First Man : Un nouveau pas pour Damien Chazelle

L’une de nos plus grosses attentes en cette fin d’année était forcément celle-là. Celui qui a fait une véritable razzia à la dernière cérémonie des Oscars avec sa brillante comédie musicale « La La Land » est de retour en cette fin d’année avec un tout nouveau projet aussi ambitieux qu’il est à mille lieux de son domaine de prédilection dans lequel on avait l’habitude de le voir oeuvrer – avec brio qui plus est – (« Whiplash », « La La Land »). « First Man » se veut le portrait d’un homme dont le nom est connu sur toutes les lèvres : Neil Armstrong; le premier homme a avoir posé le pied sur la Lune. Récit d’un véritable parcours du combattant pour réussir cet exploit autant sur le plan technique que psychologique. Et pour ce retour en fanfare, Damien Chazelle a décidé de refaire équipe – et quelle équipe – avec Ryan Gosling dans le rôle-titre. Bref, toutes les planètes étaient alignées pour faire de « First Man » la petite claque de cette fin d’année.

 

L’homme avant l’astronaute 

Pendant près de huit ans, Neil Armstrong suit un entraînement intensif pour finalement toucher la Lune du bout des doigts mais cette vie désormais dédier à cette seule et unique mission n’est pas sans répercussion sur sa vie de famille. Une vie d’ailleurs jonchée par des obstacles que le bonhomme n’a jamais totalement réussi à surmonter – et notamment la mort de sa fille -. Loin d’en faire un biopic sur l’astronaute, Damien Chazelle prend le parti de faire un portrait d’homme avant tout. Un mari, un père, un ami, que la vie n’a absolument pas épargné. « First Man » virevolte entre les entraînements et les apartés avec sa famille et ses coéquipiers devenus des amis au fil du temps. Malgré quelques passages plus faibles – autant rythmiquement que scénaristiquement – lors que Chazelle évoque sa vie personnelle, le film réussi à donner une vraie épaisseur au personnage de Neil Armstrong. Avec son visage mutique qui avait déjà fait son effet notamment dans « Only God Forgives », Ryan Gosling est taillé pour ce rôle, n’hésitant pas à montrer ses failles; en témoigne l’une des dernières scènes lorsqu’il se trouve sur la Lune. 

Laissant ainsi de côté la figure héroïque du bonhomme, « First Man » s’apparente avant tout à un vibrant portrait d’homme prêt à tout pour que cette mission réussisse. Mais à quel prix ? 

La question se pose d’ailleurs en filigrane durant la seconde partie du film alors que les échecs – et accessoirement les morts – s’accumulent et que la population commence à se demander -légitimement – où part tout cet argent et surtout, ne pourrait-il pas être plus utile ailleurs ?

Ryan Gosling est fabuleux – comme à son habitude – mais celle qui tient le reste du film c’est bel et bien Claire Foy. Femme dévouée et aimante, celle qui aspirait à une vie normale voit son mari petit à petit lui glisser entre les doigts alors qu’il est de plus en plus obnubilé par cette mission. La caméra de Chazelle sublime son visage tiré par la fatigue, les épreuves de la vie et cette peur constante de perdre son mari. Absolument splendide et tout en retenue. 

 

