Mauvaises Herbes : Le cinéma français est entre de bonnes mains

Un brin éclipsé par des grosses sorties auparavant – et accessoirement la fin des vacances – (le film français « Mon Roi » qui avait dépassé les 600 000 entrées et le blockbuster « Seul sur Mars » aux deux millions d’entrées), « Nous trois ou rien » le premier film de l’humoriste Kheiron sorti en 2015 avait injustement cumulé seulement 396 000 entrées alors que sa première réalisation méritait bien quelques entrées en plus (en plus d’être méchamment snobé aux Césars par la suite). Cette année, le bonhomme est repassé devant et derrière la caméra pour son second long-métrage « Mauvaises Herbes » et on espère qu’il aura le succès escompté.

Waël, un ancien enfant des rues vit en banlieue de petites arnaques – sans grande gravité – qu’il réalise avec Monique, une femme à la retraite avec qui il a énormément d’affinités. Suite à un drôle de concours de circonstances suite à une énième arnaque, Monique retrouve Victor une ancienne connaissance qui propose à Waël de s’occuper d’un groupe de jeunes expulsés de leur établissement pour cause d’absentéisme, insolence ou même port d’arme. Une rencontre explosive entre « mauvaises herbes » qui va surtout donner naissance à une petite pépite du cinéma français.

L’exercice du premier long-métrage n’est pas facile mais Kheiron avait relevé le défi haut la main. Par contre l’exercice du second long-métrage – surtout lorsque le premier est aussi excellent – est encore plus casse-gueule donnant ainsi l’occasion de réitérer son exploit et inscrire son nom dans le futur du cinéma français ou au contraire se planter totalement. Avec Kheiron on retiendra donc la première option qui confirme donc bien ce qu’on pensait déjà il y a trois ans : le bonhomme en a sous le pied et le cinéma français peut compter sur lui pour relever le niveau de comédies actuel  (qui frôle le néant même s’il est de temps en temps sauvé par des petites merveilles comme « En Liberté ! » pour ne citer que celui-là sorti récemment). Car en seulement deux films, Kheiron nous prouve toute l’étendue de son talent déjà en tant que réalisateur, acteur mais surtout scénariste (triple casquette qu’il occupe sur ses deux films) avec un véritable sens de l’écriture emplit d’intelligence et d’humour – les dialogues de « Mauvaises Herbes » sont à tomber -. Un début de filmographie qui se veut surtout très personnel là où dans « Nous trois ou rien » Kheiron portait à l’écran l’histoire de ses parents, « Mauvaises Herbes » s’inspire de ses quelques années en tant qu’éducateur. 

Dramédie sociale qui se veut optimiste (dixit Victor Hugo en début de film : Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs.), Kheiron y incarne avec justesse et émotion un petit arnaqueur un peu en perdition alors qu’il est obligé de s’improviser éducateur pour une bande de jeunes probablement tout aussi paumés que lui. Comme dans son précédent film, « Mauvaises Herbes » rend un vibrant hommage à ces personnes du social capables du meilleur pour aider son prochain tout en mettant au premier plan cette idée d’apprentissage et de transmission d’autant plus nécessaire auprès de ces jeunes que le système rejette en bloc au lieu de les aider. Stage obligatoire pour les six jeunes, il se transformera rapidement en stage initiatique où l’on découvrira par parcimonie les problèmes et démons qu’ils rencontrent au quotidien pour mieux les déjouer et en ressortir plus grand. En parallèle le film explore habilement le passé de Waël à travers quelques flashbacks (qui nous rappelle à certains moments « Lion » avec Dev Patel) afin de mieux cerner le personnage et les épreuves qu’il a subit tout au long de sa jeunesse. 

En plus d’être entouré d’incroyables acteurs pour qui « Mauvaises Herbes » est leur première expérience au cinéma – de quoi apporter un véritable vent de fraicheur moderne -, Kheiron est accompagné de deux monstres du cinéma français : Catherine Deneuve et André Dussollier, sans oublier Alban Lenoir toujours aussi charismatique. Véritable moment d’échange, « Mauvaises Herbes » s’équilibre par des échanges que ce soit entre Waël et les jeunes, Waël et Monique ou encore Monique et Victor d’où se dessinent les prémices d’une histoire d’amour. « Mauvaises Herbes » c’est finalement un film sur le seconde chance, une seconde chance pour l’amour, une seconde chance pour la vie.

