Fire of love : portrait du jeune couple en feu

Filmer la nature fait partie de ces gestes instinctifs de cinéma, vieux comme cet art et, en un sens, vieux comme le monde. Cette action, si primitive soit-elle, pose néanmoins deux questions : y a-t-il plus beau que ce qui nous entoure ? Surtout, est-ce nécessairement beau ? Car il en va, évidemment, de la question du filmage, de la mise en scène. Tout le monde peut capturer un joli paysage – il n’y a qu’à aller sur les réseaux sociaux et observer n’importe quelle photo que l’on oublie la seconde suivante –, mais personne n’eût pu faire Tabou, si ce n’est Murnau, ni Nanouk excepté Flaherty ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux hommes ont collaboré pour la réalisation du premier. La comparaison est grossière, mais pas hasardeuse. La différence d’approches en est au cœur. Si Murnau et Flaherty nous émeuvent et nous marquent à vie, c’est par leur rigueur morale, étrangement religieuse et scientifique, conférant à chaque cadrage une puissance presque vertigineuse, doublée d’une idée essentielle : explorer le rapport de l’homme à ce qui le dépasse. C’est le palmier duquel descend le héros, de taille alors risible, de Murnau à la vue du navire, et ce plan séquence de chasse aux phoques où Nanouk s’approche de ses proies pour mieux les surprendre. C’est aussi, désormais, Katia Krafft devant un mur de lave dont elle essaie de prendre la température entre deux jets mortellement dangereux, ou Maurice, son mari, en train de flotter sur un lac d’acide à côté d’un volcan. Ce sont, en réalité, tant d’images que Fire of love offre à voir.

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