[DEAUVILLE 2018] Friday’s Child : N’est pas Terrence Malick qui veut

Petit protégé du formidable Terrence Malick – qui a produit son premier long-métrage « The Better Angels » en 2014 -, A. J. Edwards revient cette année avec « Friday’s Child », un drame suivant les déboires et errances de Richie, 18 ans, bien décidé à s’émanciper d’une vie faite de ballotements entre différentes familles d’accueil. Cependant, à trop vouloir s’inspirer de son maître on finit par y perdre au change. 

« Friday’s Child » transpire par tous ses pores de la patte Terrence Malick et la recette fonctionne sur sa forme. Le film est un petit bijou esthétique, travaillé au millimètre près. La caméra sublime ses têtes d’affiches que sont ces nouvelles têtes d’Hollywood Tye Sheridan, Imogen Poots & Caleb Landry Jones. Caméra embarquée, caméra à l’épaule, A. J. Edwards erre dans cette ville et dans ces vies avec une aisance folle. Ce sont ces laissés pour compte, ces enfants oubliés du système qui passent une majeure partie de leur vie à se balader de foyer en foyer sans jamais connaître aucune stabilité et qui du jour au lendemain se retrouve propulsés dans une vie adulte à appréhender que le réalisateur a choisi de filmer à travers le jeune et charismatique Tye Sheridan qui campe le rôle de Richie, garçon au passé trouble qui tente de se débrouiller comme il peut dans la vie avant de se retrouver embarqué dans une histoire de cambriolage raté alors qu’au même moment il rencontre la magnétique Joan – Imogen Poots absolument incroyable, Hollywood peut être fier de l’avoir dans son sillon – et qu’une histoire d’amour vouée à l’échec se dessine entre eux. Accompagné de la musique de Colin Stetson, l’image de Jeff Bierman prend vie pour former un magnifique écrin qui, malheureusement, n’a de beauté que la forme.

Car à trop vouloir faire du Terrence Malick, A. J. Edwards en délaisse son scénario qui a bien du mal à décoller malgré les jolies performances de ses acteurs – Caleb Landry Jones est formidable dans son rôle de junkie des rues et bien trop sous exploité -. Son propos est complètement noyé dans sa proposition cinématographique qui tient finalement plus du visuel qu’autre chose. Encéphalogramme qui ne décolle que de temps à autre lorsque le réalisateur se décide enfin à y insuffler un peu d’action ou de suspens – coucou le plot twist qu’on attendait pas forcément et qui aurait pu s’avérer efficace s’il avait été correctement exploité -, les 1h31 du film passent avec une lenteur folle alors qu’on aurait voulu apprécier son film ne serait-ce que pour la proposition visuelle qui, soyons honnêtes, n’est réussie parce qu’elle n’est qu’un simple copié/collé du cinéma de Terrence Malick.

Même si l’on devine le propos qu’a voulu dénoncer A. J. Edwards derrière ses envolées cinématographiques, « Friday’s Child » n’a d’intéressant que son casting magnétique. Aussi poétique qu’il réussit à être ennuyeux, le film présenté cette année en compétition à Deauville n’est ni plus ni moins qu’un film de Terrence Malick, la sensibilité en moins. 

Friday’s Child de A. J. Edwards. Avec Tye Sheridan, Imogen Poots, Caleb Landry Jones… 1h31
Date de sortie en France inconnue 

[CANNES 2017] Mobile Homes : Y a comme un petit air de Xavier Dolan

Il y a certains films qu’on attend, d’autres moins et enfin d’autres qui nous surprennent et qui participent à la magie du Festival de Cannes. Pourtant face au concert de M sur la plage le choix aurait pu être vite fait mais chez OSFUC, on est plutôt très content d’être allés voir Mobile Homes présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Premier long-métrage de Vladimir de Fontenay qui reprend là le scénario de son court-métrage du même titre.

Fuir ou s’installer ?

Ali et Evan sillonnent les routes entre les Etats-Unis et le Canade pour leurs différents petits trafics dans l’optique d’acheter une maison. Un couple dysfonctionnel dont le fils d’Ali est la première victime puisqu’il est régulièrement utilisé dans ces petites magouilles. A bout, Ali s’enfuit avec Bone pour essayer de se créer enfin une vie même si les décisions à venir risquent d’être compliquées.

Un drame familial confiné dans un van miteux avec pour seule idée celle du foyer. Evan se rattache à l’idée d’acheter une maison pour eux trois avec l’argent gagné de manière peu honnête tandis qu’Ali a une vision plus réaliste et donc plus pessimiste de la réalité. Après une énième frasque de la part de son petit-ami, elle s’enfuit et se retrouve dans un mobile-home qui au final représente peut-être toute ce qu’elle désire. S’ancrer verticalement dans la société avec une maison tout en gardant cete possibilité de fuir horizontalement comme elle l’a toujours fait avec Sean.

Une famille dysfonctionnelle qui malgré la violence s’aime et ne cherche qu’une chose : le bonheur. Dans une certaine mesure et dans la problématique engagée, ce film a des allures de Xavier Dolan? L’amour, la famille, le conflit mais surtout le portrait d’une mère, une mère perdue face à ses responsabilités de mère et qui tentera le tout pour le tout pour que son fils soit heureux malgré tout. L’esthétique du film rappelle également les films de Xavier Dola notamment avec ces gros plans au niveau du visage.

Avec un trio assez charismatique, le jeune Bone fait ses débuts au cinéma et quels débuts ! Drôle et touchant, cet enfant nous séduit d’un regard. D’ailleurs tout comme ses parents entre le charisme indéniable de Callum Turner et la beauté fragile d’Imogen Poots.

Mobile Homes est un joli bijou qui mérite d’y prêter attention malgré ses quelques imperfections mais une scène finale touchante et belle de simplicité. D’ailleurs la standing ovation reçue à la fin de la séance augure de belles choses pour ce film.