[DEAUVILLE 2018] Diane : On the road to madness

Être une mère est un boulot à plein temps, alors lorsqu’on devient un peu la mère de tout son entourage il y a de quoi se retrouver rapidement submergé. C’est le cas de Diane, mère célibataire qui passe plus son temps en voiture qu’à réellement profiter de la vie. Constamment en train d’aider les autres, elle n’a que peu de temps pour elle. Ajoutez à cela un fils qui sort de cure de désintoxication – et qui est tout sauf désintoxiqué -, et le vase déjà à ras bord est à deux doigts de craquer. 

Premier essai en tant que réalisateur et scénariste, Kent Jones s’attaque à un portrait de femme croqué avec énormément de sensibilité. Route après route, rencontre après rencontre, Diane donne de son temps et de son énergie pour servir les autres entre une amie dont le mari est blessé, sa cousine atteinte d’un cancer du col de l’utérus et surtout son fils Brian autour duquel tourne tout son quotidien et toutes ses inquiétudes. Sorti de désintoxication, le jeune homme flirte dangereusement avec ses anciens démons tandis que sa mère s’évertue tant bien que mal à le garder sur le bon chemin quitte à y laisser une part d’elle à chaque fois. Littéralement bouffée de l’intérieur, cette mère de tout le monde semble finalement aussi droguée que son fils, non par accro aux opiacés mais à autrui, à aider son prochain pour peut-être y trouver le chemin de la rédemption alors qu’on apprend que d’anciennes rancoeurs ont refait surface entre Diane et sa cousine malade Donna. 

Dans un environnement où semble rôder la mort constamment – elle voit ses proches mourir les uns après les autres -, Diane y erre telle une ombre alors que tout se bouscule dans la dernière partie du film où se bouscule les rôles. Désormais guéri et littéralement imprégné des voix du Seigneur, son fils Brian – dorénavant marié et installé – devient celui qui harcèle sa mère pour qu’elle rejoigne son Eglise tandis que la première partie du film voyait Diane tentant en vain de convaincre son fils de retourner en cure de désintoxication. Une inversion des rôles où Brian semble avoir perdu sa liberté contrairement à Diane qui semble avoir gagné la sienne maintenant que le fardeau qu’était son fils a disparu. Seulement tout ceci n’est qu’apparence, lorsque Kent Jones cloue son film sur une scène absolument bouleversante, où toutes les routes mènent finalement à la folie. À trop y avoir laissé son corps et son âme aux autres… 

Pour son premier long-métrage de fiction – il a réalisé plusieurs documentaires auparavant -, Kent Jones fait de « Diane » un portrait de femme qui tente d’être forte autant pour elle que pour les autres et parce qu’on peut tous s’identifier à cette femme, Jones touche en plein coeur. 

Diane de Kent Jones. Avec Mary Kay Place, Jake Lacy… 1h35
Prochainement

[DEAUVILLE 2018] Hal : Les studios m’ont tuer

Hollywood a vu dans les années 70-80 apparaître un drôle de personnage en la personne d’Hal Ashby. Personnage à part entière et typiquement Woodstockien dans sa manière d’être et de vivre, Hal Ashby n’est pourtant pas le réalisateur le plus connu de ces années là. Et pour cause, le bonhomme – qui fut prospère et efficace dans les années 70 – a vu sa carrière décliner dans les années 80 notamment lorsque Ronald Reagan a mis fin aux lois antitrust et que la monopolisation a gagné du terrain dans la sphère cinématographique. Hal Ashby n’est qu’un des nombreux exemples de la bataille – perdue d’avance – que peuvent se livrer art et industrie.

