Galveston : Dead man walking

Nouvelle-Orléans, 1987. Roy est un petit truand dont les dettes s’accumulent. Un soir, son boss lui tend un guet-apens, dans une maison isolée, mais réussit à s’échapper. Dans sa fuite, Roy emmène avec lui une jeune fille, Rookie, retrouvée attachée sur le lieux de l’attaque. Cette cavale les mènera au Texas, à Galveston, où les fuyards passeront quelques jours de paix, face à la mer, avant que les problèmes ne les rattrapent. 

« Galveston » est le premier film américain de Mélanie Laurent. C’est l’adaptation d’un livre signé Nick Pizzolatto, le créateur de la série « True Detective ». Mais avant ça, la réalisatrice avait marquée les esprits avec « Respire », dont le travail si particulier sur le son montrait de réelles volontés de mises en scènes. Sa filmographie est parsemée de personnages en souffrance, et ce nouveau long métrage ne déroge pas à la règle. Au tout début du film, on fait la connaissance de Roy, interprété par Ben Foster. Après un passage chez le médecin, on devine un personnage en sursis, la radio de ses poumons montrant des tâches inquiétantes. On va suivre un homme qui s’avance sans cesse vers la mort, la frôlant souvent sans jamais l’embrasser. Dans cette fuite en avant, Roy va sauver Rookie, parfait prototype de la jeune fille en détresse, interprétée par Elle Fanning. Cette blonde au visage angélique se révèle être une prostituée au passé trouble, un personnage dont l’innocence a été broyé très tôt. Roy et Rookie sont deux archétypes de film noir, et « Galveston » sera l’occasion de réinterpréter les codes du genre. 

Le film est une sorte de double parenthèse. D’abord temporelle, le tout premier plan montre l’intérieur d’un salon alors que l’ouragan Katrina fait rage dehors, puis l’intrigue se déroule en 1987 avant de revenir en 2005. Mais le long métrage offre aussi une parenthèse idyllique, au bord de la mer, où les personnages vivront quelques moments de paix, de joie, loin des tumultes qu’ils ont vécus. La scène où, au crépuscule, Tiffany, la petite sœur de Rookie, court pour mettre des petites tapes dans le dos de Roy est d’une douceur infinie, accompagnée simplement par le bruit du vent et les rires de l’enfant. La ville de Galveston servira de purgatoire aux personnages. Mais après une soirée de danse où l’on voit pour la première fois Roy sourire, et Rookie s’amuser réellement, le passé les rattrape et les fauche encore plus durement. 

Le road trip est sombre et violent. Mais le trait est parfois trop forcé, et le pathos ne prend pas, comme quand Elle Fanning raconte son passé de gamine abusée. Juste avant la confidence, on voit l’actrice en pleurs à la limite du surjeu, dont les grognements de tristesse frôle le ridicule. On aurait aimé aussi un peu plus de nuances dans le jeu de Ben Foster. Reste tout même une bonne prestation pour les deux acteurs. Lors des scènes d’action, Mélanie Laurent se lâche, et sa mise en scène aboutit à des moments intenses, du plus bel effet. Le film étant une commande, la réalisatrice n’avait pas le final cut. Elle a d’abord monté le film de son côté, aboutissant à un premier jet que le producteur trouvait trop ‘’film français’’. Puis un monteur outre-atlantique à essayer d’en faire quelque chose de plus américain. Le long métrage sorti en salle est une fusion des deux visions. En résulte un film schizophrène, ne sachant pas ce qu’il est, un drame ou un thriller. 

En se rendant au Texas, Melanie Laurent filme l’Amérique des déshérités, oubliée des institutions. On sent une réelle sincérité à montrer la noirceur de contrées livrées à elle même, mais avec un regard trop appuyé, voir exagéré. Malgré quelques scènes poignantes, « Galveston » souffre d’une vision bicéphale et peine à trouver réellement sa voie et s’inscrire comme l’œuvre d’une auteure. 

Galveston de Mélanie Laurent. Avec Ben Foster, Elle Fanning… 1h31
Sortie le 10 octobre

[CRITIQUE] Mon Garçon : Guillaume Canet viscéral

Guillaume Canet et Christian Carion font de nouveau équipe pour Mon Garçon, un thriller dans lequel Julien, père de famille divorcé et peu présent pour son fils, part à la recherche de ce dernier alors qu’il s’est fait enlevé en pleine nuit lors de son séjour en classé découverte. Une expérience pour le spectateur mais surtout pour son acteur Guillaume Canet qui ne connaissait rien au scénario. Lire la suite de « [CRITIQUE] Mon Garçon : Guillaume Canet viscéral »

[CRITIQUE] Les Derniers Parisiens : Une belle plongée au coeur de Pigalle entre magouilles et embrouilles

Quand les membres du groupe de rap La Rumeur s’attaque au cinéma, c’est évidemment Pigalle et ses nuits agités qui sont au centre de ce premier long-métrage. Un point d’ancrage pour eux car c’est là dans le 18e arrondissement de Paris que tout se passe et que les transformations de la société sont les plus évidentes. Personne n’est vraiment gentil ni vraiment méchant, ils s’en sortent comme ils peuvent. Quand Nas sort de prison, il retourne avec son frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Sauf que le jeune homme veut se refaire une réputation après ses déconvenues et ce bar semble être l’endroit parfait pour retrouver son « prestige ».

Une mise en scène sans frivolités

La caméra à l’épaule, on suit le quotidien de Nas, tout juste sorti de prison et qui est désormais obligé de travailler pour son frère dans son bar. Sauf que Nas a d’autres rêves que de passer sa vie à servir de la bière derrière un comptoir. Il veut retrouver sa grandeur et quoi de mieux que d’organiser des fêtes branchées dans le quartier de Pigalle ? Un quartier vivant où cohabite toutes les nationalités qui se réveillent une fois la nuit tombée.

Un peu à la manière d’Edouard Baer dans Ouvert La Nuit, Les Derniers Parisiens nous fait découvrir une nouvelle facette de Paris. Celle oubliée, Pigalle la nuit et ses habitants qui n’ont pas d’autres choix que de magouiller pour s’en sortir. Ils ne sont pas vilains, ils sont juste malins dans une société en constante évolution qui les laisse de plus en plus de côté. Quelque chose d’authentique en ressort à l’écran et c’est assez beau à voir.

Un trio de rêve

Reda Kateb,  Mélanie Laurent et Slimane Dazi, que demander de plus pour un premier long-métrage ? Le trio fonctionne à merveille, la douce Mélanie Laurent apporte une véritable fraîcheur tandis que le duo Reda Kateb et Slimane Dazi est explosif. Une nouvelle fois, Reda Kateb dévoile l’étendu de son talent et ce charisme inné qu’il dégage derrière ses lunettes de soleil et ce physique imposant qui nous oblige à l’apprécier instantanément. La plupart des seconds rôles sont tous des non-professionnels ce qui ne se voit vraiment pas à l’écran et ce qui donne encore plus d’authenticité à ce film.

Les Derniers Parisiens est un film qui tient à coeur à Hamé Bourokba et Ekoué Labitey, ça se voit, ça se ressent et ça fait du bien. C’est efficace sans jamais en faire trop et terriblement charismatique aussi visuellement qu’auditivement.

Ma note : ★★★★★