Kheiron impressione et brille par l’intelligence de ses films. Populaire sans être grossier et touchant sans être pathos, « Mauvaises Herbes » est la belle surprise de cette fin d’année et confirme le statut de réalisateur de qualité à Kheiron, de quoi nous donner envie de le revoir rapidement derrière la caméra et en espérant que cette fois les Césars ne le snobera pas (une fois mais pas deux s’il-vous-plaît.`

Mauvaises Herbes de Kheiron. Avec Kheiron, Catherine Deneuve, André Dussollier… 1h40
Sortie le 21 novembre

[CRITIQUE] Sage Femme : Duo de chic et de charme pour un film tout en douceur

Qualifié de comédie romantique, Sage Femme est un film bien plus complexe qui ne peut se ranger dans une case. Avec plutôt des allures de fable ou d’hommage, Martin Provost a réalisé ce film pour une sage-femme en particulier, celle qui lui a sauvé la vie à la naissance en donnant son sang. Ce qui en ressort c’est un film beau, léger et qui rend finalement hommage à toutes les femmes, leurs qualités, leurs défauts et leurs différences.

La cigale et la fourmi

Claire est sage-femme, sa vie est réglée comme du papier à musique. Elle ne vit ni dans le luxe, ni dans la pauvreté mais elle ne se plaint pas, elle aime sa vie telle quelle. Béatrice était la dernière maîtresse du père de Claire avant que celui-ci ne se donne la mort. Elle est excentrique, égoïste, dilapide de l’argent qu’elle n’a pas et surtout, elle débarque dans la vie de Claire du jour au lendemain. Autant dire que la cohabitation risque d’être houleuse tant les caractères sont opposés. Et pourtant, Claire ne peut se résigner à abandonner Béatrice qui, atteinte d’une tumeur au cerveau, va bientôt mourir et pourtant dieu sait qu’elle est exaspérante.

Et pendant près de deux heures, on assistera aux liens que vont former les deux femmes malgré leurs différences. Elles apprendront à s’apprivoiser et Béatrice apportera beaucoup plus à Claire qu’elle ne le pense. Elle lui apprendra à se libérer, à tomber amoureuse et à vivre comme elle a pu le faire auparavant. Inspiré par la fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi« , Martin Provost ne montre pas de méchants ni de gentils dans l’histoire. Seulement des caractères différents qui finalement arrivent à s’entendre et nous prouve qu’il est possible d’apprendre des autres.

Un film qui respire l’amour

Sage Femme est un film plein de bons sentiments. Attention pas dans le mauvais sens du terme ! Non, non. Quelque chose de délicat en ressort. Entre l’amour que Béatrice essaie de retrouver pour ses derniers jours après avoir tant joué avec le coeur des hommes et de l’autre côté l’amour que Claire donne à celle qui a trahi son père et qui est à l’origine de sa disparition. Pourtant quelque chose de très fort lie ces deux femmes, comme si elles avaient besoin l’une de l’autre d’ailleurs malgré ses vaines tentatives, Claire retourne toujours auprès de Béatrice.

Mettre à l’affiche les deux plus grandes Catherine que le cinéma français possède est un sacré pari qui paye au final. Touchantes, douces et faites pour ces rôles, difficile d’imaginer d’autres femmes dans ce rôle. Entre deux, Olivier Gourmet vient compléter ce trio avec sa simplicité et sa bonne humeur à toute épreuve.

Le charme et la douceur sont les deux mots qui peuvent qualifier Sage Femme. Avec de jolies séquences pleines de réalisme notamment lors des accouchements, Martin Provost sublime une profession qui est à la racine de chaque être humain, un film rempli d’amour qui n’est là que pour en distribuer un peu à chaque spectateur et ça, ça fait du bien.