« I basically have a very positive philosophy of life, because I don’t feel I have anything to lose. Most things are going to turn out okay. » – Hal Ashby

Derrière sa gouaille et son allure négligée entre ses cheveux blancs et sa longue barbe grise, Hal Ashby sait ce qu’il veut et il a toujours tout fait pour l’avoir. Premier job chez Universal puis assistant réalisateur sur « The Loved Ones » chez MGM, Hal fait une rencontre décisive en la personne de Norman Jewison, le début d’une grande carrière pour le bonhomme féru de cinéma. Sensible aux causes humanitaires et au racisme qui sévit à travers tout le pays – « The Landlord » -, le réalisateur en devenir est avant tout un homme à l’enfance compliquée. Des parents divorcés à l’âge de six ans, le suicide de son père à douze ans… Une enfance qui s’est rapidement répercutée lorsqu’il est devenu lui-même père à un jeune âge, laissant sa fille pour partir faire carrière en Californie. 

Ce bourreau de travail arrive cependant à ses fins puisqu’il sera récompensé d’un Oscar en 1966 pour son travail sur « Dans la chaleur de la nuit » de son ami Norman Jewison. Ne s’imposant aucune limite quitte à déplaire aux studios, Hal Ashby s’illustre dans l’analyse sociologique d’une Amérique en mutation tout en s’accordant de véritables parenthèses remplies d’humour noir à l’image de son « Harold et Maud », totalement passé inaperçu à l’époque de sa sortie mais devenu désormais culte. 

Il est dommage de voir comment le système a abîmé un réalisateur aussi libre dans sa tête et sur sa pellicule. Prolifique et terriblement efficace dans les années 70, le bonhomme perdra de sa gouaille dans les années 80 alors que Ronald Reagan frappe fort en mettant fin aux moins antitrust, la monopolisation des grosses majors prend place et tout se joue désormais à qui aura la plus grosse. Dans des mémos retranscrits dans le film, on ressent toute la colère et la frustration qu’a pu ressentir Hal Ashby à cette époque. Les années qui ont suivi furent compliqué pour le réalisateur qui n’a plus la même énergie qu’avant dans des films qui passeront quasiment tous inaperçus jusqu’à ce qu’on lui décèle un cancer du pancréas. Ashby n’aimait plus ce qu’était devenu l’industrie du cinéma et cette bataille constante entre art et industrie, c’est même ce qui l’a tué selon ses proches. Une fin bien triste pour un homme extraordinaire sur tous les points, aussi libre qu’amoureux du cinéma et de la caméra. 

À travers des images d’archives et témoignages de ses proches, Amy Scott rend un vibrant hommage à un réalisateur atypique, victime d’un système plus gourmand que passionné et qui nous donne furieusement envie de se faire dans la foulée la filmographie de ce cher Hal Ashby. 

Hal de Amy Scott. Avec les interventions de Jeff Bridges, Jane Fonda, Norman Jewison…

[DEAUVILLE 2018] Friday’s Child : N’est pas Terrence Malick qui veut

Petit protégé du formidable Terrence Malick – qui a produit son premier long-métrage « The Better Angels » en 2014 -, A. J. Edwards revient cette année avec « Friday’s Child », un drame suivant les déboires et errances de Richie, 18 ans, bien décidé à s’émanciper d’une vie faite de ballotements entre différentes familles d’accueil. Cependant, à trop vouloir s’inspirer de son maître on finit par y perdre au change. 

« Friday’s Child » transpire par tous ses pores de la patte Terrence Malick et la recette fonctionne sur sa forme. Le film est un petit bijou esthétique, travaillé au millimètre près. La caméra sublime ses têtes d’affiches que sont ces nouvelles têtes d’Hollywood Tye Sheridan, Imogen Poots & Caleb Landry Jones. Caméra embarquée, caméra à l’épaule, A. J. Edwards erre dans cette ville et dans ces vies avec une aisance folle. Ce sont ces laissés pour compte, ces enfants oubliés du système qui passent une majeure partie de leur vie à se balader de foyer en foyer sans jamais connaître aucune stabilité et qui du jour au lendemain se retrouve propulsés dans une vie adulte à appréhender que le réalisateur a choisi de filmer à travers le jeune et charismatique Tye Sheridan qui campe le rôle de Richie, garçon au passé trouble qui tente de se débrouiller comme il peut dans la vie avant de se retrouver embarqué dans une histoire de cambriolage raté alors qu’au même moment il rencontre la magnétique Joan – Imogen Poots absolument incroyable, Hollywood peut être fier de l’avoir dans son sillon – et qu’une histoire d’amour vouée à l’échec se dessine entre eux. Accompagné de la musique de Colin Stetson, l’image de Jeff Bierman prend vie pour former un magnifique écrin qui, malheureusement, n’a de beauté que la forme.

