The Predator : Même pas peur

Après une promo extrêmement compliquée – et encore le mot est faible – où la courageuse Olivia Munn était bien seule face aux journalistes après que le casting masculin ai déserté (ainsi que leur réalisateur Shane Black) les caméras suite aux révélations concernant Steven Wilder Siegel, ami de longue date du réalisateur, qui avait une petite scène avec l’actrice et qui avait été condamné en 2010 à six mois de prison pour atteinte sur mineure. Une révélation qui fait l’effet d’une bombe alors qu’Olivia Munn prend la parole et que ses collègues se terrent dans un silence alarmant (Shane Black a depuis fait un mea culpa sur Twitter histoire de calmer un peu le jeu). Ajoutez à cela des reshoots de dernière minute et honnêtement le Predator de Shane Black ne part pas gagnant d’emblée. 

Alors qu’un prédateur est pris en chasse par ses congénères, il atterrit en catastrophe sur notre bonne vieille planète Terre alors qu’à quelques mètres de là le tireur d’élite Quinn McKenna mène une mission de sauvetage avec son unité. Alors qu’ils se font tous décimés par la créature, McKenna réussit à s’en sortir et s’empare du Predator ainsi qu’une de ses manchettes qu’il envoie chez lui en pensant qu’ils seront en sécurité. Afin d’étouffer au mieux cette affaire, McKenna est déclaré instable mentalement et enfermé dans le Groupe 2 aka l’élite des ex-soldats qui n’ont plus toute leur tête. Pendant ce temps, le prédateur qui a été capturé est examiné par le Dr Casey Brackett et – sans surprise – la bête se réveille et massacre à peu près tout le monde sur son passage, bien décidée à retrouver son masque et la partie manquante de son armure sauf qu’entre temps le fils de McKenna a ouvert le colis et s’est mis à jouer avec le masque du Predator ce qui fait de lui désormais la cible n°1 du monstre. Accompagné de ces ex-soldats un peu loufoques et de la scientifique, ils vont devoir arrêter non pas un… mais deux prédateurs.

Beaucoup d’informations hein ? Trop même. Et pourtant on sent à quel point Shane Black – accompagné de Fred Dekker au scénario – a envie d’insuffler quelque chose de nouveau dans ce reboot/sequel/onsaitpastropenfait avec de nouveaux enjeux, de nouveaux méchants et surtout une jolie pléiade de personnages (qui sont finalement les seuls « atouts » du film). Et pourtant la première partie du film se tient plutôt correctement même si clairement la force première de Shane Black est l’écriture de ses personnages, moins le maniement de la caméra dans ce film où le prédateur perd toute sa dimension monstrueuse pour finalement être filmée comme une personne lambda, de la force en plus. Non c’est clairement cette galerie de personnages plus bizarres les uns que les autres qui permettent au spectateur de s’attacher au film et notamment la scène où le docteur Casey Brackett fait connaissance avec ces joyeux lurons qui ont chacun leurs tocs et leurs traumatismes mais qui ne manquent ni de répondant ni d’humour noir. Sauf qu’une fois cette première partie du film passée, cette jolie bande doit s’attaquer à un plus gros morceau, du genre super-Predator. D’ailleurs lorsque le très gros prédateur entre en scène nous retrouvons une nouvelle fois le problème de représentation de cette créature censée instaurer la peur et dont les rugissements nous font à peine frémir. De quoi par ailleurs esquisser (trop) légèrement les ambitions de ces aliens et ce dont ils sont capables pour bifurquer sur une seconde partie complètement ratée.

