Mais vous êtes fous : Codépendance

Scénariste qui avait déjà fait ses preuves avec La French, HHhH et Ami-Ami, Audrey Diwan passe désormais derrière la caméra pour son premier long-métrage. Et pour un premier essai la jeune femme, qui était autrefois journaliste, s’est entouré de valeurs sûres du cinéma français avec Pio Marmaï et Céline Sallette. S’appuyant sur un fait divers, Mais vous êtes fous dessine avec intelligence les rapports de dépendance dans un couple plongé en pleine tourmente. 

Lire la suite de « Mais vous êtes fous : Codépendance »

[CRITIQUE] Nos années folles : Un sujet sans profondeur

Paul Grappe a une histoire hors du commun. Celle d’un homme devenu femme pour échapper aux autorités alors qu’il a déserté les champs de bataille. Et c’est dans le Paris des années folles qu’émerge Suzanne. Mais la guerre se termine, Paul est amnistié et il est temps pour lui de redevenir l’homme qu’il était. Un parcours sinueux et ambigüe qu’André Téchiné a bien du mal à retranscrire à l’écran avec un film brouillon qui perd de sa substance à cause de ses nombreux raccourcis rendant l’histoire bancale. Lire la suite de « [CRITIQUE] Nos années folles : Un sujet sans profondeur »

[CRITIQUE] Cessez-Le-Feu : Un premier film brillant

Pour son premier long-métrage, Emmanuel Courcol a puisé dans ses souvenirs personnels et notamment son grand-père qui a fait la guerre de 14. Ici exit les reconstitutions des scènes de bataille sanguinolentes, on préfère s’attarder sur ces rescapés de guerre, ces traumatisés qui sont obligés, un peu malgré eux, à se réintégrer dans une société qui a avancé. En plein coeur des Années Folles, Georges et son frère Marcel sont deux traumatisés de la guerre de 14. L’un est devenu muet tandis que l’autre s’est exilé pendant quatre ans en Afrique mais reste marqué à jamais. A son retour, il fait la connaissance de la professeur de langue des signes de son frère, Hélène avec qui il va se lancer dans une relation compliquée.

Un trio diablement efficace

Romain Duris, Céline Sallette et Grégory Gadebois portent à eux trois à bout de bras ce film et y apportent la juste émotion qu’il faut. A chacun sa façon de gérer ce traumatisme entre Georges qui a perdu un de ses frères sur le Front et un ami en Afrique, Hélène dont le mari n’est jamais revenu indemne de la guerre et Marcel, devenu muet et qui retrouve petit à petit goût à la vie grâce à la jeune et pétillante Madeleine. Grégory Gadebois éblouit littéralement dans ce rôle où toutes ses émotions passent par le regard et le sourire. Son imposante corpulence balance totalement avec son mutisme et cette pudeur qui dégage de son personnage. Un très très beau personnage et un très très beau rôle pour Grégory.

Doublement à l’affiche en ce moment avec aussi Corporate, Céline Sallette joue également l’émotion, la beauté et la douceur. C’est aussi un autre point de vue de la guerre et de ses conséquences. Femme de soldat, elle fait partie de ces dommages collatéraux et même si elle l’a côtoyé de près, elle ne peut comprendre le traumatisme vécu par ces soldats même si elle en subit aujourd’hui les conséquences. Et enfin Romain Duris qui comme souvent excelle. Au revoir la douceur qu’on lui a trouvé dans La Confession et bonjour l’homme à la carapace de fer, traumatisé par la mort de son frère et de son ami, se barricadant derrière cette froideur de peur d’avancer dans ce monde. L’acteur rend fièrement hommage à ces traumatisés de guerre, purement et simplement, sans artifices.

Cessez-Le-Feu rentre dans les lignes et y restent jusqu’à la fin sans jamais déborder, sans jamais oser mais dessert noblement le sujet. C’est propre et ça fait plaisir à voir. La mise en scène est efficace notamment le très joli plan-séquence dans les tranchées où ressortent la tension, la peur et l’horreur de la guerre sans tomber dans la pure reconstruction historique.

Emmanuel Courcol offre un premier film très réussi, engagé, rendant fièrement hommage à ces rescapés de la guerre, à ces abimés de la vie qui doivent réapprendre à vivre et à cohabiter avec leurs démons. Un film sensible et beau au casting tout simplement époustouflant.

[CRITIQUE] Corporate : Un avertissement percutant

Le monde de l’entreprise, un univers impitoyable et froid où les sentiments n’ont pas leur place et dont les méthodes peuvent parfois être douteuses. Emilie est responsable des ressources humaines dans une grande entreprise parisienne. Son boulot ? Pousser les employés les plus récalcitrants à démissionner pour ne pas avoir besoin à les licencier. Malheureusement, tout se retourne contre elle lorsqu’un des employés se suicide au sein de la boîte et qu’elle se retrouve avec l’inspectrice du travail sur le dos ainsi que sa hiérarchie prête à tout pour qu’elle ne dévoile pas les rouages du plan A16. 

Les conséquences du « management par la terreur »

Nicolas Silhol a eu l’idée du film Corporate après la vague de suicide qui a eu lieu chez France Télécom il y a quelques années. Une pression psychologique exercée au sein de l’entreprise pour avoir toujours plus de résultats et là c’est le drame : le burn-out ou le suicide. Loin de généraliser cette idée, le réalisateur ne pointe pas du doigt les entreprises mais la façon dont on traite les employés. Dans cette entreprise en l’occurence, les employés ne sont que des objets qu’on remplace et qu’on jette quand bon nous semble. Le film dégage quelque chose de très glacial dans les rapports entre les collègues de cette boîte, les regards médisants des uns et des autres mais également cette façon de cloisonner les gens notamment grâce à cette mise en scène efficace qui ne tient qu’à des détails : le bureau de Dalmat mis à l’écart à côté de la photocopieuse et les bureaux cloisonnés qui, malgré les portes et murs en verres, donnent un effet étouffant à cette entreprise. Le tout donne quelque chose de très oppressant, à la limite du thriller psychologique.

Choisir Céline Sallette et Lambert Wilson était quelque chose de judicieux. Totalement opposés par leurs façon de penser et d’aborder l’humain, Céline Sallette dégage quelque chose de très fort à travers son regard. Celle qui est montrée comme la femme forte, celle qui prend son destin en main, sûre d’elle et de son pas ne peut pas se permettre de flancher face aux responsabilités qui lui incombent les épaules petit à petit. Désignée comme le bouc émissaire, elle deviendra lanceur d’alerte. A contrario, Lambert Wilson représente quelqu’un de très froid mais surtout complètement inconscient et détaché vis-à-vis des évènements. Loin d’être le méchant dans l’histoire, juste quelqu’un dans le déni et qui, peut-être dans les dernières minutes du film, se rend compte de ce qu’il a provoqué.

On déplorera peut-être une intrigue trop rapidement déroulée (le film ne dure qu’1h35) qui du coup s’appuie un peu trop sur l’aspect « technique » du management que de l’impact émotionnel sans compter qu’on reste un brin sur notre faim au moment où Emilie fait une déposition à l’encontre de son ancienne entreprise. Le face à face avec son ex-employeur aurait pu être intéressant.

Nicolas Silhol signe un premier film coup de poing, qui met en lumière des manières peu orthodoxes de traiter des employés le tout avec un casting efficace et une façon très anxiogène de nous transmettre ce sentiment de culpabilité qui plane sur tout le film.