Car à trop vouloir faire du Terrence Malick, A. J. Edwards en délaisse son scénario qui a bien du mal à décoller malgré les jolies performances de ses acteurs – Caleb Landry Jones est formidable dans son rôle de junkie des rues et bien trop sous exploité -. Son propos est complètement noyé dans sa proposition cinématographique qui tient finalement plus du visuel qu’autre chose. Encéphalogramme qui ne décolle que de temps à autre lorsque le réalisateur se décide enfin à y insuffler un peu d’action ou de suspens – coucou le plot twist qu’on attendait pas forcément et qui aurait pu s’avérer efficace s’il avait été correctement exploité -, les 1h31 du film passent avec une lenteur folle alors qu’on aurait voulu apprécier son film ne serait-ce que pour la proposition visuelle qui, soyons honnêtes, n’est réussie parce qu’elle n’est qu’un simple copié/collé du cinéma de Terrence Malick.

Même si l’on devine le propos qu’a voulu dénoncer A. J. Edwards derrière ses envolées cinématographiques, « Friday’s Child » n’a d’intéressant que son casting magnétique. Aussi poétique qu’il réussit à être ennuyeux, le film présenté cette année en compétition à Deauville n’est ni plus ni moins qu’un film de Terrence Malick, la sensibilité en moins. 

Friday’s Child de A. J. Edwards. Avec Tye Sheridan, Imogen Poots, Caleb Landry Jones… 1h31
Date de sortie en France inconnue 

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte IX : « Infiltrator »

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Film projeté en ouverture du Festival du cinéma américain de Deauville, Infiltrator est bien loin de faire l’unanimité. Bryan Cranston tient le rôle de Robert Mazur, un agent infiltré dans le cartel du dangereux Pablo Escobar. Accompagné de sa collègue qui joue sa fiancée, Robert Mazur va devoir faire preuve d’extreme prudence pour éviter de se faire démasquer et rester en vie, tout simplement.

Une plongée fascinante dans l’Amérique des années 80

Brad Furman retranscrit avec fidélité cette Amérique des années 80 corrompues et tenues en laisse par de puissants cartels de drogue. Rien n’est laissé au hasard que ce soit les décors, les costumes ou même encore la musique. On en découvre également un peu plus sur les histoires de corruption, de blanchiment d’argent et de combines plus vicieuses les unes que les autres le tout couronné par des sommes aux montants astronomiques.

Plus psychologique que physique

Mais que ceux qui s’attendent à un grand film où des trafiquants de drogue tirent à tout va sur tout ce qui bouge passent leur chemin. Ici Bryan Cranston occupe tout l’écran. On suit tout le long du film l’évolution psychologique de cet agent infiltré toujours sous une ambiance tendue et un seul objectif, arrêter les plus dangereux trafiquants de drogue. Mais là où le rôle de Dalton Trumbo semblait être taillé sur mesure pour Bryan Cranston, celui de Robert Mazur semble l’être beaucoup moins. Non pas que son jeu d’acteur est mauvais (loin de là) mais sa prestation manque de contenance là où un autre acteur aurait plus de carrure pour incarner un tel personnage.

Une tension qui se maintient de la première à la dernière minute, où on tremble avec Bryan Cranston quand il risque de faire démasquer car on sait très bien comment finit ces histoires s’ils sont démasqués. A ses côtés, la sublime Diane Kruger qui effectue ici sa première mission en tant qu’agent infiltré. Tenue de jouer la fiancée de Bob Mazur, l’actrice n’est pas mauvaise dans ce rôle mais ne semble pas lui convenir totalement même si elle apporte comme toujours cette finesse et ce côté humain notamment lorsqu’elle commence à se prendre un petit peu trop au jeu.

