La Favorite : Terriblement grotesque, incroyablement drôle et divinement queer

Si vous aimez le cinéma cru et rieur du grec Yorgos Lanthimos, vous êtes sûrs d’être comblé.es avec son dernier film en date, « La Favorite ».

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My Beautiful Boy : Au coeur de la tourmente.

Depuis qu’il a été présenté au TIFF en octobre 2018, « My Beautiful Boy » n’a fait que recevoir des éloges. Et effectivement, on comprend vite pourquoi car il fait bien parti des plus beaux films de cette rentrée 2019.

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Wildlife, Une Saison Ardente : Ma saison préférée

On connaissait Paul Dano comme acteur, un brillant acteur, mais voilà qu’avec son premier long métrage, « Wildlife : Une Saison Ardente », Dano se révèle être aussi un excellent réalisateur.

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[CRITIQUE] C’est Qui Cette Fille : La psychologie et le sensoriel à travers la comédie noire.

Originalement nommé Thirst Street, on se demande pourquoi le nom a été changé radicalement pour sa sortie française. Mais une fois le film en tête, on comprend peut-être mieux pourquoi. Dernier film en date du jeune réalisateur Nathan Silver, C’est Qui Cette Fille raconte l’histoire de Gina, une hôtesse de l’air américaine qui tombe amoureuse d’un barman débauché parisien, Jérôme, lors d’une escale dans la ville de l’amour. Ce qui est amusant avec ce film qui dans les premières lignes semble tout avoir de la parfaite comédie romantique, est qu’il se trouve être l’exact contraire.

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[INTERVIEW] Rencontre avec Lola Bessis et Nathan Silver de « C’est Qui Cette Fille ».

Dès le 25 juillet en salles, C’est Qui Cette Fille est le dernier long métrage en date de Nathan Silver, une oeuvre poussée et complexe dans laquelle le réalisateur choisit de mettre en lumière un casting franco-américain. C’est Qui Cette Fille raconte l’histoire de Gina, une hôtesse de l’air qui a perdu son amant suite à un suicide. Un film que Nathan Silver avait depuis longtemps en tête et a réussi à rendre possible avec l’actrice Lola Bessis. Onsefaituncine a rencontré Nathan Silver et la jeune actrice-réalisatrice lors de son passage au Terrass » Hotel à Paris pour la promotion du film. Attention spoilers !

• Nathan, Thirst Street est une oeuvre particulièrement originale dans sa finalité. Mais comment vous est venu cette idée, cette histoire, quelle est la genèse de ce film ?

Nathan Silver : J’ai tourné un film avec Lindsay qui joue Gina à Denver où elle jouait un second role. Quand je suis revenu du tournage, j’ai discuté avec mo co-scénariste en lui expliquant que je voulais lui écrire un rôle en tant que personnage principal. Il a donc écrit un script où elle vient à Paris, je n’avais jamais vu le script mais cette idée de venir à Paris, en France pour un moment me restait en tête ainsi que l’idée de quelqu’un qui vient dans un pays étranger et interprète mal la façon d’y vivre et ses interactions sociales, ça m’intéressait.

• Vous aviez déjà travaillé avec Lindsay Burdge auparavant, est-ce que cette fois c’était différent ou vous aviez la même connexion qu’auparavant ?

NS : La 1ere fois que j’ai travaillé avec elle c’était pour un film moitié documentaire, moitié fictif. Et donc comme je suis dans le film aussi, où je joue un réalisateur super cool, elle a cru que c’était comme ça aussi que je réalisais mes films. Elle a adoré même si ca été une expérience particulière pour elle, elle a adoré et a voulu retravailler avec moi.

Comment avez vous décider de choisir Lola pour le rôle de Charlie ? Et vous Lola, quel à été votre premier impression en lisant le scénario ?

NS : Enfaite, j’ai présenté un film à Deauville et Lola était membre du jury, on s’est connus comme ça et comme je savais que je voulais tourner en France, je voulais le faire avec Lola. Donc, j’ai approché Lola, les personnes avec lesquelles elle travaille, ainsi que Claire, une amie en commun et ça s’est fait tout simplement.

