Tout le monde aime Jeanne : dépression animée

Il est une pensée qui voudrait qu’en ces temps dits « compliqués », où tout semble aller au plus mal, le rire serait une solution. Or, s’il y a bien un genre duquel notre très cher cinéma français – pour reprendre ironiquement la formule d’un certain critique à l’opinion mal bâtie – n’est pas en reste, c’est bel et bien la comédie. Celles-ci sont nombreuses – des films de Peretjatko à ceux de Dupieux, en passant par Justine Triet –, mais une voix détone particulièrement, par son timbre singulier. Céline Devaux n’en est pas à son coup d’essai, elle s’est déjà distinguée avec trois courts métrages remarquables et remarqués, et il est l’heure pour elle de faire le grand plongeon – à l’image de la première scène de son film –, en éclaboussant le monde du long métrage de ses saillies. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de son style, celle qui a été diplômée de l’ENSAD avec le surprenant Vie et Mort de l’Illustre Grigori Efimovitch Raspoutine se distingue par un humour corrosif, déjanté, et une palette visuelle d’une grande richesse. Prenons-en pour preuve son deuxième court métrage, Le repas dominical – lauréat du César du meilleur court d’animation –, dans lequel Vincent Macaigne hurle en off de manière imprévisible et barrée ses tourments personnels et familiaux, illustrés frénétiquement en dessin animé. Comment ne pas être charmé par cet élan comique venu d’ailleurs ? Un élan, qui invite aussi à réfléchir sur le travail de cette artiste qui fait de la comédie un terrain d’expérimentation autant qu’une expérience cathartique, avec l’animation comme cœur et moteur. Ainsi, Tout le monde aime Jeanne – prolongement de la tentative hybride qu’était Gros Chagrin, son dernier court amène, avec sa fraîcheur douce amère bienvenue, une question intéressante : comment faire rire aujourd’hui ?

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