D’ailleurs là est toute la complexité de cette mission et celle d’être agent infiltré tout simplement, car il faut savoir se fondre parmi la masse tout en gardant une certaine distance et ne pas perdre de vue sa mission. Une chose qui va s’avérer compliqué Robert Mazur et Kathy Ertz qui vont malgré eux se lier d’amitié avec un des barons qu’ils sont censés arrêter.

Infiltrator est bien loin d’être un film révolutionnaire dans le genre (surtout avec la saison 2 de Narcos qui vient de débuter) avec une erreur de casting qui empêche le film d’être meilleur et d’assouvir ses ambitions. Seul point vraiment positif, c’est celui des seconds rôles qui sont beaucoup plus impressionnants et intéressants que les personnages principaux.

Ma note : ★★★★★

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte VII : « Au-dessus des lois »

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Pas encore prévu en France, Au-dessus des lois (War on Everyone en VO, titre beaucoup plus sympa je trouve) se place facilement dans la catégorie des buddy movies. Sans révolutionner le genre, le film n’en est pas moins sympathique même si l’ensemble n’est pas forcément à la hauteur des attentes. Au-dessus des lois c’est l’histoire de Terry Monroe et Bob Bolaño, deux flics qui ont recours à des méthodes peu orthodoxes et qui un jour se retrouvent face à un ennemi beaucoup plus puissant et beaucoup pkus vicieux qu’eux.

Un duo détonnant…

La ressemblance avec le film The Nice Guys avec Russell Crowe et Ryan Gosling est indéniable et même assez flagrante cependant les scénarios divergent assez rapidement et Au-dessus des lois se veut beaucoup plus cynique et piquant que son compatriote.

Le film repose avant tout sur son duo qui je dois dire fonctionne parfaitement bien. Alexander Skarsgard qui joue le rôle du policier solitaire passant ses journées à boire et son binôme, père de famille rangé bien que légèrement tordu. Un duo qui n’arrive pas à se compléter car beaucoup trop semblables dans leurs manières d’agir. Qu’à cela ne tienne, leurs dialogues sont à mourir de rire et les vannes ne sont jamais méchantes bien que très gratuites mais après tout le film repose essentiellement dessus donc difficile de le lui reprocher.

… Mais un manque cruel de mise en danger

Ce qui pêche énormément dans ce film c’est qu’on sent que le réalisateur ne va pas au bout de son idée. Il aurait pu pousser le vice encore plus loin, déranger encore plus, frapper encore plus fort mais non. Le film garde une certaine retenue et ce qui est son point fort est aussi son point faible. Un trop plein de blagues qui certes n’épargnent personnes mais qui sont inégales tout le long du film.

La bonne surprise de ce film restant Theo James aux antipodes de son rôle à minettes dans la saga Divergente. Plus méchant, plus cynique, plus pervers, il a tout gagné et nous offre une nouvelle vision de son jeu d’acteur bien loin de nous déplaire. D’ailleurs l’autre personnage secondaire qui a marqué les esprits est bien évidemment l’extravagant Birdwell (joué par l’excellent Caleb Landry Jones !) dont on tombe forcément sous le charme.

Si John Michael McDonagh avait poussé le vice encore plus loin, Au-dessus des lois aurait pu être une vraie réussite bien cinglante comme on les aime. Malgré tout, le film reste tout à fait correct avec de très bonnes scènes, un twist de fin intelligent et un duo de charme.

Ma note : ★★★★★

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte VI : « Kubo et l’armure magique »

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Le studio Laika signe très fort avec le dernier film d’animation. On avait déjà pu admirer leur travail avec Coraline en 2009 et L’Etrange pouvoir de Norman en 2012 et cette fois-ci le studio semble bel et bien s’imposer sur le marché des films d’animations en stop-motion. Kubo est un petit garçon qui gagne simplement sa vie en contant des histoires aux habitants de son village mais tout bascule le jour où il désobéit à sa mère et réveille une vengeance ancestrale. Obligé de s’enfuir et accompagné d’un singe et d’un scarabée, Kubo va se lancer dans une aventure extraordinaire pour sauver sa famille, découvrir son passé et ce qui est arrivé à son père.