Outre un manque toujours flagrant de mise en scène et des scènes de combats humains VS gros Predator filmées dans la pénombre si bien qu’au bout d’un moment on ne sait même plus qui tire sur qui et qui meurt quand à cause de qui, le scénario de cette seconde partie patauge complètement pour qu’on finisse par oublier les tenants et les aboutissants de cette traque extraterrestre jusqu’à une dernière scène – possiblement – annonciatrice d’une suite (et franchement on est moyennement convaincu sur ce coup-là). Quant à ce qui faisait le charme du film – aka ses personnages – ils finissent sacrifier sans qu’ils aient eu le temps de développer leur background et se forger une véritable raison de se lancer dans cette mission kamikaze sans compter la soi-disante caution féminine incarnée par Olivia Munn qui brandit un panneau où il est inscrit en Arial Black taille 180 : « Regardez je suis une nana badass qui a besoin de personne pour zigouiller des extraterrestres ! ».

Shane Black avait les talents et les éléments en main pour donner un nouveau souffle à une saga qui en avait besoin mais force est de constater que le film, malgré une première partie plutôt solide, se casse royalement la gueule dans sa seconde moitié pour nous laisser plus que mitigés par le résultat. 

The Predator de Shane Black. Avec Boyd Holbrook, Trevante Rhodes, Olivia Munn… 1h47
Sortie le 17 octobre

[CRITIQUE] Moonlight : Barry Jenkins frappe fort

Avec pas moins de 105 prix, Moonlight est le plus sérieux concurrent au superbe La La Land pour la course à l’Oscar du meilleur film. Moonlight c’est l’histoire de Chiron à travers les âges de sa jeunesse tumultueuse à sa vie d’adulte dans un monde où il ne trouve pas forcément sa place. Avec déjà un Golden Globes du meilleur film en sa possession, Moonlight a de fortes chances de rafler aussi l’Oscar avec cette fresque de vie intimiste et magnifiquement interprété. 

162340-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Des interprétations magistrales

La force et la beauté du film réside dans ce casting qui dégage une telle intensité. Notamment les trois acteurs incarnant chacun une tranche de vie de Chiron. Chacun à leur manière, ils apportent une sensibilité à ce personnage que ce soit Chiron surnommé « Little » dans sa jeunesse avec ce visage et ces silences qui en disent long sur son mal-être ou le Chiron adolescent tourmenté par son orientation sexuelle et finalement le Chiron adulte qui s’est peut-être un peu perdu en chemin. Une mention spéciale à Mahershala Ali qui brille dans le film par son interprétation de ce père de substitution mais qui s’avère être aussi dealer de drogue et qui essaie de garder Chiron dans le droit chemin.

Les rôles féminins ne sont pas en reste que ce soit Teresa, cette mère de substitution chez qui le Chiron adolescent se réfugie régulièrement pour échapper à sa mère constamment droguée et qui, quand elle ne l’est pas, se contente de voler l’argent de son fils. Une très grande interprétation de la part de Naomie Harris. Barry Jenkins arrive dans le film à mettre tous ses personnages sur le même piédestal.

Une esthétique à couper le souffle

Mais Moonlight c’est avant tout un film sur la famille, l’amour et comment trouver l’amour, les repères qu’il nous manque pour avancer. Parce que tout le film tourne autour de Chiron qui, dès le plus jeune âge, n’a pas eu l’attention et l’amour qu’il aurait du avoir. Pour seule figure paternelle un dealer de drogue, Chiron a du composer avec une homosexualité qu’il a eu du mal à accepter, des problèmes à l’école et une mère qui n’a pas su l’aimer comme il fallait.

Ajoutez à cela une esthétique sans pareille; délicate, aux couleurs subtiles et sublimes et de magnifiques plans comme celle où Chiron se trouve dans l’eau avec Juan ainsi que les gros plans sur ces visages à la fois inexpressifs et brisés. Et comme pour parfaire le tout, une BO incroyable qui réveille en nous quelque chose qu’on ne saurait décrire.

Une seule chose est sûre, Barry Jenkins frappe très fort à quelques semaines des Oscars avec une oeuvre bouleversante loin du pathos et du blockbuster habituel. Intimiste, discret mais terriblement efficace.

Ma note : ★★★★★