finalement rien. Et malgré les hashtags #MeToo, #BalanceTonPorc et des paroles qui se libèrent petit à petit, rien ne semble vraiment bouger. 

Pourquoi est-ce qu’un groupe de garçons viendrait importuner une fille ? Pourquoi viennent-ils s’attaquer à une seule personne sans défense, qui ne leur a rien fait pour lui cracher des saloperies en tout genre ? Est-ce qu’un groupe de garçons ferait ça envers un autre garçon ? Et surtout la question qu’on se pose depuis toujours, pourquoi est-ce à nous les filles de se justifier d’être cinéphile ? J’avais déjà fait un thread sur Twitter dans lequel je référençais toutes les questions que j’ai pu recevoir où on me demandait toujours la même chose : pourquoi tes critiques sont courtes ? Tu penses pouvoir réussir dans ce milieu ? Tu as vu Truffaut et Godard pour te prétendre cinéphile ? 

Est-ce que ce genre de questions sont posées aux hommes ? Non. Est-ce que ça vient se plaindre lorsqu’un site spécialisé n’écrit que dix lignes sur un film ? Non ? Alors pourquoi nous en tant que femmes nous avons le droit d’être constamment jugées ? Jugées sur la qualité de nos écrits, sur la pertinence de ce qu’on dit, jugées sur ce qu’on pense parce qu’évidemment si on aime un film c’est parce que l’acteur principal est beau. Est-ce qu’on pense immédiatement à ça lorsqu’un homme dit qu’il a aimé Tomb Raider ? Il a aimé le film parce qu’Alicia Vikander est belle ? Non, parce que ça ne vous vient pas à l’esprit. Parce qu’un critique homme passe entre les mailles du filets et parce que oui, être une femme c’est compliqué mais être une femme cinéphile ça l’est encore plus.

Je ne prétends pas connaître l’histoire du cinéma sur le bout des doigts, je n’ai pas vu toute la filmographie de Godard, ni celle de Truffaut, je préfère aller à l’UGC qu’à la cinémathèque, parfois je préfère aller voir une comédie française plutôt qu’un film d’auteur. Mais qu’est-ce que ça peut vous foutre au final ? Qu’est-ce qui vous gêne tant dans le fait qu’une femme écrive des critiques cinéma ? Je n’ai pas à rougir de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que je pense. Je n’empêche personne de ne pas penser comme moi, je n’empêche personne de ne pas aimer mes critiques, je ne viens pas vous importuner alors pourquoi vous vous permettez d’importuner ? Ah oui la liberté d’importuner… Apprenez la différence entre liberté d’échanger de manière constructive et d’importuner quelqu’un en pleine rue pour l’insulter. Apprenez le respect, on ne vous en demande pas tellement, vous qui nous en demandez toujours plus. Sois belle, sois efficace, sois propre, sois organisée, sois sage, sois drôle mais ne l’ouvre pas trop quand même. Ah et surtout ne joue pas les victimes, oh grand dieu ne joue pas les victimes voyons. L’un des premiers messages que j’ai eu après que j’ai raconté mon altercation sur Twitter ? Un monsieur qui me disait que ces jeunes gens avaient forcément une raison pour venir m’importuner de la sorte. C’est vrai c’est toujours de notre faute. En fait on avait qu’à pas être une femme tout simplement. Shame on us…

Alors on essaie de se faire une petite place discrètement, sans gêner trop de monde. Pourtant on devrait avoir le droit de s’exprimer, d’être fière d’être cinéphile et d’être passionnée. Moi je le crie haut et fort, j’ai un site, j’ai un magazine en ligne, j’ai une chaine Youtube, j’ai peut-être pas la science infuse, je n’ai peut-être pas une culture aussi large que d’autres – je le sais et je le reconnais volontiers – mais bordel je suis là, j’écris, je suis passionnée – parfois un peu trop, les twittos sauront de quoi je parle – et je suis fière de faire ce que je fais là, maintenant. J’ai fini d’écrire mon premier scénario, je fais ce qu’il faut pour qu’il soit tourné incessamment sous peu et je bouffe du film, h24. J’aime ça, je ne vais pas me cacher pour les beaux yeux de quelques garçons aux couilles bien trop molles et qui ont besoin de se mettre en groupe pour venir agresser quelqu’un. Je n’ai pas envie de m’abaisser devant eux, je n’ai pas envie d’abandonner à cause d’eux mais au final je reste une femme et pour l’instant la société le voit toujours comme un handicap. Tant pis, nous avancerons quand même, en espérant que les choses changent, que les mentalités évoluent et que les hommes évoluent. 

