Le vent de la liberté : Vol au-dessus du rideau de fer

Plus adepte de la télévision et de la comédie, le réalisateur Michael Bully Herbig s’est essayé à un nouvel exercice et pas des moindres : celui du drame reposant sur des faits réels et quelle histoire… En 1979, deux familles allemandes de l’Allemagne de l’Est traversent la frontière à bord d’une montgolfière pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. Une histoire incroyable aussi fabuleuse qu’elle était extrêmement risquée à l’époque. Avec Le vent de la liberté, le réalisateur rend un vibrant hommage au courage – et à la folie – de ces deux familles.

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La Couleur de la victoire : Un biopic aux dimensions humaines et politiques

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A l’heure des Jeux Olympiques de RIo, il serait bon de revenir sur Jesse Owens qui a brillé pendant les Jeux d’été de Berlin en 1936. Dans un contexte de racisme et de ségrégation, ce jeune athlète doté d’un don pour la course va devoir se dépasser et prouver aux autres qu’il a sa place. Et le moins qu’on puisse dire c’est que les allemands sont loin de se douter de quoi ce jeune afro-américain est capable de faire sur une piste de course.

Jesse Owens est une véritable légende qui n’a pas été considéré à sa juste valeur à l’époque. Il faut dire que le contexte était compliqué à l’époque. A l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Hilter et son régime de terreur règne sur une Allemagne où les juifs sont conspués (à noter la petite plaque où il est écrit « Interdit aux chiens et aux juifs« , ça veut tout dire) tandis que les Etats-Unis, en soutien au peuple oppressé menacent de boycotter ces Jeux Olympiques. Pendant ce temps, le jeune Jesse Owens fait ses armes auprès de Larry Snyder et arrive à Berlin pour représenter son pays.

Soutenir les peuples oppressés quand on impose soi-même la ségrégation

Stephen Hopkins a fait un boulot incroyable avec ce biopic qui est loin d’être un simple biopic. Parce qu’en plus de la dimension humaine, il y a également un contexte politique fort surtout à cette époque. Parce que l’Allemagne n’avait pas son mot à dire et qu’elle a du accueillir malgré elle le meilleur sportif qui n’était autre qu’un noir. Le réalisateur met aussi en exergue une hypocrisie de la part des Etats-Unis qui boycottent un pays pour leur politique raciale sachant qu’eux-mêmes exercent cette même politique chez eux avec la ségrégation entre noirs et blancs dont notamment cette scène où l’on voit un bus avec la partie avant réservée aux blancs et quelques sièges au fond réservés aux gens de couleur.

Outre les scènes politiques, on assiste également à la naissance d’un véritable héros. Envers et contre tous, Jesse Owens se bat jusqu’au bout pour prouver qu’il a raison et qu’il est entièrement légitime. Stephan James signe ici une remarquable interprétation tout en force et en émotion sans trop en faire. Sa relation avec son coach interprété par Jason Sudeikis nous offre quelques belles scènes mais également un contraste entre blancs et noirs parce que comme Jesse Owens le dit, lui est noir et lui doit se battre contre les autres. Rien ne sera facile pour lui mais jusqu’au bout il se sera battu et le résultat est là. Quatre médailles olympiques tandis que le public allemand et le monde entier est en admiration et que les dirigeants allemands grincent des dents. Sans compter l’amitié naissante entre Jesse et Carl « Luz » Long, le meilleur sportif allemand qui n’est pas d’accord avec l’idéologie allemande (une pensée qui lui vaudra de perdre la vie après que les dirigeants allemands l’ai envoyé sur le front dans l’armée).

Des sensations uniques

La Couleur de la victoire nous fait clairement passer par toutes les émotions possibles et imaginables. Que ce soit la joie, l’angoisse, la colère mais surtout l’euphorie. Parce que certaines scènes du film sont réellement à couper le souffle, notamment l’entrée dans le stade olympique de Jesse Owens qui nous met la chair de la poule. Sans compter le final qui, au lieu d’être grandiose et pathos à souhait, s’avère plus intelligent et finit sur une note critique des moeurs américains à l’époque.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire incroyable de Jesse Owens, c’est le film parfait pour le découvrir autant sur le plan humain que sur le plan politique. Stephen Hopkins nous offre un film subtile, intelligent et réellement instructif autant sur la vie de Jesse Owens que sur les dessous de ces Jeux Olympiques.

Ma note : ★★★★

Apprentice : Un constat glaçant

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C’est certainement l’une des surprises du Festival de Cannes 2016. A tout juste 33 ans, le réalisateur singapourien Boo Junfeng peut se targuer d’avoir fait du bruit sur la Croisette. Apprentice relate l’histoire d’Aiman, un jeune homme qui, après la guerre, décide de travailler dans une prison. Très vite, il se rapproche de Rahim, le bourreau qui pend les prisonniers condamnés à mort. Ce dernier lui apprend toutes les ficelles du métier et le prend sous son aile mais comme on le sait tous, les secrets restent rarement secrets très longtemps et les véritables motivations d’Aiman vont refaire surface.