Le prodige de la caméra

À croire que Damien Chazelle a un véritable talent pour les scènes d’ouverture. Comment oublier cette fameuse – et bientôt mythique – scène d’ouverture de son « La La Land » tout en légèreté et plan séquence qui nous donnait envie de virevolter en robe jaune sous le soleil de Los Angeles ? Changement de registre pour « First Man » mais une scène d’ouverture tout aussi exceptionnelle. Cinq minutes d’une intensité à en faire frémir plus d’un. Caméra au plus près de Gosling, quasiment étouffée dans cet espace confiné quitte à ne voir quasiment jamais un bout d’espace, Damien Chazelle prend le pari – un poil couillu – de ne pas filmer le grandiose (ce à quoi le film tendait forcément aux premiers abords) pour se concentrer sur un cadre beaucoup plus intimiste. Un cadre qui vire aux scènes étouffantes et anxiogènes au possible lorsque Chazelle filme Gosling emprisonné dans son vaisseau que ce soit lors des différentes phases de test ou lors du voyage vers la Lune. Emprisonnant à la fois son personnage et le spectateur dans cette bulle fragile – la mort rôde à tout instant -, le film grimpe en tension jusqu’à atteindre des sommets, nous ôtant toute possibilité de respirer. La gravité a disparu a l’écran, elle n’est également plus présente dans la salle. À l’image de « Gravity », Chazelle sait imposer les silences quand il le faut mais il faut dire qu’il sait utiliser la musique quand il le faut aussi. Et il faut dire que quand on a au score un certain Justin Hurwitz qui avait déjà fait des merveilles dans « La La Land ». Décidément on tient là une équipe gagnante.

Pas forcément parfait dans toute sa longueur – quelques passages creux qui auraient pu être évités -, « force est de constater que Damien Chazelle réussi son nouveau pari haut la main en faisant de « First Man » un biopic aussi anxiogène qu’il est intimiste et profondément touchant dans son portrait d’un homme bien avant d’être un héros – si tenté qu’il en ai conscience -.

First Man de Damien Chazelle. Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke… 2h22
Sortie le 17 octobre

[CRITIQUE] HHhH : Un trop plein de scènes indigestes

S’attaquer à un pan de l’histoire c’est une chose, réussir à dresser le portrait d’un homme qui est à l’origine de la Solution Finale s’en est une autre et à cet exercice là, Cédric Jimenez n’a pas réussi à transformer l’essai. HHhH retrace le parcours de Reinhard Heydrich, militaire déchu et entraîné par sa femme vers l’idéologie nazie avant de devenir le chef de la Gestapo. Chargé désormais de la Bohême-Moravie, il imagine en parallèle la Solution Finale. Du côté de la Résistance, deux jeunes hommes vont tenter l’impossible : éliminer Heydrich. Ce 27 mai 1942, les vies de ces trois personnes vont changer le cours de l’histoire.

Lorsque l’histoire se suffit à elle-même, nulle besoin d’en faire de trop. C’est raté avec HHhH qui enchaîne musique dramatique sur musique dramatique, les cris des femmes et des enfants parce que ça fera forcément pleurer dans les chaudières, des images d’archives pour rappeler que c’est un film historique, de bonnes scènes de fusillades sanglantes et vous obtenez l’exemple même du film.

La première partie du film est la seule réellement intéressante car la seconde qui se concentre sur les deux résistants Tchécoslovaques est juste là pour nous faire verser notre petite larmichette. La complexité de Reinhard Heydrich est très peu évoquée ainsi que son parcours et sa réflexion jusqu’à la Solution Finale pourtant c’était clairement le personnage le plus intéressant sachant en plus que le titre « HHhH » signifie « Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». La femme de Heydrich incarnée par Rosamund Pike est elle aussi rapidement mise de côté alors que c’est grâce à elle qu’il a obtenu ce rang si important, elle se retrouve reléguée au second plan tout comme son mari. Un casting d’ailleurs bizarrement anglicisé pour un film qui se déroule dans l’Allemagne de la Seconde Guerre mondiale. Seul Dans Berlin nous avait déjà fait le coup, il faudrait peut-être arrêter pour nous prendre pour des jambons.

A trop vouloir en dire ou en faire, Cédric Jimenez s’est perdu dans les méandres de la Seconde Guerre mondiale entre documentaire, reconstruction historique et fiction. Sans aucune finesse, il nous raconte plus ou moins l’histoire d’un des plus grands hommes de la Seconde Guerre mondiale, préférant se perdre dans la facilité et l’émotion du spectateur. C’est de trop.