Lola Bessis : Oui, Nathan a une sorte de « feeling » pour les gens. Il décide de travailler avec des gens, on ne sait pas pourquoi. Et à l’inverse, les gens qui connaissent Nathan comme Claire, ça passe ou ça casse. Certaines personnes peuvent le detester et d’autres peuvent se dire qu’il y a quelque chose a explorer. Mais ce n’est pas la seule chose, j’avais vu son film Uncertain Terms quand j’étais dans le jury à Deauville. Il était hyper beau, touchant, on sentait que c’était un film avec peu de moyens. Et j’avais beaucoup aimé le film, alors que le reste du jury pas forcément mais c’est ce qui est intéressant avec les films de Nathan. Les gens vont soit détester, soit adorer mais en tout cas ça créer toujours une réaction, ça nous laisse jamais neutre parce que ce sont des experiences sensorielles. C’est une question de sentiments. On s’est parlé à la fin du festival, on est restés en contact, il m’a présenté son projet, il est venu à Paris. On a discuté acteurs, castings, je lui ai présenté Damien (Bonnard) et je savais pas du tout qu’il ne parlait pas anglais, car le film est centré sur le problème de non-compréhension, de mauvaise communication et au fur à mesure le projet se développait mais ça restait une idée de 25 pages sans dialogues car c’était un travail basé sur l’improvisation. Après, on a beaucoup parlé personnages, il fallait bien connaître nos personnages pour après improviser, car il faut savoir comment réagir. Il faut préparer un background du personnage.

• C’était la même préparation pour tous les personnages ? Avec l’improvisation ?

NS : C’était comme ça avec tous les personnages.

LB : Je comprends que ce processus peut faire peur aux acteurs expérimentés mais pour des jeunes acteurs, c’est parfait car il y a tout à essayer. Après on manquait un peu de temps et de mon côté, y a un côté plus technique qui était la danse et on avait peu de temps donc c’était plus compliqué et donc y avait aussi parfois dans les actions un jeu improvisé.

• Thirst Street est un film particulier à définir car il surprend. On s’attend à une comédie romantique mais on termine avec un thriller psychologique, une comédie noire ce qui déroute mais capte aussi. Est-ce que avec ce film vous souhaitiez surprendre, dérouter, étonner ?

NS : Le projet initial était qu’on voulait faire un thriller érotique et puis on a commencé à penser à comment on pouvait jouer avec ça. Donc on a ajouté cette obsession qu’ont les personnages, toute cette romance aussi on l’a ajoutée. Et puis, je ne pouvais pas faire un film sans cette humour humiliant et c’est parti comme ça par ajout avec toutes ces choses qu’on voulait dans le film. Si tu veux faire un film, tu le fais avec toutes les choses que tu aimes et j’ai le sentiment que c’est comme ca que tous ces éléments sont arrivés. Ça peut être déroutant pour certains, parce que ils ne savent pas quoi en penser, quoi en faire.

LB : Parce qu’il aime les films disney et les strip clubs [rires].

NS : [rires] Oui, donc je les ai mélangés ensemble !

• Plus on avance dans le film, plus on comprend que le problème du personnage de Gina et de sa relation aux autres personnages est d’ordre psychologique. Pourtant, cela n’est jamais explicitement avancé. Ce que aborder le thème de la santé mentale, des PSTD de manière subtil et indirecte à été compliqué ?

NS : Oui, comme on le disait c’est une expérience sensorielle, c’est plus qu’est-ce qui arrive quand ton amant se suicide, dans quel état ça te laisse et comment tu te confrontes à la réalité, car elle est complètement différente à cause de cette expérience et elle doit vivre avec. Et Gina glisse vers la folie, elle est constamment retournée par la réalité et elle fonce dans cette désillusion

LB : C’est marrant qu’on fasse cette interview devant la Tour Eiffel !

NS : Ça rejoint le film [rires] !

• La cinématographie, la musique et les effets de lumière prennent une extrême importance dans le film, on a l’impression que c’est aussi ces éléments qui montre la descente aux enfers du personnage du Gina et à la fois, cela met en lumière l’univers de ton personnage Lola. C’est ce qui rend le film esthétiquement puissant, est-ce que vous pouvez nous parler de ces choix, de ce travail ?

NS : La lumière, les caméras étaient là de façon à nous faire ressentir. Ça venait plutôt dans l’émotion que dans la logique. Avec cette cinématographie où les couleurs changent, c’est ce qui donne l’émotion, l’horreur mais aussi la beauté qu’on voulait mettre en avant dans le film. Et aussi l’expérimentation car Gina vit une expérience à Paris. Donc, j’ai commencé à penser aux films que je regardais quand j’étais plus jeune, avec cette cinématographie où tout était expressif, exagéré et avec des couleurs vives. La musique est vraiment basée sur les eighties, c’est un peu aussi la musique qui donne le rythme du film.

• Est-ce que vous pensez que Thirst Street est finalement plus une tragédie ? Car quand on voit la scène final, c’est un sentiment triste qui persiste.

NS : Je pense que c’est quand même un happy ending, car elle a ce qu’elle veut, Jérôme et Clémence ne sont plus là. Bien-sûr, c’est une fin tragique pour les autres personnages et l’amour n’est pas vraiment réel, ni partagé mais c’est comme ça. J’aime cette idée de twist dans un happy ending.