Pour ceux qui ont apprécié Coraline, celui-là risque bien de vous régaler encore plus. Le studio Laika maîtrise d’une main de maître la stop-motion, faisant ainsi de cette technique leur marque de fabrique. Lors de sa présentation à Deauville, son réalisateur Travis Knight nous avait dit que c’était leur projet le plus ambitieux et quand on voit le résultat on ne peut qu’être admiratif. Pari tenu !

Le cinéma, ce conteur d’histoires

Le cinéma c’est quoi ? C’est une façon comme une autre de raconter une histoire, de la faire vivre et de toucher le public. Kubo et l’armure magique est de ces films qui vous prennent naturellement par la main pour vous emmenez dans leur monde, leur magie et leur histoire. Alors qu’il est poursuivi par ses tantes et son grand-père maléfiques, la mère de Kubo use de ses derniers pouvoirs pour l’éloigner d’eux afin qu’il retrouve la fameuse armure magique de son père qui fut jadis un grand samouraï.

Sur fond de récit épique, Kubo se lance avec un drôle de singe extrêmement prudent et un scarabée extravagant dans ce qui est la plus périlleuse mais aussi la plus belle aventure de sa vie. Visuellement, le film nous emporte tellement loin qu’il est compliqué de revenir à la réalité une fois la projection terminée. Le studio Laika associe à merveille images de synthèses et stop-motion, poussant ainsi cette technique encore plus loin et à des niveaux jamais égalés (notamment cette scène de bataille contre un squelette géant).

Une bande-son envoutante

Tout ce qui se trouve dans le film prêt à la féerie et au voyage que ce soit les paysages, les costumes et sans compter la guitare qui accompagne toujours le petit Kubo. La musique signée Dario Marianelli est magistrale, nous plongeant corps et âme dans ce film. Les notes de musique donnant vie à ces petits bouts de papiers. Ce film est un tout qui vous englobe et vous emporte dans ces contrées lointaines asiatiques.

Bien loin des morales bien pensantes un poil cucul et des fins à l’eau de rose, le studio Laika s’est fait la spécialité des scénarios parfois plus noirs, plus gothiques mais aussi plus spirituelle et dieu merci ça fait du bien. Kubo et l’armure magique est également un hymne à la famille, à la mémoire et aux souvenirs de ceux qui ont disparus. Ceux qu’on aiment n’ont pas besoin d’être là physiquement avec nous, cette présence étant beaucoup plus puissante spirituellement parlant d’où le titre original Kubo and the two strings (Kubo et les deux ficelles oui forcément ça sonne moins classe en français) qui s’inspire d’une des scènes du film mais autant ne pas spoiler vous verrez par vous même.

Kubo et l’armure magique a tout pour devenir un grand film d’animation qui ravira les grands comme les petits et inscrit un peu plus le studio Laika parmi les grands studios en devenir.

Ma note : ★★★★★

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte V : « Eye in the sky »

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Sorti directement en e-cinema, Eye in the sky n’a pas eu le droit à une large promotion qui pourtant aurait pu être méritée. Il n’empêche que Deauville (ainsi que TIFF au Canada) ont misé sur ce film. Lorsque l’armée britannique retrouve un des terroristes les plus recherché et qu’en plus de ça une opération d’attentat-suicide est en train de se mettre en place sous leurs yeux, le colonel Katherine Powell ordonne le tir d’un missile à parti d’un drone mais la donne change quand le pilote refuse de tirer, une petite fille se trouvant dans le champ d’impact.

Et oui ce n’est pas parce qu’un film sort en e-cinema qu’il est forcément moins bien qu’un film qui sort dans les salles obscures. La preuve avec Eye in the sky de Gavin Hood qui a réuni un casting cinq étoiles avec notamment le regretté Alan Rickman à qui le film est dédié.

A qui revient la patate chaude ?