C’est dur, c’est dénué de sentiments mais c’est magnifiquement réalisé. On a d’un côté Aiman qui part travailler dans cette prison alors que sa sœur n’est pas d’accord. Pourquoi ? Nous le découvrirons assez vite.De son côté sa sœur n’attend qu’une seule chose, pouvoir quitter l’Indonésie et rejoindre son mari en Australie.Enfin nous avons Rahim. Ancien de la prison, il est spécialiste dans les nœuds de corde pour les pendaisons. Son personnage est froid, ses gestes sont presque mécaniques et il n’a pas l’air d’avoir une once de regret lorsqu’il actionne le levier et par la même occasion, ôte la vie à ces prisonniers.

Le réalisateur a pris le parti de décrire les faits. Les faits, rien que les faits. Pas de morale, pas de victimes, pas d’accusés. Seulement des images et un constat. Le film oscille entre la froideur de l’exécution, notamment quand Rahim entame ses explications techniques ou comment faire mourir rapidement quelqu’un, et l’action. Celle de tuer quelqu’un, ce moment où tu deviens maître de la vie de quelqu’un. Est-ce juste ? Est-ce normal ? A-t-on le droit d’ôter la vie à des prisonniers condamnés à mort à cause de crimes atroces ? A nous d’en déduire notre propre opinion.

Apprentice est cru, il peut porter à réflexion, il va certainement choquer mais il est sûr que la salle reste estomaquée à la fin. Idée ingénieuse de ne pas mettre de musique sur le générique de fin, laissant ainsi le spectateur dans le noir et dans le silence le plus total.

Ma note : ★★★★★

Ma Loute : Génialement absurde

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Présenté en compétition au Festival de Cannes, Ma Loute est certainement le film le plus étrange que la Croisette va accueillir. Le réalisateur Bruno Dumont a pris le pari de faire un film osé, décalé et aux antipodes des autres films en compétition cette année. Les Van Peteghem, famille bourgeoise un brin décalée passe comme chaque année ses vacances dans leur maison sur la baie de Slack dans le Nord de la France alors qu’une série de disparitions inquiète les inspecteurs Machin et Malfoy. Parmi tout ce grabuge, Ma Loute Brufort, fils de pêcheur, tombe amoureux de Billie Van Peteghem sous les yeux ébahis de leurs familles.

Ma Loute fait partie de ces films qui n’ont pas d’entre-deux. Soit on adhère, soit on passe à côté. C’est fou, c’est perché, mais c’est hilarant. Porté par trois acteurs d’exceptions, Fabrice Luchini fait du Fabrice Luchini et on n’en demande pas moins. Juliette Binoche est en roue libre totale dans ce film où elle prend un malin plaisir à jouer l’exagération. Même combat pour Valeria Bruni Tedeschi qui se retrouve paumée dans tout ce désordre familial.

Le réalisateur arrive à sublimer chacun de ses personnages en les mettant sur un pied d’égalité. Que ce soit la famille de pêcheurs aux penchants cannibales, la domestique des Van Peteghem un brin sauvage et les inspecteurs Machin et Malfoy qui ont des petits airs de Laurel et Hardy. Sans oublier Billie qui laisse planer le doute quant à sa nature. Une fille déguisée en garçon ? Un garçon déguisé en fille ? Même sur le tapis rouge à Cannes le doute plane, la personne se faisant simplement appelée Raph.

Le scénario part dans tous les sens mais reste maitrisé malgré tout. Bruno Dumont filme la côte du nord comme personne, sublimant la baie et tous ses personnages. Ca fait belle lurette qu’on avait pas eu un film aussi déjanté et le moins qu’on puisse c’est qu’il est réussi. Autant vous dire que le cru de cette année en ce qui concerne les films en compétition nous vend du rêve.

Ma Loute va sans aucun doute en surprendre plus d’un par son originalité et son casting 5 étoiles. Et comme le dit si bien Christian Van Peteghem : « We know what to do, but we do not do« .

Ma note : ★★★★☆

Elser, un héros ordinaire : Le destin d’un homme hors-du-commun

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Parce que le réalisateur du superbe film La Chute ne pouvait que faire un autre incroyable film. On est le 8 novembre 1939 lorsque Georg Elser tente l’impensable, un attentat à la bombe visant Hitler. Malheureusement, Hitler et ses acolytes ont quitté la brasserie où la bombe explose quelques minutes avant. Rattrapé à la frontière suisse, le jeune homme va alors être à la merci de la gestapo qui fera tout pour savoir la vérité. Pensant d’abord qu’il n’était que le pion d’une organisation encore plus grande, elle va vite se rendre compte qu’Elser est simplement un homme indigné face à la cruauté qui se met en place dans son propre pays.

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Vu au cinéma : Phoenix

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Après l’excellent Barbara, Christian Petzold réitère pour notre plus grand plaisir avec Phoenix. On reprend les mêmes et on recommence. Alors que dans le premier le duo Hoss/Zehrfeld découvraient l’amour, dans celui-ci l’amour semble avoir disparu. Phoenix raconte l’histoire de Nelly Lenz, survivante des camps, défigurée et dont la famille a péri. Après sa reconstitution faciale, elle se met en tête de retrouver Johnny son mari pianiste. Celui-ci ne la reconnaissant pas mais lui trouvant une certaine ressemblance, il lui propose un drôle de marché : qu’elle se fasse passer pour sa défunte épouse afin de récupérer son héritage. Un stratagème dans lequel Nelly va s’engouffrer au risque de découvrir une toute autre personne.

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