LB : Et en plus elle se marie !

NS : Oui ! Son illusion devient une réalité.

LB : C’est comme la chaussure dans Cendrillon avec la blague ! Le pied rentre, et là le doigt rentre pas[rires]. Pour les autres c’est horrible oui [rires], parce que y a un accident. Mais en terme d’amour, je ne pense pas que Jérôme (Damien Bonnard) et Clemence (Esther Garrel) soit fait l’un pour l’autre et Charlie si elle avait été avec Gina, Gina aurait fini par la tuer [rires], donc c’est mieux pour tout le monde.

C’est qui cette fille de Nathan Silver est en salles le 25 juillet.

Merci à Ciné-Sud Promotion qui a organisé cette entrevue.

[CRITIQUE] Trois Visages : La force d’un message à travers la mise en scène

Après avoir été fortement intriguée par l’engouement cannois pour la nouvelle oeuvre de Jafar Panahi, je suis enfin allée voir « Trois Visages » après avoir attendu impatiemment ce film. Et la seule chose que ce film m’a laissé à la sortie de la salle obscure du MK2 Bibliothèque est un immense sentiment d’espoir.

« Trois Visages » de Jafar Panahi marque le retour très attendu du cinéaste iranien qui avait marqué les esprits avec le film « Taxi Téhéran ». Dans ce nouveau film, Pahani se met lui même en scène avec l’actrice iranienne Behnaz Jafari pour un road movie étonnant encré dans une dure réalité : celle de la censure et de l’interdiction -aux rêves-.

Le film s’ouvre sur une vidéo d’une jeune femme nommé Marziyeh qui annonce son suicide car elle ne peut réaliser son rêve d’entrer au conservatoire de Téréhan pour devenir comédienne. Marziyeh s’adresse notamment à Behnaz Jafari dans cette vidéo en la suppliant de l’aider pour échapper à l’énervement de sa famille conservatrice. Boulversée, Madame Jafari demande alors à Pahani de l’aider à savoir si cette vidéo est vraie ou non. Ensemble et malgré le fait que Behnaz doit tourner dans un film, ils se rendent dans le village en montagne où vit Marziyeh pour mener l’enquête sur cette intriguante vidéo. Au fur et à mesure que l’on avance dans le film, on découvre que ce ne sont pas vraiment la famille de Marziyeh le problème mais les habitants du villages et leurs mentalités qui ont menés à la réclusion et au déshonneur une artiste peintre anciennement actrice du village.

L’oeuvre de Pahani est singulière et parlante car sans cesse elle met en parallèle dans un jeu de miroir et dénonce. Elle met en parallèle dans la situation de réelle de Jafar Panahi, interdit de faire du cinéma dans son pays et la situation fictive de Marziyeh, interdite de faire de la comédie au conservatoire par sa famille et les habitants du village. On comprend donc que l’histoire de « Trois Visages » est indétachable du contexte réel vis a vis de la censure. Mais Pahani dans ce film sait aussi à la fois se moquer de ses questionnements « intellectuels », notamment lorsqu’il va à la rencontre des villageois. C’est d’ailleurs durant les scènes au contact des habitants ou de la famille du village que l’on comprend l’importance du contexte et le clash entre la ruralité et l’urbanisme. Le film fait ainsi preuve d’une grande charge politique.

Dans sa réalisation et son écriture, l’oeuvre est tout ausso ingénieuse. Dramatique et puissante dans sa mise en scène et ses plans, tantôt humoristique et humaine dans ses dialogues, l’oeuvre de Pahani nous fait entrer dans le film par le jeu du mouvement de la caméra et nous fait participer à l’inquiétude, aux doutes, aux émotions des deux protagonistes constamment dans leur voiture qui devient un élément fort du film et une nouvelle caméra.

« Trois Visages » se focalise non sur comme on pourrait le penser sur Pahani, Jafari et Marziyeh mais sur Jafari, Marziyeh et cette troisième figure féminine importante de cette artiste déshonorée et rejetée par le village. Ces trois visages qui montre à la fois trois âges de la vie, trois stades d’un rêve, trois caractères différents mais aussi trois combats de femmes différents dans la société iranienne en représentant le passé, le présent et le futur et surtout en montrant à travers leurs personnages la symbolique de la liberté.

« Trois Visages » de Jafar Panahi est un petit bijou magnifiquement bien écrit et mis en scène, sur un sujet qui effectivement ne peut être parfaitement compris qu’avec son contexte. Mais tout en pouvant être extrêmement parlant à chaque artiste et qui ainsi par son sujet et son traitement devient une oeuvre universelle.

3 Visages de Jafar Pahani. Avec Jafar Panahi, Benhaz Jafari… 1h40
En salles depuis le 6 juin