Prenons un exemple tout récent d’un collaborateur qui était très cher à mes yeux que je viens de virer. Parfois un peu lourd et insistant avec moi j’ai laissé coulé – alors que je n’aurais peut-être pas dû mais mes silences en disaient déjà long -. Quelle a été ma surprise quand, au détour d’une conversation, j’ai découvert que ce monsieur (déjà âgé d’une quarantaine d’années) importunait bien d’autres filles en plus de moi. Toujours des jeunes, toujours des cinéphiles. Le bougre est malin, il vous prend par les sentiments, vous fait croire que votre travail l’intéresse vraiment… Si c’était vrai il ne vous enverrait pas de messages salaces ou de propositions indécentes. Il l’a fait, pendant plusieurs mois en pensant rester impuni, en pensant qu’il passerait entre les mailles du filets, malheureusement pour lui il a été démasqué et maintenant il fait l’innocent. Un piratage Facebook, un piratage Twitter… Tout est bon pour justifier son comportement non ? Je ne jouerai pas le jeu du #BalanceTonPorc car il se reconnaîtra et les gens qui ont travaillé avec lui aussi. Ah et oui, ce sont eux les victimes, jamais nous ne l’oubliez pas. Cet exemple n’est qu’une goutte d’eau dans ce déferlement de pervers/insistants/dragueurs auquel on a le droit tous les jours. Non on ne fait pas de messages à double sens, non on envoie pas de photos de ses parties intimes, non on ne propose pas de boire un verre dès le premier message et oui on aimerait bien avoir un peu la paix de temps en temps. Aujourd’hui on a peur, peur d’écrire quelque chose, peur de dire quelque chose, peur de poster une nouvelle photo de profil sur Twitter et de recevoir des dizaines de messages bizarres par la suite. Bordel laissez-nous vivre et arrêtez de nous accuser de tous les torts. Laissez-nous porter un short, laissez-nous être en maillot de bain, laissez-nous nous maquiller, laissez-nous parler de sexe librement sans nous prendre pour des filles faciles, laissez-nous être l’égal de l’homme. 

Ne vous méprenez pas, tous les hommes ne sont pas concernés par ce coup de gueule, loin de là et on a beau vouloir être indépendante, cette indépendance et ce respect passe par vous messieurs. Soyez intelligents, défendez-nous lorsque vous voyez une injustice, ne fermez pas – plus – les yeux. Durant ces dix jours à Cannes, j’ai découvert dans notre petite coloc quatre garçons absolument formidables, qui soutiennent la cause de la femme, qui savent et comprennent ce qu’on endure, qui nous défendent sur les réseaux sociaux et vous savez quoi ? C’est extrêmement flatteur et salvateur de côtoyer ce genre de personnes alors s’il fallait en profiter, je remercierai les twittos hommes intelligents qui n’ont jamais sous-estimés la femme, la coloc de la team Cinematraque (Gaël, David, Julien & Wade) et le futur Président du Festival de Cannes Theo. Ce sont des gens comme ça dont on a besoin, c’est à vous de nous aider à faire bouger les lignes parce que toutes seules on ne nous entend pas (ou on ne veut pas) et de savoir qu’à nos côtés on a des hommes qui soutiennent notre cause nous prouve que ce monde n’est pas totalement perdu.

Alors en attendant d’un quelconque changement durable, on continuera à se battre, à écrire, à défendre ce qu’on aime. On continuera à s’habiller comme on veut, à poster de nouvelles photos de profil parce qu’on se sent jolie et à ne jamais restreindre notre parole face à vos couilles molles et à tous ceux qui nous critiquent, on le dit haut et fort : « Je suis une femme, je suis cinéphile et je vous emmerde ».

[CRITIQUE] BlacKkKlansman : Spike Lee enragé

Disparu des radars cannois depuis 2002 dans la section Un Certain Regard avec Ten Minutes Older, Spike Lee a fait un retour en grandes pompes sur la Croisette en amenant son dernier film BlacKkKlansman directement en Compétition officielle et grand bien lui fasse puisque le réalisateur est reparti avec entre ses mains le Grand Prix. Une distinction éminemment politique faisant autant écho au passé qu’à l’Amérique « so white » de Donald Trump. Lire la suite de « [CRITIQUE] BlacKkKlansman : Spike Lee enragé »