Un colonel impitoyable prêt à tout pour capturer ces terroristes, un général qui fait le lien entre le gouvernement américain et britannique, deux pilotes de drones, des politiciens tiraillés entre décision politique ou militaire et au milieu de ça, la petite Alia. Jeune enfant qui se contente de vendre du pain à sa place habituelle et qui, sans le savoir, se retrouve dans la zone d’impact du missile.

Pendant 1h42, le spectateur est plongé dans un système politique aussi ambigüe que complexe et nous pousse à se poser la même question : qu’est-ce que je ferais à leur place ? Sacrifier la vie d’une innocente pour éliminer de dangereux terroristes ou laisser sa vie sauve et risquer un attentat suicide qui pourrait faire encore plus de dégâts ? Une question épineuse dont les politiques voudraient bien se passer à tel point qu’on assiste tout simplement au jeu de la patate chaude, chacun se rejetant la terrible responsabilité de la suite de la mission.

Aaron Paul saisissant

Le casting entier est à la hauteur du film même l’agent kenyan incarné par Barkhad Abdi, déjà récompensé pour sa performance dans Captain Phillips mais celui qui reste le plus puissant dans ce film est bien le pilote de drone joué par Aaron Paul. Lui seul est derrière les commandes et lui seul peut décider de lancer ce missile ou non. D’ailleurs toute la mission est remise en cause par sa faute, demandant un réajustement de la cible pour éviter de toucher la petite.

D’ailleurs ce rôle contraste énormément avec le colonel Powell qui apparaît comme une personne beaucoup plus froide, prête à tout pour éliminer ces terroristes quitte à mentir auprès du pilote. L’histoire ne nous dit pas pourquoi elle semble avoir une telle hargne envers ces terroristes mais une chose est sûre, elle ne compte pas les laisser partir si facilement.

Un échiquier politique mais aussi médiatique

Le film joue habillement avec les questions militaires, politiques mais aussi médiatiques. En témoigne la conseillère dont la prise de position risque de vous irriter. Alors, mieux vaut-il gagner une guerre militaire ou une guerre médiatique ? Prise de position militaire et les médias font généralement mauvais ménage et Gavin Hood arrive parfaitement à mettre le doigt dessus.

Bien loin de donner une leçon de morale, Eye in the sky laisse le spectateur le loisir de choisir son propre camp, sa propre décision tout ceci dans une tension sans faille et un dénouement qui laisse pantois.

Ma note : ★★★★

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte IV : « Complete Unknown »

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Deauville nous a réservé de jolies surprises cette année (ou bien c’est moi qui ai bien choisi mes films allez savoir) et Complete Unknow mérite largement sa place. Plus souvent abonné aux épisodes de séries télés qu’aux films, Joshua Marston signe ici un très bon film sur l’identité et le mensonge. Quand Tom fête son anniversaire entouré de ses amis, la soirée prend une toute autre tournure quand débarque la mystérieuse Alice qu’il semble avoir déjà côtoyé dans le passé.

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[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte III : « Le Teckel »

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Pour ceux qui connaissent le travail de Todd Solondz, vous savez à quoi vous attendre. Pour ceux qui ne connaissent pas le travail de Todd Solondz, il y a de fortes chances que restiez pantois face à son dernier film. Reparti avec deux consécrations de Deauville (Prix du Jury et Prix de la Révélation), Le Teckel est aussi hilarant que dérangeant quand il suit la vie d’un petit teckel auquel il apporte, ne serait-ce qu’un bref instant, un peu de bonheur.

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[CRITIQUE] Festival de Deauville Acte II : « Free State of Jones »

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Condamné à l’échec commercial par la plupart des critiques ainsi que les festivaliers qui ont eu l’occasion de le voir en avant-première à Deauville, j’ai décidé de me faire l’avocat  du diable de Gary Ross et de son dernier film Free State of Jones. En pleine guerre de Sécession, le fermier Newton Knight se révolte contre les Etats confédérés et s’associe avec les laissés pour compte et ceux qu’on dépouille sans vergogne. Et c’est à la tête d’un régiment engagé contre l’injustice, l’inégalité et le racisme que Newton Knight va se battre et créer ainsi le premier Etat d’hommes noirs et blancs libres de droit.

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